Auteur/autrice : cosunam

  • Le Cosunam dénonce la répression transnationale de Hanoi

    Le Cosunam dénonce la répression transnationale de Hanoi

    Le Cosunam en la personne de sa vice-présidente Nguyen Xuân Trang  a rencontré le 2 juillet 2026 à Berne le Chargé des droits humains pour la région Asie-Pacifique, et des Minorités, Section Diplomatie des droits humains de la DFAE, M. Remo Gassmann.

    A l’issue de cette démarche importante, Xuân-Trang Nguyen, a remis un dossier important traitant de la répression transnationale, notamment celle exercée par le gouvernement vietnamien.

    Lors d’une précédente rencontre en 2025 avec le DFAE, la question de la répression transnationale leur avait été soumise expliquant que certains défenseurs  des droits humains exilés étaient constamment sous menaces d’enlèvements et contraintes diverses par Hanoi , alors qu’ils étaient reconnus réfugiés politiques dans leur pays d’accueil tel que la Thaïlande, l’Allemagne.

    Lors de cette entrevue, était présent  Nguyen Van Trang un témoin-clé de cette répression transfrontalière, un homme maintenant reconnu officiellement réfugié par la Confédération Suisse, vivant à Zurich, et qui continue à subir un harcèlement à peine voilé du gouvernement vietnamien.

    Nguyen Van Trang

    M. Nguyen Van Trang bénéficie, avec sa famille, du titre de réfugié politique reconnu après son arrivée en Suisse en 2024. Activiste pacifique et défenseur des droits démocratiques au Vietnam, ceci lui a valu d’être poursuivi par le gouvernement vietnamien depuis plusieurs années. Il s’était d’abord enfui en Thaïlande en 2018, où il a bénéficié du statut de réfugié par le HCR. Mais ce titre ne l’a pas protégé, au contraire, la police secrète vietnamienne l’a poursuivi en Thaïlande-même où il a échappé à plusieurs tentatives de kidnapping et d’agression physique.

    La répression transnationale de Hanoï  prend plusieurs formes: menaces directes sur la personne ou sur sa famille encore restée au Vietnam, intimidation, harcèlement, surveillance à l’étranger, kidnapping, sabotage des procédures de demande d’asile, campagne de dénigrement dans les médias d’Etat et sur les réseaux sociaux.

    Le document préparé par le Viet Tan et remis au DFAE cite les  témoignages de 13 personnes, de nationalité européenne, suisse, américaine d’origine vietnamienne, victimes de ces méthodes de répression transnationale. Il émet également des propositions pour faire face à ce phénomène transnationale.

    Même si  ce sont principalement des pays tels que la Russie, la Corée du Nord  et l’Iran qui attirent l’attention sur leurs méthodes violentes, cette rencontre cible également et le type de menaces et d’intimidations qui se sont multipliées ces dernières années vis vis même de la diaspora vietnamienne en Suisse.

     

    Le COSUNAM appelle la Confédération suisse à prendre pleinement en compte cette réalité et à renforcer les mécanismes de protection des réfugiés et des défenseurs des droits humains présents sur son territoire.

    L’Union européenne a ainsi franchi un tournant historique. Le 16 juin 2026, le Parlement européen a adopté une résolution majeure contre la répression transnationale, avec 434 voix pour.

  • Répression transnationale du Vietnam – Le long bras de Hanoi

    Répression transnationale du Vietnam – Le long bras de Hanoi

    La répression transnationale du gouvernement vietnamien
     
    Depuis plusieurs années, les autorités vietnamiennes étendent progressivement leur appareil répressif au-delà des frontières nationales. Alors que la répression intérieure contre les journalistes indépendants, les défenseurs des droits humains, les militants politiques et les leaders religieux est toujours d’actualité, des nouvelles informations indiquent que les personnes ayant trouvé refuge à l’étranger sont elles aussi devenues des cibles.
     
    Cette évolution s’inscrit dans un phénomène mondial désormais désigné sous le terme de « répression transnationale ». Cette expression désigne les mesures par lesquelles un État cherche à surveiller, intimider, harceler, menacer ou contraindre des personnes vivant hors de son territoire afin de limiter leur liberté d’expression, leur engagement politique ou leurs activités de défense des droits fondamentaux.
     
    Le Vietnam ne fait pas exception à cette tendance. Les cas recensés dans le présent rapport montrent que des militants, journalistes, réfugiés politiques, défenseurs des droits humains et membres de la diaspora vietnamienne ont été visés dans plusieurs pays démocratiques, notamment en Europe, en Amérique du Nord et dans la région Asie-Pacifique.
     
    Les méthodes observées sont diverses. Elles comprennent notamment des opérations d’enlèvement, des demandes d’extradition à caractère politique, des campagnes de diffamation, des actes de surveillance, des cyberattaques, des pressions exercées sur les familles restées au Vietnam ainsi que l’utilisation de procédures administratives ou consulaires à des fins de contrôle politique.
     
    L’objectif de ces pratiques apparaît constant : étendre au-delà des frontières nationales la capacité de l’État vietnamien à dissuader toute contestation, réduire au silence les voix critiques et maintenir une influence sur les communautés vietnamiennes établies à l’étranger.
     
    Ce rapport documente plusieurs cas représentatifs de ces pratiques et analyse les principales formes de répression transnationale attribuées aux autorités vietnamiennes. Il examine également les conséquences de ces agissements pour les droits fondamentaux des personnes concernées, pour la protection internationale des réfugiés et pour la souveraineté des États d’accueil.
     
    À travers cette étude, le parti d’opposition non-violent Viet Tan entend contribuer à une meilleure compréhension d’un phénomène encore insuffisamment documenté mais dont l’ampleur et la sophistication suscitent des préoccupations croissantes parmi les organisations internationales, les gouvernements démocratiques et les acteurs de la société civile.
     
     
    Cas particulier de Nguyen Vân Trang
     
    Installé en Suisse en 2024 après avoir obtenu l’asile , Nguyễn Văn Tráng poursuit ses activités de plaidoyer en faveur des droits humains au Vietnam. Selon les informations recueillies par les auteurs du rapport, il aurait continué à faire l’objet de diverses formes de pression, notamment par le biais de campagnes de dénigrement en ligne, de mesures d’intimidation visant sa famille restée au Vietnam et de tentatives présumées de collecte d’informations personnelles au sein de la communauté vietnamienne de Suisse. Considérés dans leur ensemble, ces éléments illustrent les mécanismes indirects par lesquels la répression peut se prolonger au-delà des frontières nationales sans nécessairement recourir à la violence physique.
     
    Voir le rapport complet du Viet tan sur la répression transnationale.

    https://www.cosunam.ch/wp-content/uploads/1._Vietnam_TRN_Report_-_VietTan_-_June_2024_fr.pdf

     
  • La répression transnationale est enfin reconnue par l’Union européenne. Une grande victoire historique pour les exilés et activistes vietnamiens.

    La répression transnationale est enfin reconnue par l’Union européenne. Une grande victoire historique pour les exilés et activistes vietnamiens.

    La répression transnationale est enfin reconnue. L’Union européenne franchit un tournant historique. Une grande victoire pour le collectif des exilés et activistes vietnamiens venu plaider leur cause au Parlement Européen.
     
    Le 16 juin 2026, le Parlement européen a adopté une résolution majeure contre la répression transnationale, avec 434 voix pour. Désormais, l’UE refuse d’être un refuge pour les régimes qui traquent, menacent ou persécutent leurs opposants au-delà de leurs frontières.
     
    L’activiste Nguyen Van Trang était un exemple de la répression transnationale de Hanoi. Exilé et réfugié reconnu en Thaïlande pendant des années, sa famille et ses proches au Vietnam n’ont pas cessé d’être harcelés jusqu’à ce qu’il bénéficie en 2024 d’un visa humanitaire d’entrée en Suisse. Sur la photo, il est entouré par le député genevois Sébastien Desfayes et le maire saconnésien Laurent Jimaja,
     
     
    Cette résolution est une grande réussite et soulagement notamment pour les réfugiés politiques vietnamiens aussi bien établis dans un pays d’accueil que les activistes encore en fuite dans un pays tiers. Nous pouvons ainsi citer la péripétie tragique de la famille Nguyen Van Trang en exil en Thaïlande pendant 6 ans et finalement accueilli en Suisse grâce à un visa humanitaire exceptionnel en 2024 . Rappelons aussi le cas de l’avocat Nguyen Van Dai , réfugié politique en Allemagne depuis 2018 mais constamment menacé par la Sécurité vietnamienne. Il bénéficie comme d’autres réfugiés de la protection des autorités allemandes. Il faut dire que ces dernières ont encore en travers dans la gorge l’enlèvement en plein Berlin et son rapatriement forcé au Vietnam d’un demandeur d’asile vietnamien Trình Xuan Thanh en 2017 commandité par les services de renseignement vietnamiens de Hanoï avec la complicité des autorités consulaires sur place.
     
