Cosunam Newsletter Février 2021

Message et voeux de Sébastien Desfayes, président

La Fête du Têt commencera cette année le 12 février et marque d’abord le Nouvel An vietnamien. Personne ne regrettera l’année 2020, l’année du Rat, qui cèdera sa place à l’année du Buffle.

Si l’on en croit les astrologues vietnamiens, nous avons tout lieu d’être optimistes : endurant, fiable, capable d’atteindre ses objectifs sans perdre patience, le buffle ne flanche jamais.

Heureusement d’ailleurs : si l’arrivée du printemps est également célébrée lors de la Fête du Têt, aucun signal de dégel n’a été donné par les apparatchiks lors du 13ème congrès du Parti communiste qui ont reconduit à son poste le secrétaire général Nguyen Phu Trong, cacique parmi les caciques.

Alors que la situation au Vietnam est toujours aussi préoccupante et que la crise du Covid nous a aussi rappelé en Occident que les libertés individuelles doivent être chéries et protégées, le buffle nous apprend à rester confiants et à suivre notre chemin.

Nous veillerons en premier lieu, avec la plus grande attention, au sort des accusées du village de Dong Tam, dont deux d’entre eux avaient été condamnés à la peine de mort en première instance. L’espoir est permis, tant la mobilisation a été forte en Suisse et dans le monde.

Les familles des prisonniers de conscience au Vietnam honorent la mémoire de leurs ami(e)s suisses disparus

Nous n’oublierons pas non plus les journalistes et activistes des droits humains emprisonnés ces derniers mois par le régime d’Hanoi. De manière générale, nous apporterons aux opprimés du Vietnam la certitude qu’ils ne sont pas seuls.
Et comme le Têt est enfin, selon la tradition, la rencontre entre les vivants et les âmes de ceux qui sont partis, nous penserons à tous ceux qui nous ont quittés, qui nous manquent terriblement mais qui continuerons à nous inspirer.

Bonne Année du Buffle.
 

 

 

Huynh Thi Tô-Nga

Médecin généraliste, mère de deux enfants, cette jeune activiste fait preuve d’un courage incroyable comme tant d’autres femmes du Vietnam. En cette année d’anniversaire des 50 ans du droit démocratique de vote pour les femmes en Suisse, ayons une pensée et une action pour celles au Vietnam qui en sont privées et qui militent dans les pires conditions

Le 28 novembre 2019, le Tribunal populaire de la province de Dong Nai a jugé Madame Huynh Thi Tô Nga et son frère Huynh Minh Tam en vertu de l’article 117 du Code pénal vietnamien pour ” diffusion d’informations et d’articles dans le but de s’opposer à l’État de la République socialiste du Vietnam”. Tous deux ont été condamnés à de lourdes peines de prison – neuf ans pour le frère Tâm et cinq ans pour Tô Nga.

 
Frère et soeur étaient des commentateurs avisés sur les réseaux sociaux de la politique du gouvernement et des questions nationales, y compris la souveraineté face à la Chine, la corruption et la mauvaise gestion économique. Madame Tô Nga a été arrêtée le 28 janvier 2019 par des agents en civil à l’hôpital où elle exerçait. Elle a été portée disparue pendant plusieurs semaines avant d’être enfin retrouvée par sa famille dans un centre de détention dans la province de Dong Nai sans droit de visite.
 

Le Vietnam face au coronavirus

Le Vietnam a enregistré quelques 500 cas nouveaux d’infections depuis fin janvier 2021 et les contaminations se sont propagées rapidement à une douzaine de villes et de provinces sur tout le territoire national.  Proches de la Chine, Hai Duong et Quang Ninh, deux provinces du Nord entre Hanoi et le port de Hai Phong semblent les plus touchées avec 370 cas. Saigon-Ho Chi Minh Ville n’est pas épargnée et arriverait en troisième position avec une quarantaine de cas enregistrés début février. La grande métropole du sud est suivie par la capitale Hanoi au Nord avec trente cas, la province de Gia Lai ( Haut-plateaux du centre) avec une vingtaine de cas ainsi 7 autres provinces. 

