Ma Liberté par Francois Longchamp,
L’image représente François Longchamp, Conseiller d’Etat genevois, en compagnie du Conseil administratif du Grand Saconnex, du représentant Tran Huu Kinh de la communauté vietnamienne et de Michel Rossetti , ancien maire de Genève, à l’inauguration de la Promenade des Libertés en 2010 à côté de la stèle en mémoire des boat-people
“Ma liberté
,
Devant tes volontés
,
Mon âme était soumise
Ma liberté
Je t’avais tout donné
,
Ma dernière chemise
,
Et combien j’ai souffert pour pouvoir satisfaire toutes tes exigences,
J’ai changé de pays, j’ai perdu mes amis pour gagner ta confiance. »
L’auteur-compositeur Georges Moustaki me pardonnera d’emprunter ici quelques-unes des paroles de « Ma liberté », chantée par Serge Reggiani. Elles disent si bien le destin des Vietnamiens jetés sur les mers ou les routes, il y a un demi-siècle, pour sauver leur vie et leur liberté. Par centaines de milliers, ils ont fui. Et c’est dans cet ailleurs qu’ils ont construit leur destin, là où leur chemin les a menés et où l’on a bien voulu d’eux.
De toutes les vagues migratoires que Genève a connues, depuis le Refuge qui a laissé son nom à un épisode de son histoire ou durant les innombrables persécutions qui ont émaillé l’humanité en un demi-millénaire, l’accueil réservé aux Vietnamiens a sans doute été le plus silencieux.
Silencieux, parce que ces réfugiés ont choisi la discrétion. Rarement une communauté étrangère n’aura autant fait pour s’intégrer, dans le souci d’apporter au pays d’accueil son intelligence, sa volonté et sa force de travail depuis trois générations. Les portraits, parfois poignants, du présent ouvrage en sont autant de témoignages.
Cette discrétion, ce fut aussi le prix à payer pour la complaisance du monde à l’égard du communisme. Au refus de dénoncer ses égarements et ses massacres. À la complicité d’élites intellectuelles, politiques et médiatiques européennes qui ont mis tant de temps à les admettre et qui, parfois même, ne l’ont encore jamais fait.
À l’heure des débats planétaires sur les vagues migratoires, le destin des réfugiés vietnamiens vient nous rappeler que prendre l’exil n’est souvent pas un choix, mais une nécessité. En un demi-siècle, tous ici se sont intégrés et on pourrait s’en satisfaire. Mais ce serait oublier qu’il reste à raconter des périples, à se souvenir de ses victimes et à dénoncer ce qui n’a pas changé. C’est aussi, et surtout, le sens de cette publication.
François Longchamp,
Ancien président du Conseil d’État et ancien conseiller d’État de la République et du canton de Genève
Cliquez sur l’interview de François Longchamp réalisé par le journaliste Bertrand Staempfli à l’occasion de la publication “Les cinquante printemps de l’exil”, 1975-2025, de la chute de Saigon au demi-siècle d’accueil de la diaspora vietnamienne en Suisse.