    Portée par les députées Hannah Neumann de l’Alliance 90/Les Verts d’Allemagne et Saskia Bricmont , Écologie, de Belgique, cette résolution redéfinit la répression transnationale comme une menace directe à la souveraineté, à la sécurité et à l’État de droit en Europe.
     
    Assassinats, enlèvements, cyberattaques ou pressions sur les familles : ces pratiques sont clairement condamnées.
    Un signal fort envoyé au monde, y compris à des pays comme le Vietnam, la Russie, la Corée du Nord, l’Iran : la répression au-delà des frontières ne restera plus sans conséquences.
     
    Dans l’article suivant ” Répression transnationale du Vietnam – Le long bras de Hanoi” on peut examiner le dossier complet de Viet Tan qui a été remis au  Parlement Européen à cette occasion.
  • Le Forum des Nations Unies sur l’entreprise responsable et les droits de l’homme Asie-Pacifique

    Le Forum des Nations Unies sur l’entreprise responsable et les droits de l’homme Asie-Pacifique

    Considérant entre autres le cas tragique de Formosa et du Vietnam , à une époque marquée par des bouleversements géopolitiques, économiques et technologiques, une institution des Nations-Unies tente de mettre l’accent sur la manière de travail des entreprises multinationales  tout en faisant progresser concrètement les droits humains. 

    Le Forum des Nations Unies sur l’entreprise responsable et les droits de l’homme pour l’Asie-Pacifique est la principale plateforme régionale réunissant gouvernements, entreprises, organisations de la société civile et titulaires de droits afin de promouvoir une conduite responsable des entreprises.

    En plaçant au centre les perspectives des communautés touchées et en harmonisant les actions menées dans les domaines des politiques publiques, des marchés et des pratiques, le Forum vise à renforcer des systèmes économiques plus responsables, plus inclusifs et davantage respectueux des droits humains dans l’ensemble de la région Asie-Pacifique.

    https://www.rbhrforum.com/

    unrbhrforum@undp.org

  • Dix ans après la catastrophe Formosa de 2016 : un silence assourdissant !

    Dix ans après la catastrophe Formosa de 2016 : un silence assourdissant !

    Dix ans après la catastrophe environnementale provoquée en 2016 par l’usine sidérurgique Formosa Hà Tĩnh Steel, filiale du groupe taïwanais Formosa Plastics Group (FPG), la question de la justice pour les victimes demeure largement irrésolue. Dans un article publié le 6 avril 2026 , la revue internationale bien connue The Diplomat,  rappelle non seulement les conséquences de cette pollution industrielle majeure, mais aussi les responsabilités des différents acteurs concernés : l’entreprise, le gouvernement vietnamien, le gouvernement taïwanais et la communauté internationale.

    En effet, malgré la reconnaissance officielle de la catastrophe et le versement d’une indemnisation de 500 millions de dollars par Formosa, de nombreuses victimes continuent d’être privées d’une réparation effective, tandis qu’un ensemble de silences officiels complices contribue à prolonger leur marginalisation.

    Un rappel du contexte.

    En avril 2016, le rejet de substances toxiques par Formosa Hà Tĩnh Steel provoque une mortalité massive de poissons sur plus de 250 kilomètres du littoral du Centre du Vietnam. Les provinces de Hà Tĩnh, Nghệ An, Quảng Bình et Quảng Trị sont particulièrement touchées. Des centaines de milliers de personnes dépendant de la pêche, de l’aquaculture ou du tourisme côtier voient leurs moyens de subsistance gravement affectés. 

    Si le régime vietnamien, après de multiples atermoiements et interdictions de manifestations des victimes,  doit reconnaitre finalement la responsabilité de Formosa et accepte rapidement une compensation de 500 millions de dollars, l’article souligne que cette solution administrative ne règle pas la question fondamentale de la justice. Le versement a été effectué à l’État vietnamien et non directement aux victimes. Dès lors, ce sont les autorités qui décident unilatéralement qui peut être considéré comme victime, qui reçoit une indemnisation et dans quelles proportions. Selon les organisations de défense des victimes citées dans l’article, des milliers de personnes n’ont jamais été indemnisées ou l’ont été de manière insuffisante. De plus, les dommages environnementaux et sociaux auraient été largement sous-estimés.

    L’enjeu dépasse donc la simple pollution industrielle : il s’agit d’un conflit entre une logique de gestion politique d’un régime autoritaire et passablement corrompu et une approche fondée sur les droits humains et une justice indépendante.

    Voir notre précédent article.

    Le rôle ambigüe du gouvernement vietnamien : stabilité politique contre revendications populaires.

    L’une des critiques majeures formulées par les militants concerne l’attitude des autorités vietnamiennes. L’article décrit ainsi un gouvernement soucieux avant tout de préserver les investissements étrangers et la stabilité politique régionale. Formosa Hà Tĩnh Steel représente en effet l’un des plus importants projets industriels du pays. Dans cette perspective, le régime vietnamien a privilégié la fermeture rapide du dossier plutôt que l’ouverture d’un véritable processus de responsabilité qui aurait mis à jour un certains nombre d’irrégularités gênantes de la part des responsables locaux du parti.

    Les auteurs citent également la répression féroce des mobilisations citoyennes liées à la catastrophe. Plusieurs militants, blogueurs, défenseurs de l’environnement et représentants de communautés catholiques ayant soutenu les victimes ont été arrêtés ou condamnés à des peines de prison (Voir nos précédents articles ).

    Taïwan face à l’épreuve de la cohérence démocratique

    L’aspect le plus original de l’article concerne sans doute la responsabilité de Taïwan. Depuis plusieurs décennies, Taïwan se présente comme l’une des démocraties les plus avancées d’Asie et met régulièrement en avant son engagement en faveur des droits humains. Les militants estiment donc que le gouvernement taïwanais devrait jouer un rôle plus actif dans la recherche de solutions.

    L’article souligne toutefois un contraste entre ce discours et la réalité politique. Malgré la gravité de la catastrophe, le sujet a suscité relativement peu d’attention au sein de l’opinion publique taïwanaise. Les médias se sont peu emparés du dossier et les autorités n’ont exercé qu’une pression limitée sur Formosa Plastics Group. Cette retenue s’explique en partie par le poids économique considérable du groupe. Selon le rapport cité de l’Environmental Rights Foundation (ERF), Formosa Plastics Group représente à lui seul environ 10 % du produit intérieur brut de Taïwan. Son influence économique et politique rend difficile toute remise en cause profonde de ses activités.

    Malgré les obstacles, les organisations de défense des victimes ont obtenu une victoire significative devant les tribunaux taïwanais. Après plusieurs années de procédures, la Cour suprême de Taïwan a reconnu que des ressortissants étrangers pouvaient poursuivre des entreprises taïwanaises devant les juridictions de l’île lorsqu’ils ne disposent pas d’un accès effectif à la justice dans leur propre pays. Cette décision crée un précédent important pour les litiges transnationaux liés aux droits humains et à l’environnement. Mais même lorsque le principe de compétence judiciaire est reconnu, l’accès concret à la justice demeure complexe.

    Conclusion

    L’article de The Diplomat présente l’affaire Formosa comme bien davantage qu’un simple accident industriel. Il s’agit d’un cas emblématique des défis posés par la mondialisation économique : une entreprise multinationale, des victimes situées dans un État autoritaire et corrompu, une société mère installée dans une démocratie et des mécanismes internationaux limités dans leur capacité d’action.

    L’article montre aussi comment, face à l’impossibilité d’agir librement au Vietnam, une partie importante du combat pour la justice s’est déplacée vers la diaspora vietnamienne aux États-Unis, en Europe ,à Taïwan et ailleurs.

    En 2017, le Cosunam a accueilli une délégation du clergé catholique au Vietnam représentant les victimes de Formosa lors d’une séance avec la Mairie de Genève.

    Image au Palais Eynard avec le Conseiller administratif Guillaume Barazzone.

    Pour l’historien, cet aspect est particulièrement intéressant car il s’inscrit dans une tendance plus large : depuis les années 2000, les communautés vietnamiennes d’outre-mer interviennent de plus en plus dans les débats relatifs aux droits humains, à l’environnement et à la gouvernance au Vietnam.

    Enfin, si l’on replace ce texte dans son contexte politique de 2026, il faut noter qu’il paraît exactement au moment du 10ᵉ anniversaire de la catastrophe Formosa. Son objectif n’est donc pas seulement descriptif ; il cherche clairement à relancer l’attention internationale sur un dossier qui risque autrement de s’effacer progressivement de l’actualité.