Tous ces chiffres officiels totalisant ainsi 2’100 personnes contaminées à ce jour (nombre relativement très bas par rapport à la situation d’autres pays dont la Suisse) appellent cependant à une certaine méfiance sachant que la liberté d’expression et d’information au Vietnam est pratiquement inexistante depuis des années.

Le ministère de la santé a massivement intensifié les tests et des quartiers ou districts entiers du pays sont soumis à une sévère quarantaine. Toutes les grandes manifestations festives ont du être annulées. La télévision d’État a cité le chef du groupe de travail sur le coronavirus déclarant qu’il fallait se préparer à un scénario pouvant aller jusqu’à 30’000 contaminations. Les efforts de confinement pourraient être compliqués par la période des vacances du Nouvel An lunaire, où les grands rassemblements et déplacements à l’intérieur du pays sont typiques.

Nos pensées particulières vont vers les prisonniers de conscience dont les conditions de détention ne peuvent que s’aggraver dramatiquement.

 

 


COSUNAM EXPRESS Janvier 2021

Le Vietnam à l’aube de 2021

Comment le Coronavirus a-t-il affecté le pays ?

A la fin de l’année 2020, le Vietnam se targue d’avoir eu l’un des taux de mortalité du virus les plus bas au monde avec des chiffres officiels d’un peu moins de 1’600 contaminations et d’une quarantaine de décès. On pourrait douter de la véracité de ces chiffres dans ce pays qui reste un “copier-coller” de la Chine en matière de transparence et de liberté d’expression.
La croissance économique de ce pays aux 98 millions d’habitants a ralenti pour atteindre 2,91 % à la fin de 2020, car le ralentissement mondial provoqué par la pandémie a fait chuter la demande de produits fabriqués au Vietnam. Le gouvernement prévoit une expansion d’environ 6 % en 2021, contre 7% en 2019. Néanmoins, l’exode et le redéploiement en Asie des multinationales hors de Chine a principalement favorisé le Vietnam.

Quels sont les défis qui attendent le Vietnam?

D’une part, stimuler la croissance de la nation dépendante des exportations suite à une forte récession mondiale. D’autre part, le faire sans provoquer davantage les États-Unis qui reste son plus grand marché d’exportation. Les États-Unis ont mis le Vietnam en garde en octobre 2020 en ouvrant une enquête commerciale sur sa politique monétaire et ont ensuite imposé des sanctions sur de nombreux articles et marchandises en invoquant une “monnaie sous-évaluée”. Le Vietnam a été désigné comme un pays d’Asie du Sud-Est manipulateur de devises.

Quid des relations entre le Vietnam et la Chine ?

Soufflant le chaud et le froid entre ” frères communistes”, le Vietnam ne peut s’affranchir de sa dépendance idéologique et de sa forte dépendance de la Chine pour les matériaux et les équipements essentiels à l’approvisionnement de ses usines. Les relations avec son puissant voisin restent tendues en raison de l’attitude agressive chinoise et de ses revendications territoriales maritimes (le littoral du Vietnam, d’environ 3 400 kilomètres suit l’une des voies de frêt maritime les plus fréquentées du monde et les îles Spratly et Paracels ont été occupées manu militari par la Chine).
Comme d’autres pays de l’Asie du Sud-Est, le Vietnam semble de plus en plus favorable à une présence économique et militaire américaine dans la région pour contrer la puissance croissante de la Chine.

Manifestations anti-chinoise de la population

Comment le parti “néo-communiste” va essayer de façonner l’avenir du pays ?