    Dans l’intervalle, un cas tragique a eu lieu en 2019 illustrant les conséquences de cette pollution maritime à grande échelle. Fuyant les provinces ruinées par cette terrible catastrophe maritime, un groupe de 39 jeunes immigrants clandestins vietnamiens ont trouvé la mort asphyxiés dans un camion-charnier en essayant d’atteindre la Grande-Bretagne.

    Une solution d’avenir ?

    Considérant entre autres le cas tragique de Formosa et du Vietnam , à une époque marquée par des bouleversements géopolitiques, économiques et technologiques, une institution des Nations-Unies tente de mettre l’accent sur la manière de travail des entreprises multinationales  tout en faisant progresser concrètement les droits humains. 

    Le Forum des Nations Unies sur l’entreprise responsable et les droits de l’homme pour l’Asie-Pacifique est la principale plateforme régionale réunissant gouvernements, entreprises, organisations de la société civile et titulaires de droits afin de promouvoir une conduite responsable des entreprises.

    En plaçant au centre les perspectives des communautés touchées et en harmonisant les actions menées dans les domaines des politiques publiques, des marchés et des pratiques, le Forum vise à renforcer des systèmes économiques plus responsables, plus inclusifs et davantage respectueux des droits humains dans l’ensemble de la région Asie-Pacifique.

    https://www.rbhrforum.com/

    unrbhrforum@undp.org

     
     
     
     
     
     
  • Echos des cinquante printemps de l’exil de la diaspora vietnamienne

    Echos des cinquante printemps de l’exil de la diaspora vietnamienne

    Le journaliste Bertrand Stämpfli a publié, en lien avec le Cosunam (Comité Suisse-Vietnam), un ouvrage intitulé “Les cinquante printemps de l’exil”, sorti en avril 2026, à l’occasion du 51e anniversaire de la chute de Saïgon (30 avril 1975). Ce livre dresse une galerie de portraits de Vietnamiens exilés en Suisse, racontant leur intégration, leurs combats et leur mémoire — sans tomber dans les clichés. Il inclut également des témoignages de nombreux Suisses, politiciens et fonctionnaires, ainsi que des podcasts accessibles via des QR codes.
     
    Le livre a suscité une forte émotion auprès des lecteurs, notamment au sein de la communauté vietnamienne de Suisse. ll a été perçu comme un acte de reconnaissance envers des décennies de silence, de doute et de souffrance. Beaucoup ont vu dans cet ouvrage un miroir de leur propre histoire familiale. L’authenticité du récit est renforcée par le lien personnel de Bertrand Stämpfli avec cette communauté, qu’il a côtoyée durant ses études à l’EPFL. Plusieurs témoignages soulignent à quel point les portraits décrits résonnent bien avec les nombreuses histoires familiales vécues par la diaspora dans son ensemble. De nombreux internautes ont ainsi partagé leurs souvenirs personnels : parents ou grands-parents ayant fui le Vietnam après la chute de Saïgon et trouvé refuge en Suisse. 
     

    Après un périple effroyable, les premiers boat-people sont regroupés dans des conditions très dures sur les îles de la Mer Orientale (Mer de Chine) avant d’être triés et de pouvoir partir après des mois vers un pays d’accueil dont la Suisse qui en a recueilli quelques milliers.

    Des politiciens suisses de gauche comme de droite ont salué l’initiative, soulignant que les questions de droits humains et d’intégration transcendent les clivages politiques. Cela a été perçu comme une “victoire symbolique” pour le Cosunam. Le livre a été perçu comme un document précieux pour comprendre les réalités de l’immigration à l’heure où la Suisse se prépare à une grande votation intitulée ” Une Suisse à 10 millions d’habitants” selon une initiative de la droite nationaliste UDC.

    Débats sur la situation au Vietnam.

    La publication a également alimenté des conversations plus larges sur les violations des droits humains au Vietnam et la répression des dissidents, avec des partages d’articles de presse et de reportages sur ces sujets. Toutefois, un aspect particulièrement remarqué par le journaliste : de nombreux contributeurs ont choisi de rester anonymes, d’autres ont même refusé leur participation par crainte de représailles envers leurs proches restés au Vietnam. Ce détail a lui-même alimenté des discussions sur les réseaux sociaux, illustrant la réalité encore très présente du régime politique au Vietnam.

     

    Le livre a été salué pour avoir mis en lumière un changement politique notable en Suisse : le soutien aux Vietnamiens et aux prisonniers de conscience ne vient plus uniquement des partis bourgeois, mais aussi de membres du Parti socialiste et des Verts. Ce décloisonnement a été bien accueilli et commenté. La soirée annuelle de soutien aux familles des prisonniers politiques au Vietnam organisée par le Cosunam réunissant une centaine d’élus politiques de tout bord en est une belle preuve. Le blog **francisrichard.net**, référence dans les milieux culturels et politiques suisses romands, a publié un article détaillé dès le 28 avril 2026, contribuant à diffuser l’ouvrage auprès d’un public plus large.

    Bertrand Stämpfli n’est pas un observateur extérieur : il entretient un lien personnel profond avec la communauté vietnamienne. Durant ses études, il avait de nombreux amis vietnamiens et projetait de visiter le Vietnam du Sud mais la chute de Saïgon le 30 avril 1975 a tout changé. Ce traumatisme historique l’a motivé des décennies plus tard à documenter les récits de ceux qui ont fui. 

    Le travail de Bertrand Stämpfli et du Cosunam est nécessaire pour préserver cette mémoire collective et briser le silence autour des contradictions actuelles au Vietnam face à une façade de tourisme de masse et de boom économique.
    |
    | **Titre** | Les cinquante printemps de l’exil |
    | **Auteur** | Bertrand Stämpfli |
    | **Éditeur** | Cosunam | **Date de parution** | 28 avril 2026 | **Pages** | 108 pages |**Thème”Portraits de Vietnamiens exilés en Suisse depuis 1975″.

  • Réflexions sur la votation du 14 juin 2026 “ Une Suisse à 10 millions d’habitants”.

    Réflexions sur la votation du 14 juin 2026 “ Une Suisse à 10 millions d’habitants”.

    La campagne en ce moment sur l’initiative de l’UDC pour une Suisse limitée à 10 millions d’habitants me fait penser quelque peu à celle de Schwarzenbach au début des années 70 quand je suis arrivé en Suisse.

    À cette époque , l’initiative Schwarzenbach visait explicitement la présence étrangère. Le mot central de la campagne était « Überfremdung » (surpopulation ou emprise étrangère) et les affiches et les discours de l’époque mettaient souvent en scène la défense de l’identité nationale suisse et la protection des traditions et de la culture suisse. Le débat était donc , me semble t’il, essentiellement ethno-culturel et nationaliste.
     
    La comparaison actuelle des deux campagnes un demi-siècle après est intéressante parce qu’elle me semble être un déplacement des slogans plutôt qu’un changement fondamental de doctrine de la part des initiateurs. L’initiative UDC est formulée d’une manière plus policée et plus globale. Elle ne fixe pas nommément un plafond pour les étrangers mais pour la population totale à 10 millions d’habitants .
     
    Les arguments officiel 2026 de l’UDC insistent “lourdement” sur la pénurie de logements , l’augmentation des loyers , la congestion des routes et des trains , la pression sur les hôpitaux, les écoles et les infrastructures. Ces thèmes sont évidemment les préoccupations de tout citoyen lambda.
     
     
     
    Dans les deux initiatives, le message sous-jacent est que la Suisse a atteint ou approche une limite de capacité due à l’immigration étrangère. Vrai ou faux ? La question est légitime et mérite effectivement un grand débat.
    La grande différence est qu’en 1970 il était politiquement acceptable de dire ouvertement : « Il y a trop d’étrangers. »Aujourd’hui, un tel slogan serait beaucoup plus difficile à utiliser dans l’espace public notamment en Suisse romande. Le discours est donc devenu davantage : « Il y a trop de croissance démographique, Les infrastructures ne suivent plus, l’Union Européenne impose des normes inacceptables en matière d’immigration etc”.
     
     
    Quel modèle d’immigration étrangère la Suisse peut-elle absorber sans devoir modifier son modèle économique et social , son territoire, sa prospérité et sa sécurité ?
     
    Ceci dit, j’ai toujours été étonné en bien par mes connaissances suisses , dont des membres ou sympathisants de l’UDC ( certains sont devenus des amis) qui ont toujours bien accueilli les membres de la diaspora vietnamienne durant ces dernières décennies.
     
    Finalement , la question difficile pourrait être la suivante : Quel modèle d’immigration étrangère la Suisse peut-elle absorber sans devoir modifier son modèle économique et social , son territoire, sa prospérité et sa sécurité ? En bref, selon l’UDC, garder le beurre et l’argent du beurre mais surtout pas la fermière. 
     
    Luy Nguyen Tang

    ps : L’initiative Schwarzenbach de 1970 a été finalement rejetée par 54 % des votants contre 46 %. La participation avait atteint un niveau record de 75 %.

     
  • Participation au Sommet de Copenhague sur la Démocratie et au Congrès Mondial de la Liberté.

    Participation au Sommet de Copenhague sur la Démocratie et au Congrès Mondial de la Liberté.

    Le 12 mai 2026, avec d’autres membres de Viet Tan et organisations civiles vietnamiennes , Xuân-Trang Nguyen, vice-présidente du Cosunam , a participé au 9ème Sommet de Copenhague sur la Démocratie. Organisé par Anders Fogh Rasmussen, ancien secrétaire général de l’OTAN et ancien Premier ministre danois, et la Fondation Alliances des démocraties, ce sommet réuni des personnalités de premier plan issues des sphères politiques, économiques, technologiques et de la société civile, notamment des activistes pro-démocraties venant de l’Ukraine, Taïwan, l’Iran, le Venezuela et Cuba.

    Le sommet s’est ouvert par un discours du Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, suivi d’une rencontre informelle avec la Première ministre danoise par intérim, Mette Frederiksen. Oleksandr Kamyshin, conseiller du président ukrainien, a présenté la situation actuelle et les efforts déployés par l’Ukraine pour instaurer une paix juste.

    Xuân-Trang a également participé à une réunion du Congrès Mondial de la Liberté (World Liberty Congress) pour échanger sur la manière dont la communauté démocratique internationale pourrait mieux répondre aux priorités identifiées par les militants et les dirigeants de l’opposition œuvrant sur le terrain sous les régimes autoritaires.

    Activistes vietnamiens d’Allemagne, de France , de Suisse et du Danemark réunis pour la même cause

    Au cours de cette session, Human Rights Foundation a présenté le classement Tyranny Tracker, qui catégorise les pays du monde en trois types : totalitaires, semi-autoritaires et démocratiques. Ce classement repose sur trois piliers : Une compétition électorale juste et équitable , la liberté d’expression et d’opposition, l’indépendance judiciaire.

    1. Compétition électorale
    Les élections au Vietnam ne sont ni libres ni équitables. Il n’existe pas de véritable opposition politique, le PCV étant le seul parti autorisé. Les candidats à l’Assemblée nationale doivent être approuvés par des organes contrôlés par le parti, garantissant qu’aucune voix critique ne puisse se présenter. Les élections servent principalement de mécanisme symbolique de validation du pouvoir du parti.

    2. Liberté d’expression et d’opposition
    La liberté d’expression et de réunion est extrêmement limitée. Toute critique du gouvernement ou du parti peut entraîner une peine d’emprisonnement en vertu de dispositions larges relatives à la « propagande contre l’État ». Les journalistes, les militants et les groupes religieux sont étroitement surveillés, et les médias indépendants sont interdits.

    3. L’ indépendance judiciaire 
    Le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant, mais fonctionne comme un outil du parti. Les tribunaux sont directement contrôlés par le PCV et, dans les affaires politiques, les verdicts sont souvent déterminés à l’avance. Les prisonniers politiques ne bénéficient pas d’un procès équitable, et les avocats qui défendent des militants risquent eux-mêmes des poursuites ou la révocation de leur licence.

    Selon ce classement, il n’est pas surprenant que le Vietnam soit considéré comme un pays entièrement autoritaire. Pour en savoir plus : https://tyrannytracker.org/map/vietnam/

     

  • Disparition de M. Tran Huu Kinh , l’hommage du Cosunam

    Disparition de M. Tran Huu Kinh , l’hommage du Cosunam

    J’ai rencontré M. Kinh la 1ère fois au début des années 1990 lors d’une cérémonie de la communauté vietnamienne à Berne. Il était président de l’association des anciens militaires du Sud-Vietnam exilés en Suisse. Lieutenant-colonel et militaire de carrière, emprisonné dans les camps de concentration communistes après la chute de Saigon en avril 1975, il m’avait impressionné par sa prestance et sa personnalité d’homme.
    Les années qui ont passé et les nombreuses activités que le comité Cosunam et ma propre famille ont eues avec lui , de l’inauguration de la stèle des boat people en 2006 aux  journées annuelles de soutien en faveur des prisonniers politiques, n’ont fait que renforcer l’estime , le respect et l’amitié que nous avons pour M. Kinh.

    M. Tran Huu Kinh, représentant de la communauté vietnamienne de Suisse avec les autorités cantonales de Genève en la personne de François Longchamp et du Conseil Administratif du Grand-Saconnex lors de l’inauguration en 2010 de la Promenade des Libertés à l’occasion de la rénovation de la stèle des Boat-people de 2005.

     

    En sa compagnie, je me suis toujours senti fier en tant que Vietnamien exilé, solidaire de partager avec lui le même espoir de revenir ensemble un jour dans un Vietnam libre et démocratique. Aujourd’hui, ce rêve n’est pas réalisé mais sa mémoire et son exemple nous aideront à continuer à œuvrer pour un meilleur Vietnam. Les membres du COSUNAM et ma famille se joignent à moi pour exprimer à ses proches toute notre profonde tristesse et notre compassion.

    Luy Nguyen Tang, secrétaire général.

    Au nom du Comité Suisse Vietnam COSUNAM

  • Pourquoi quitter encore le Vietnam ? Travailleurs et étudiants d’aujourd’hui.

    Pourquoi quitter encore le Vietnam ? Travailleurs et étudiants d’aujourd’hui.

    Un demi-siècle après, à l’heure du 30 avril 2025, où le régime vietnamien proclame sa” nouvelle ère de prospérité et d’indépendance”, voici que surgissent de tristes réalités méconnues du grand public. Voici un extrait de la publication “50 printemps d’exil de la diaspora vietnamienne en Suisse 1975-2025” parue en février 2026 du  journaliste Bertrand Staempfli ( paragraphe 11).

    Massés sur les côtes françaises, dans la région de Calais, autant de demandeurs d’asile en provenance de plusieurs continents tentent quotidiennement de mettre à l’eau les bateaux grâce auxquels ils rêvent de rejoindre les côtes anglaises du Royaume-Uni. Des gens : « people », en anglais. Sur des bateaux : « boat ». Nous sommes en 2025. Aussi froides que peuvent l’être les statistiques, la réalité dépasse l’imagination et se dévoile, glaçante : le premier contingent de ces candidats à l’exil est constitué de migrants illégaux vietnamiens. Ils surpassent désormais numériquement les ressortissants en provenance d’Afghanistan, d’Iran, de Turquie, d’Érythrée et d’Irak.

    Quant aux étudiants inscrits dans les universités de l’étranger , notamment aux Etats-Unis, Canada, France et Australie, les nombreux témoignages récoltés par le Cosunam et les partis d’opposition au gouvernement vietnamien actifs à l’étranger permettent d’affirmer que certains d’entre eux fuient un pays au sein duquel ils subissent une répression politique. Il s’agit souvent d’étudiants qui rêvent d’un eldorado occidental. Profitant parfois des partenariats conclus entre leur université et des institutions européennes, ils arrivent avec des visas étudiants et ne rentrent pas au pays.

    Voici quelques années, sur les 265 Vietnamiens inscrits au Malta College of Arts, Science and Technology dans le cadre d’un échange, seuls deux seraient rentrés au Vietnam, rapportent des spécialistes de l’immigration. Une « filière » se tarit-elle que d’autres voies d’émigration sont immédiatement exploitées par divers réseaux de passeurs, avec la complicité plus ou moins active de pays européens – au nombre desquels la Hongrie.

    La majorité de ces Vietnamiens qui arpentent le littoral du nord de la France est toutefois très clairement davantage représentative de cette émigration économique à laquelle les ont contraints leurs situations précaires dans ces campagnes vietnamiennes oubliées du développement

    Le président Lương Cường, le secrétaire général du parti Lâm et le Premier ministre Phạm Minh Chính ont beau vanter le développement des villes vietnamiennes et l’avènement d’une classe moyenne, dans lesquelles les médias officiels croient trouver la confirmation de leur succès, leur politique a surtout créé une classe de gens très pauvres, souvent originaires de provinces du centre, comme celles de Nghệ An ou Tĩnh, qui présentent des taux de chômage élevés.

    Le « modèle » vietnamien laisse ainsi sur le bord de la route (on devrait dire : des mauvais chemins !) une population qui fuit des régions encore dépourvues de la plupart des infrastructures essentielles.

    Avec eux, la France découvre un autre visage de l’immigration vietnamienne, qu’elle connaît pourtant depuis plus longtemps que la Suisse : son passé colonial lui a valu d’accueillir des Vietnamiens à chacune des deux guerres mondiales, puis après la défaite de Diên Biên Phu, en 1954, lorsqu’elle rapatria quelque 35 000 Vietnamiens ayant servi la France. Vinrent ensuite les boat people, après 1975.

    Tout aussi exemplaire en France qu’elle l’a été en Suisse, cette immigration vietnamienne a d’ailleurs permis à ce pays, de l’avis de nombreux spécialistes, de créer un archétype du « bon immigré » qui lui servira après à construire ce qu’elle s’attachera à définir, a contrario, comme le « problème migratoire ».

    Toutefois, la donne change avec cette cinquième vague. Et, avec elle, le profil de ces Vietnamiens, candidats à la traversée de la Manche. Les coups de filets régulièrement réalisés par les services français de lutte contre l’immigration clandestine, permettent aux fonctionnaires hexagonaux des forces de l’ordre de confirmer les informations recueillies, par ailleurs, par les professionnels et les bénévoles des services sociaux et de ces associations qui vont à la rencontre de ces populations. Ces migrants sont généralement très jeunes – parfois encore des adolescents. Ils ne se mélangent pas ou peu aux autres migrants et parviennent à conserver une improbable élégance vestimentaire malgré des nuits passées en forêt, à quelques kilomètres des plages.

    Ces Vietnamiens, qui se sont souvent lourdement endettés dans l’espoir de gagner les côtes anglaises, doivent les atteindre coûte que coûte pour pouvoir rembourser leurs passeurs et débiteurs. Ces derniers, pudiquement présentés comme des membres de réseaux « d’origine indochinoise » (mais qui sont généralement, dans les faits, des compatriotes vietnamiens) peuvent en conséquence exercer sur eux des pressions : certains de ces migrants illégaux doivent travailler quelque temps dans des ateliers clandestins, tout au long du chemin qui les conduit jusque vers le rêve anglais. Plusieurs ont été recensés en Roumanie ou en Pologne, exerçant des jobs non qualifiés dans des univers industriels ou agricoles. Il ne s’est toutefois souvent agi que d’escales sur le long chemin qui les a menés ici, et où certains d’entre eux doivent dorénavant accepter de contribuer à des trafics plus lucratifs en transportant des produits illicites – généralement de la métamphétamine, de la kétamine, de l’ecstasy ou des drogues de synthèse. Certains sont même dirigés vers l’industrie du sexe, alimentant un vaste réseau de traite des êtres humains.

    Quelques-uns de ces passeurs ont un temps proposé aux migrants vietnamiens de franchir la frontière individuellement, repliés sur eux-mêmes au fond de valises placées dans le coffre de véhicules automobiles. Puis est ensuite venu le temps des convois plus importants, avec des groupes plus nombreux cachés dans les remorques de poids lourds, voire dans des camions frigorifiques. Mais, en 2019, survient une catastrophe : 39 Vietnamiens sont retrouvés asphyxiés dans ce que les médias désigneront comme un « camion charnier ». À compter de cette date, ces véhicules seront plus systématiquement contrôlés, a fortiori dès lors qu’ils devront de surcroît emprunter le tunnel sous la Manche. Par ailleurs, le Brexit (qui a affecté le volume des échanges commerciaux entre la Grande Bretagne et le Vieux-Continent) ne cessera d’en réduire le flux.

    Le camion charnier avec 39 jeunes Vietnamiens décédé(e)s asphyxiés lors d’une tentative d’immigration illégale en Grande-Bretagne. Originaires de la province de Nghê An, dévastée par la catastrophe écologique de Formosa en avril 2016, ils étaient à la recherche d’une vie meilleure.

    C’est pour cet ensemble de raisons que les Vietnamiens, candidats au départ, cherchent à nouveau leur salut sur les plages, prêts à prendre la mer sur des small boats guère plus rassurants que les pauvres bateaux de pêche sur lesquels leurs aïeux ont défié la mer de Chine, voici cinquante ans. Aujourd’hui, la Manche engloutit régulièrement les plus malchanceux d’entre eux, faisant renouer l’émigration vietnamienne avec les épisodes les plus sinistres de sa dramatique histoire.

  • Trois générations de la diaspora vietnamienne après un demi-siècle d’exil 1975-2025

    Trois générations de la diaspora vietnamienne après un demi-siècle d’exil 1975-2025

    Qu’en est il des générations de la diaspora vietnamienne aujourd’hui , un demi siècle après leur exode ? 

    La première génération — les pères et aînés qui ont traversé la guerre, l’emprisonnement, la traversée des mers, les dures premières années en terre étrangère — nombreux sont ceux qui nous ont quittés aujourd’hui. Mais ils ont laissé à la communauté un héritage précieux : un esprit de lutte, de persévérance et le sens du devoir de mémoire.

    La troisième génération, ce sont les jeunes nés en Suisse, bien intégrés dans la société occidentale , dotés de savoir, de compétences et d’enthousiasme. Beaucoup hésitent encore à s’engager dans la vie communautaire, mais ils  portent en eux le sang et la fierté de leurs ancêtres et l’aspiration à connaître voire à découvrir les traditions , les qualités et les réalité du pays natal de leurs parents. 

    Entre les deux se trouve la deuxième génération — la mienne d’aujourd’hui , enfants ou jeunes adolescents quand ils sont arrivé en terre helvétique. Un demi-siècle après , dans la quête difficile d’un Vietnam libre et démocratique, les uns sont fatigués, certains ont pris du recul par rapport à la géopolitique internationale , d’autres y ont renoncé. Mais nombreux sont encore ceux et celles qui continuent leur chemin. Ils n’ont pas oublié pourquoi leur famille a dû quitter le pays. Ils n’ont pas oublié le devoir du Vietnamien même vivant en exil. Même si l’on les juge parfois “dépassés” ou même “rétrogrades”, ils avancent , gardant avec persévérance une flamme et un espoir pour un meilleur Vietnam, pour un Vietnam libre et réellement démocratique.

    Rassemblement en 2025 avec la communauté catholique de Suisse en mémoire des boat-people et du 30 avril.
  • Pham Đoan Trang et la liberté de presse en 2026

    Pham Đoan Trang et la liberté de presse en 2026

    Les ambassades de Belgique et des Pays-Bas évoquent le cas de Mme Pham Doan Trang à l’occasion de la journée mondiale 2026 de la Liberté de Presse.  

    À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse du 3 mai 2026, les ambassades de Belgique et des Pays-Bas au Vietnam ont publié une déclaration conjointe réaffirmant leur engagement fort en faveur de la liberté de la presse et de la liberté d’expression.

    Ces ambassades ont notamment évoqué le cas de la journaliste et militante Phạm Đoan Trang, condamnée à neuf ans de prison  depuis décembre 2021 « pour des activités pacifiques visant à promouvoir les droits civils et politiques ».

    Le cas de Mme Trang a été mentionné dans le rapport 2022 du Secrétaire général des Nations unies concernant des allégations de détention arbitraire prolongée et de lourdes peines infligées à des personnes ayant partagé des informations sur la situation des droits humains avec l’ONU et d’autres organisations internationales. Phạm Đoan Trang est une journaliste et blogueuse dissidente reconnue, lauréate de plusieurs prix internationaux pour la liberté de la presse et les droits humains.

    Selon RSF, au cours de l’année écoulée, la presse vietnamienne a été étroitement contrôlée par le Parti communiste vietnamien, tandis que les journalistes et blogueurs indépendants sont régulièrement emprisonnés, faisant du Vietnam « l’une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes » selon RSF. Environ 40 journalistes seraient actuellement détenus dans des prisons au Vietnam. 

    Le Cosunam a eu la chance de rencontrer Mme Thiên Cân, la mère de Pham Doan Trang,  lorsqu’elle a pu venir en Suisse pour recevoir en son nom le grand prix Martin Ennals ,  Ville de Genève en juin 2022 .

    https://www.cosunam.ch/lettre-a-pham-doan-trang-47-ans-journaliste-et-ecrivaine/

  • La commune du Grand-Saconnex de Genève et le Cosunam

    La commune du Grand-Saconnex de Genève et le Cosunam

    Pour commémorer la date du 30 avril 1975 , début de l’exode massif des Vietnamiens pour fuir le régime communiste et du périple dramatique des boat-people en mer de Chine, le Comité Suisse Vietnam COSUNAM a pu exprimer toute sa reconnaissance à la ville du Grand-Saconnex , canton de Genève, au cours d’une cérémonie de remise du livre « Les 50 printemps de l’exil de la diaspora vietnamienne 1975-2025 ».

    Espace d’accueil du COSUNAM depuis 1990, érigeant la 1ère stèle d’Europe en mémoire des boat people Vietnamiens en 2005 , participant chaque année aux manifestations festives ou commémoratives de la communauté vietnamienne exilée et accueillant traditionnellement des anciens prisonniers politiques du régime exilés de passage en Suisse , la Ville du Grand-Saconnex , à Genève, a fait acte de courage et d’humanisme pendant toutes ces dernières décennies dans la pure tradition helvétique.

    Publication VN des 50 printemps d’exil

  • Ma Liberté par Francois Longchamp

    Ma Liberté par Francois Longchamp

    L’image représente François Longchamp, Conseiller d’Etat genevois, en compagnie du Conseil administratif du Grand Saconnex, du représentant Tran Huu Kinh de la communauté vietnamienne et de Michel Rossetti , ancien maire de Genève, à l’inauguration de la Promenade des Libertés en 2010 à côté de la stèle en mémoire des boat-people

     

    “Ma liberté
,
    Devant tes volontés
,
    Mon âme était soumise
    Ma liberté

    Je t’avais tout donné
,
    Ma dernière chemise
,
    Et combien j’ai souffert pour pouvoir satisfaire toutes tes exigences,
    J’ai changé de pays, j’ai perdu mes amis pour gagner ta confiance. »

     

    L’auteur-compositeur Georges Moustaki me pardonnera d’emprunter ici quelques-unes des paroles de « Ma liberté », chantée par Serge Reggiani. Elles disent si bien le destin des Vietnamiens jetés sur les mers ou les routes, il y a un demi-siècle, pour sauver leur vie et leur liberté. Par centaines de milliers, ils ont fui. Et c’est dans cet ailleurs qu’ils ont construit leur destin, là où leur chemin les a menés et où l’on a bien voulu d’eux.

    De toutes les vagues migratoires que Genève a connues, depuis le Refuge qui a laissé son nom à un épisode de son histoire ou durant les innombrables persécutions qui ont émaillé l’humanité en un demi-millénaire, l’accueil réservé aux Vietnamiens a sans doute été le plus silencieux.

    Silencieux, parce que ces réfugiés ont choisi la discrétion. Rarement une communauté étrangère n’aura autant fait pour s’intégrer, dans le souci d’apporter au pays d’accueil son intelligence, sa volonté et sa force de travail depuis trois générations. Les portraits, parfois poignants, du présent ouvrage en sont autant de témoignages.

    Cette discrétion, ce fut aussi le prix à payer pour la complaisance du monde à l’égard du communisme. Au refus de dénoncer ses égarements et ses massacres. À la complicité d’élites intellectuelles, politiques et médiatiques européennes qui ont mis tant de temps à les admettre et qui, parfois même, ne l’ont encore jamais fait.

    À l’heure des débats planétaires sur les vagues migratoires, le destin des réfugiés vietnamiens vient nous rappeler que prendre l’exil n’est souvent pas un choix, mais une nécessité. En un demi-siècle, tous ici se sont intégrés et on pourrait s’en satisfaire. Mais ce serait oublier qu’il reste à raconter des périples, à se souvenir de ses victimes et à dénoncer ce qui n’a pas changé. C’est aussi, et surtout, le sens de cette publication.

    François Longchamp,
    Ancien président du Conseil d’État et ancien conseiller d’État de la République et du canton de Genève

    Cliquez sur l’interview de François Longchamp réalisé par le journaliste Bertrand Staempfli à l’occasion de la publication “Les cinquante printemps de l’exil”, 1975-2025, de la chute de Saigon au demi-siècle d’accueil  de la diaspora vietnamienne en Suisse.

  • Servir pour que Genève et la Suisse restent des lieux de paix, de tolérance et de raison.

    Servir pour que Genève et la Suisse restent des lieux de paix, de tolérance et de raison.

    Hommage à Rolin Wavre 

    ROLIN WAVRE , 2020-2025, cinq ans déjà 

    Comme d’autres ont choisi d’affirmer « Ich bin ein Berliner », Rolin Wavre a adopté la cause du Vietnam, du Vietnam libre, du Vietnam démocratique. Il était devenu un Vietnamien comme les autres. C’est par l’action et par l’engagement, que Rolin Wavre a découvert le Cosunam et a accepté de le présider. Il a su aussi apporter des innovations et fut un acteur déterminant pour obtenir la libération de plusieurs détenus. Il sut renforcer les liens du Cosunam en particulier avec le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

     

    Un hommage par Bernard Favre, membre du Bureau du Comité Suisse-Vietnam COSUNAM

    Flaubert se trompait. Pour lui, on mesurait la valeur d’un homme au nombre de ses ennemis. Rolin Wavre, qui présida le Cosunam de 2013 à 2020, n’avait pas d’ennemi ; tout au plus quelques adversaires, qu’il respectait, outre des idées qu’il combattait et d’autres pour lesquelles il s’engageait. Mais, partout, il savait générer la concorde et la confiance.

    J’ai eu la chance de compter parmi ses amis, depuis l’époque où il s’est investi politiquement dans le même parti que moi. Son ambition (puisqu’il en faut en politique) ? Je me souviendrai toujours de sa réponse : « Servir, pour que Genève et la Suisse restent des lieux de paix, de tolérance et de raison. Parce que le reste du monde en a besoin. »
    Solide dans les valeurs selon lesquelles son éducation, son caractère et son parcours l’avaient guidé, il n’avait rien à gagner en politique et tout à donner.

    À cette époque, Nguyển Tăng Luỹ, secrétaire général du Cosunam, m’avait approché pour un projet sensible. Il s’agissait d’organiser une visite discrète au Vietnam, avec une personnalité genevoise, pour y rencontrer des militantes et militants des droits humains. Il fallait trouver une personne pas encore assez connue pour susciter la méfiance, et déjà suffisamment introduite pour que son témoignage puisse avoir de l’impact et que sa notoriété la protège.

    Rolin Wavre m’apparut immédiatement comme le candidat idéal. Son expérience comme délégué et chef de mission du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), lui permettait d’appréhender justement les risques de l’aventure. Comme son épouse Pascale le dit souvent : « Rolin et moi, nous nous sommes rencontrés en prison. » – des prisons où l’institution genevoise s’efforce d’apporter un témoignage d’humanité et de négocier inlassablement de meilleures conditions de détention. Après dix-sept ans au service du CICR, il avait occupé la fonction de directeur des opérations à l’Organisation mondiale contre la torture, avant de devenir le secrétaire général du Parti radical genevois. C’était le candidat idéal, vraiment. Encore fallait-il qu’il accepte.

    La présence lumineuse au Vietnam fut d’une importance majeure pour les militantes et militants des droits de l’homme.
    Il l’a fait, sans hésiter. Il a organisé son voyage prétendument touristique et, plus discrètement, ses visites auprès de dissidents, sa participation à une manifestation de démocrates au cœur de Hanoï et une tentative de visite à un prisonnier d’opinion. Sa présence lumineuse fut d’une importance majeure pour ces militantes et militants. Elle signifiait : « Servir, pour que Genève et la Suisse restent des lieux de paix, de tolérance et de raison. » Nous étions en 2010. Deux ans plus tard, une autre personnalité politique genevoise, notre regrettée amie Anne-Marie von Arx Vernon, faisait, elle aussi, ce voyage.

    C’est ainsi, par l’action et par l’engagement, que Rolin Wavre a découvert le Cosunam. Trois ans plus tard, tout naturellement, il a accepté de le présider lorsqu’on le lui a demandé. Fidèle aux combats de son prédécesseur, il a su aussi apporter des innovations. Il fut ainsi un acteur déterminant pour obtenir la libération de plusieurs détenus. Il sut renforcer les liens du Cosunam avec l’administration fédérale, en particulier avec le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Bien que membre éminent du PLR genevois, il sut aussi ouvrir le Cosunam à des soutiens politiques plus larges que ceux issus, traditionnellement, de l’entente PLR-PDC.

    Très vite, comme d’autres ont choisi d’affirmer « Ich bin ein Berliner », Rolin a adopté la cause du Vietnam, du Vietnam libre, du Vietnam démocratique. Il était devenu un Vietnamien comme les autres. Et puis, au printemps 2020, cet étrange printemps 2020, Rolin Wavre s’est endormi auprès de son épouse après une journée de sport. Il ne s’est plus réveillé. Mais, sur son visage, son épouse a vu un sourire. Ainsi s’en est allé, la paix au cœur, celui qui n’avait pas d’ennemi. Ainsi reste, dans notre souvenir, l’empreinte de cet homme qui portait l’espoir.

     

    par Bernard Favre, membre du Bureau du Cosunam

     

  • Amitiés et soutiens à la communauté vietnamienne en Suisse

    Amitiés et soutiens à la communauté vietnamienne en Suisse

    Deux personnalités politiques Suisses et amis de longue date s’expriment lors de la commémoration des 50 ans de présence en Suisse de la communauté des Vietnamiens exilés. Leurs témoignages introduisent la publication de l’ouvrage ” Les cinquante printemps de l’exil 1975-2025 de la chute de Saigon au demi-siècle d’accueil  de la diaspora  vietnamienne en Suisse”.

    Cliquez sur leur portrait respectif pour écouter le podcast de leurs paroles.

    Propos recueillis par Bertrand Staempfli /2025.

    Serge Dal Busco, Ancien Conseiller d’Etat du Canton de Genéve

     

    Michel Rossetti, Ancien Maire de la Ville de Genève

     

     

     

  • Une décennie de répression au Việt Nam 2015-2025

    Une décennie de répression au Việt Nam 2015-2025

    Le 31 décembre 2025, un tribunal vietnamien a condamné le dissident politique Nguyễn Văn Đài à 17 ans de prison au titre de l’article 117 du Code pénal, qui criminalise la « propagande contre l’État ». Il s’agit de sa troisième condamnation pour dissidence. Fait révélateur : Nguyễn Văn Đài vit pourtant en exil en Allemagne depuis 2018, où il a obtenu l’asile politique. Ce jugement est considéré comme une répression transnationale comme pratique le Vietnam depuis quelques années.

    Ce cas emblématique illustre une réalité plus large. Selon les données compilées par The Vietnamese Magazine, près de 500 personnes ont été arrêtées et jugées au Việt Nam entre 2015 et 2025 pour avoir exercé pacifiquement leur liberté d’expression, d’association ou de participation civique.

    L’année 2018 marque un tournant majeur, avec un pic historique d’arrestations. Cette vague répressive a suivi les grandes manifestations du 10 juin 2018, les plus importantes depuis 1975, organisées contre des projets de loi controversés sur les zones économiques spéciales et la cybersécurité. Malgré leur caractère largement pacifique et spontané, ces mobilisations ont déclenché une réponse brutale des autorités : arrestations massives, détentions prolongées et lourdes condamnations pénales.

    Depuis lors, même si le nombre annuel d’arrestations a diminué, il n’est jamais revenu aux niveaux observés avant 2015. La répression ne s’est pas atténuée ; elle s’est institutionnalisée. Les autorités continuent de recourir systématiquement à des dispositions pénales vagues — notamment les articles 117 (« propagande contre l’État »), 331 (« abus des libertés démocratiques ») et 318 (« trouble à l’ordre public » — pour sanctionner l’expression pacifique.

    Les peines infligées sont sévères et durables : souvent calculées en années, parfois supérieures à dix ans. De nombreux prisonniers dits « libérés » restent en réalité sous surveillance étroite, en probation, privés de liberté de mouvement ou soumis à des restrictions informelles. La détention provisoire, parfois longue de plusieurs années avant jugement, fait partie intégrante de ce système de pression.

    La répression vise tout particulièrement le journalisme indépendant et l’expression en ligne. Blogueurs, journalistes et équipes éditoriales de médias non étatiques ont été régulièrement arrêtés au cours de la décennie. Des figures connues comme Phạm Chí Dũng ou Phạm Đoan Trang ont écopé de peines allant jusqu’à quinze ans de prison, illustrant la volonté de dissuasion exercée contre toute voix critique.

    L’intégration économique progresse tandis que l’emprisonnement politique perdure.

    Cette trajectoire répressive pose une question centrale : le Việt Nam a-t-il respecté ses engagements en matière de droits humains dans le cadre de l’Accord de libre-échange avec l’Union européenne (EVFTA) en 2019, entré en vigueur en 2020 ? Les données fournies par les ONG suggèrent clairement que non. En 2023, le Cosunam avait déjà participé à une conférence à Bruxelles pour  dénoncer cet état de fait. Les arrestations ont continué après l’entrée en vigueur de l’accord, les lois abusives sont restées inchangées, et les lourdes condamnations se sont poursuivies.

    Malgré ce constat accablant, le Vietnam et l’UE viennent de porter  leurs relations au rang de partenariat stratégique  en janvier 2026 malgré une condition clé et un chapitre dédié au respect des droits de l’homme avec des mécanismes de surveillance et de sanctions potentielles.

    L’EVFTA était censé favoriser des réformes et une amélioration des droits humains. Dans les faits, il a coexisté passivement avec une répression constante et documentée. Loin d’avoir freiné les abus, l’accord a normalisé une situation où l’intégration économique progresse tandis que l’emprisonnement politique perdure.

    Dès lors, la question aujourd’hui n’est plus de savoir si le développement économique a pu encourager la réforme démocratique au Vietnam mais si le monde libre a accepté , en pratique, de reléguer la conditionnalité des droits humains au second plan face aux intérêts commerciaux. Les exemples dramatiques aujourd’hui de la Chine et de la Russie ne semblent pas encore, hélas, évidents pour nombre de bonnes consciences.

  • 14ème congrès du PCVN , dix ans de recul  et toujours une attente

    14ème congrès du PCVN , dix ans de recul et toujours une attente

    Par Dang Xuong Hung, ancien Consul du Vietnam à Genève, après le 14ème Congrès du PCVN Parti communiste vietnamien.

    En  2014, coup de tonnerre dans le milieu de la diaspora vietnamienne exilée  de Suisse. Le consul du Vietnam Dang Xuong Hung présente une demande de réfugié politique en critiquant ouvertement le parti communiste vietnamien PCVN  dont il est membre actif. Il s’en explique sur les médias suisses ( voir ci-dessous le lien de l’émission “Genève à chaud” en 2014 de Pascal Decaillet sur YouTube). Aujourd’hui , à la lumière de l’accession et du maintien au pouvoir du général Tô Lam, patron de la Sécurité du régime et secrétaire général du Parti communiste,  Dang Xuong Hung nous livre ses sentiments et son refus du fatalisme après le 14ème congrès du PCVN.

     

    Il y a dix ans, après le 12e Congrès, j’écrivais dans un état d’esprit mêlé d’attente, de lucidité et d’inquiétude. Aujourd’hui, le 14e Congrès terminé, j’éprouve une amère sensation : dix ans ont passé, mais ce sentiment est resté quasi inchangé. Ce sont toujours des discours préparés d’avance, des résolutions pleines de beaux mots, des promesses usées aux oreilles. C’est toujours l’attente vague d’une société habituée à attendre.

    Le problème ne réside pas dans quelques slogans ou diatribes, mais dans le cadre de pensée et le mécanisme qui se sont figés. Ce système n’a pas été conçu pour se transformer véritablement. La chose la plus dangereuse pour mon pays, c’est cette rigidité envers un modèle idéologique que le monde a abandonné depuis des décennies. Le marxisme-léninisme n’est plus une force motrice, mais un obstacle à la pensée. Tandis que le monde évolue, nous restons enlisés à défendre un système qui a prouvé son échec à l’échelle mondiale. La démocratie, c’est le partage du pouvoir ; le communisme, c’est la concentration du pouvoir.

    Il y a dix ans, j’écrivais que seule la réforme politique, l’élargissement de la démocratie et l’amélioration des droits humains peuvent sortir le pays de la crise. Dix ans plus tard, la réalité ne m’a donné aucune raison de revenir sur ce jugement. La société vietnamienne ressemble à une cocotte-minute comprimée depuis trop longtemps. Le mécontentement ne disparaît pas, il passe de l’expression publique au mutisme. Les gens apprennent à se taire, à s’adapter, mais cela ne fait pas disparaître les problèmes fondamentaux.

    Sans un changement dans la pensée démocratique, tout changement de personnel n’est que du changement de surface.

    L’histoire le montre : sans des hommes et des femmes assez courageux au sein de l’appareil du PCVN, prêts à placer l’intérêt national au-dessus des intérêts personnels, tout changement aura du mal à éviter un scénario douloureux.

    Dix ans, c’est une génération entière d’occasions manquées. Sans un changement dans la pensée démocratique, tout changement de personnel n’est que du changement de surface. Sans le courage de se remettre en question, tout congrès n’est que la répétition d’elle-même.

    Je refuse toujours d’accepter que l’attente soit le destin éternel de mon peuple. Que le destin soit clément envers le Vietnam, le jour où le changement ne sera plus une chose à espérer, mais une chose inévitable.

    Dang Xuong Hung — 24 janvier 2026

  • Une publication historique sur les cinquante printemps de l’exil 1975-2025

    Une publication historique sur les cinquante printemps de l’exil 1975-2025

    Sébastien Desfayes, au nom du Comité Suisse Vietnam COSUNAM

     

    Préfacé par François Longchamp, ancien président du Conseil d’Etat de la République et Canton de Genève, cet ouvrage LES CINOUANTE PRINTEMPS DE L’EXIL 1975-2025 de la chute de Saïgon au demi-siècle d’accueil de la diaspora vietnamienne en Suisse a été écrit par Bertrand Stämpfli, qui a également réalisé les interviews et les podcasts . Ayant notamment été journaliste à la Tribune de Genève et à la Radio Suisse Romande, il est actuellement toujours pigiste et chroniqueur pour plusieurs titres en Suisse et à l’étranger. Il travaille par ailleurs dans le domaine de la communication au sein de différentes fondations, régies et autres entités publiques communales, cantonales et fédérales suisses. L’opuscule qui paraitra en février 2026 fera partie du patrimoine documentaire genevois et sera conservé par la Bibliothèque de Genève.

    Le Comité Suisse-Vietnam (Cosunam), qui lui a confié ce mandat, lui a laissé une parfaite autonomie quant au choix des témoins ainsi qu’une totale liberté éditoriale. Sur la base des témoignages récoltés auprès de quelques grands témoins vietnamiens et suisses, dont il dresse des portraits sensibles, Bertrand Stämpfli contribue ainsi à faire œuvre de mémoire. Par petites touches impressionnistes, il permet à de «petites» histoires individuelles de faire mieux comprendre la « grande» histoire, en les inscrivant dans un tableau sans complaisance aucune avec quiconque.

    Le Cosunam remercie la Loterie romande (LoRo), les mécènes genevois ainsi que celles et ceux de ses membres et de ses proches dont la générosité a permis le financement de ce projet. Il exprime également sa gratitude envers toutes les personnes qui ont accepté d’apporter leur témoignage et de donner un visage aux récits qui se racontent dans ces pages, ainsi qu’envers celles dont les expériences et l’érudition ont permis d’inscrire ces « petites » histoires dans une histoire plus grande qui continue de s’écrire.

    Ces remerciements vont également aux partenaires historiques du Cosunam qui ont soutenu son action depuis le premier jour, au titre desquels il convient notamment de citer les autorités municipales de la ville du Grand-Saconnex: c’est grâce à elles que le canton de Genève a été le premier de Suisse et d’Europe à ériger en 2005 une stèle à la mémoire des boat people et à inaugurer une Promenade des libertés en liaison avec des segments du Mur de Berlin qui fait aujourd’hui l’honneur de cette commune, de ce canton et de ce pays.

    Ne sont pas oubliées les autorités cantonales au sein desquelles il s’est toujours trouvé des ministres pour entendre la voix du Cosunam, l’écouter et lui donner un écho. Il en va de même de ceux des parlementaires genevois qui savent relayer, à Berne, au sein de leurs chambres respectives, les informations dont cette association veille à optimiser la diffusion.

    Don Publication 50 Printemps exil et accueil Vietnam

    “Ce code QR vous permet de faire un don au Comité Suisse Vietnam pour l’aider à soutenir

    des familles de personnes détenues au Vietnam en raison de leurs désirs de démocratie »

  • Publication historique ” Les cinquante printemps de l’exil 1975-2025 ” de la chute de Saïgon au demi-siècle d’accueil de la diaspora vietnamienne en Suisse

    Publication historique ” Les cinquante printemps de l’exil 1975-2025 ” de la chute de Saïgon au demi-siècle d’accueil de la diaspora vietnamienne en Suisse

    LES CINOUANTE PRINTEMPS DE L’EXIL 1975-2025
    de la chute de Saïgon au demi-siècle d’accueil de la diaspora vietnamienne en Suisse

    Réalisé par Bertrand Stämpfli à la demande du Comité Suisse-Vietnam (Cosunam), cet ouvrage commémore les cinquante ans de la chute de Saïgon et de l’exil des Vietnamiennes et Vietnamiens du Sud ayant fui le régime communiste. Dans le même temps, il célèbre également les cinquante ans de l’accueil et de l’intégration de cette diaspora en Suisse et à Genève.

    Voici des extraits de l’introduction de cet ouvrage historique préfacé par François Longchamp, ancien Président du Conseil d’Etat de Genève qui sera présenté au public en février 2026.

    Le 30 avril 1975, les forces armées nord-vietnamiennes, soutenues par l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), lancent une offensive décisive contre leurs ennemis du Sud qui ont perdu le soutien que les Américains leur avaient apporté jusqu’en 1973 dans ce conflit fratricide. L’histoire se souvient de cette date comme celle de la « chute de Saïgon » qui a consacré la victoire d’un camp sur l’autre et dans laquelle d’aucuns veulent voir l’épilogue de la guerre du Vietnam. Cet événement n’en constitue pas moins le début du douloureux exil de Vietnamiens du Sud qui, nombreux, tenteront de fuir leur pays dans des conditions souvent aussi périlleuses que dramatiques.


    Au total, plusieurs millions de personnes vont ainsi quitter le Vietnam. Plusieurs centaines de milliers d’entre eux n’arriveront nulle part. Même s’il est difficile d’en faire avec précision le macabre décompte, les historiens s’accordent à estimer à 300 000 le nombre des personnes ainsi disparues – avalées par la mer dans laquelle elles s’étaient jetées à bord de frêles esquifs ; mortes de faim et de soif au cours de navigations approximatives qui ne leur ont pas offert de destination; parfois abandonnées à leur fatale dérive par ces navires qui les ont croisées sans leur porter secours ; ou encore tuées par ces pirates, nombreux le long des côtes thaïlandaises, qui se sont approprié les quelques biens avec lesquels elles fuyaient leur pays.

    Des vents et courants davantage favorables ont permis à d’autres d’accoster sur des rives hospitalières ou d’être sauvées des eaux par quelque capitaine respectueux du code d’honneur des marins. Ensemble, elles ont alors cheminé dans leur exil jusque vers ces pays qui allaient accepter de les accueillir.
    Une partie de ce flux de migrants a été dirigée vers la Suisse, à une époque où celle-ci appliquait encore, en matière d’immigration, le système dit des contingents. Nous aurons l’occasion d’interroger, au fil de ces pages, les liens que ces deux pays ont ainsi pu entretenir.

    Au cours de ce demi-siècle, cette émigration vietnamienne a su enrichir la Suisse de nouveaux confédérés. Réputées discrètes, cette communauté et sa descendance ont fait émerger plusieurs personnalités brillantes qui contribuent à son rayonnement dans différents domaines stratégiques, scientifiques, juridiques, universitaires, industriels et commerciaux.


    Cette émigration, qui se décline désormais autour d’une deuxième et d’une troisième générations, fait figure de modèle d’intégration en Suisse. Elle y est réputée pour s’être fondue dans la société helvétique en s’appropriant ses codes, tout en maintenant un lien très fort avec sa culture millénaire.
    L’excellente intégration des Vietnamiens en Suisse doit par ailleurs s’apprécier à l’aune des injonctions sociales, culturelles et communautaires qui ont pu peser sur certains membres de cette diaspora, comme nous le confient certains témoins. D’autres confessent avoir dû faire face à ces difficultés paradoxales auxquelles les a confrontés le fait de s’être efforcés à devenir « plus suisses que les Suisses ». Leur discrétion et leur humilité leur ont parfois valu de rater des portes dans ces compétitions que constituent les processus de recrutement ou les promotions…
    Nonobstant la résilience exemplaire que l’on s’accorde à reconnaître aux membres de la communauté vietnamienne, leur immigration politique n’en a pas moins eu pour origine la fuite d’un régime autoritaire dont les exactions ont laissé des séquelles traumatisantes chez celles et ceux qui en ont été victimes. Ainsi, cinquante ans après la chute de Saïgon, les plaies de certains de ces « vaincus » de la guerre du Vietnam peinent encore à se refermer, tandis que les « vainqueurs » se maintiennent à la tête de l’actuelle République socialiste du Vietnam, dans ce régime autoritaire qui ne tolère qu’un parti unique et réprime sévèrement les oppositions.

    Pour cette raison, de nombreux Vietnamiens de cette première génération se sont installés dans une forme de résistance qu’ils ont organisée depuis leur pays d’accueil. Depuis cinq décennies, celle-ci prend la forme de diverses actions de sensibilisation des autorités politiques des pays hôtes sur les réalités vietnamiennes actuelles. Elle s’exprime par des manifestations pacifiques en faveur de la démocratie et réclamant la libération de prisonniers politiques.

    Cette opuscule que viennent enrichir divers podcasts audio dans une démarche de mémoire vivante a ainsi permis la rencontre de plusieurs témoins de différentes générations qui relatent des réalités diverses. Les récits des boat people, dont il convient de rappeler les conditions dramatiques dans lesquelles ils sont arrivés, y ont bien sûr une place prépondérante. Chacun de ces témoignages ouvre une porte pour explorer un aspect de leur histoire et établir un lien avec le présent.

    Alors aujourd’hui, à l’occasion des 50 ans de la chute de Saïgon, au travers des différentes manifestations qui ont émaillé l’année 2025 et via cette opuscule, les membres et les amis du Cosunam unissent leur voix pour protester contre les exactions dont sont encore victimes, au Vietnam, ceux qui dénoncent les graves entorses faites aux droits humains, à la liberté d’expression et aux principes démocratiques.

    Donnant un écho au poème de Niemöller, Sébastien Desfayes, le président du Cosunam, inscrit son action dans le sens de l’histoire avec cette phrase aussi simple que définitive : « Car si ce n’est pas nous qui le faisons, personne ne le fera. »

    Voir la présentation de l’ouvrage à la rubrique “Une histoire” du Site Cosunam.