Ce lundi 25 janvier, le 13ème congrès du parti communiste vietnamien s’ouvrira à Hanoï. Il sera déterminant pour le pays dans les années à venir avec une nouvelle direction pour l’un des derniers États communistes du monde après la Chine, la Corée du Nord et Cuba. Les tractations entre clans rivaux ont commencé depuis bien longtemps comme l’ont démontré purges, exclusions et même disparitions successives de nombreux caciques depuis l’année passée. La corruption généralisée au sein de ce parti unique sape cependant sa crédibilité au sein de la population.

Comment le système politique fonctionne ?

Il s’agit d’un processus opaque. Le Vietnam a une structure de direction collective à “quatre piliers” composée du secrétaire général, du premier ministre, du Chef de l’État et du président de l’Assemblée nationale. Ce quatuor gouverne en consultation avec un bureau politique du PC de 17 à 19 membres. Le 13e Congrès du Parti national doit se tenir du 25 janvier au 2 février. Environ 1’600 délégués dûment triés voteront pour choisir environ 200 membres du Comité central, qui à son tour choisira le Politburo dont le secrétaire général du parti. Le politburo désignera ensuite les candidats au poste de premier ministre, puis la composition du gouvernement. Ceux-ci seront soumis à un vote de principe à l’Assemblée nationale.



La répression s’accentue contre la liberté d’expression

Alors que le Parti communiste au pouvoir au Vietnam se prépare à sa plus importante réunion depuis des années, ses dirigeants ont procédé à une intensification sans précédente de la répression de la dissidence avec un nombre record de prisonniers politiques, des peines de prison plus longues et un harcèlement accru des militants ces dernières années.

Les experts des droits de l’homme de l’ONU à Genève ont déclaré que les lourdes peines prononcées contre trois journalistes et défenseurs des droits de l’homme vietnamiens, à la veille de l’importante réunion du Parti communiste au pouvoir, envoient un message effrayant aux défenseurs des droits de l’homme et aux personnes travaillant dans les médias.

 
“Les peines infligées à Pham Chi Dung, Nguyen Tuong Thuy et Le Huu Minh Tuan s’inscrivent dans une tendance à la hausse des poursuites, des détentions arbitraires, des représailles, des mauvais traitements et des procès inéquitables visant les journalistes indépendants, les blogueurs, les militants pro-démocratie et les défenseurs des droits de l’homme au Vietnam”, ont déclaré les rapporteurs spéciaux des Nations unies.

 
“A la veille du Congrès national du Parti communiste, les condamnations et les longues peines ne constituent pas seulement une suppression flagrante du journalisme indépendant, mais aussi une tentative évidente de créer un effet paralysant chez ceux qui veulent critiquer le gouvernement”.

 
Pham Chi Dung, le fondateur de l’Association des journalistes indépendants du Vietnam (IAJVN), a été arrêté le 21 novembre 2019, 11 jours après avoir signé une lettre exhortant l’Union européenne à retarder l’approbation de l’accord de libre-échange UE-Vietnam jusqu’à ce que le Vietnam améliore son bilan en matière de droits de l’homme.

Nguyen Tuong Thuy et Le Huu Minh Tuan, vice-président et membre de l’IAJVN, ont été arrêtés respectivement le 23 mai 2020 et le 12 juin 2020, après avoir publié des commentaires sur la démocratie et défendu la liberté d’expression. Le 5 janvier 2021, M. Dung a été condamné à 15 ans de prison, et les deux autres à 11 ans. Les rapporteurs spéciaux ont exprimé une inquiétude particulière quant au fait que les journalistes avaient été accusés en vertu de l’article 117 du code pénal pour des délits liés à la “propagande contre l’État”.
“Bien que le gouvernement du Vietnam ait déclaré qu’il ne poursuivait et ne jugeait que ceux qui enfreignaient la loi, il est clair que l’article 117 n’est pas conforme aux obligations internationales du Vietnam en matière de droits de l’homme et devrait être révisé”, ont-ils ajouté.



Dans une résolution commune, 592 députés de l’Union Européenne dénoncent la grave violation des droits de l’homme

Breaking New

Deux ans après l’Universal Periodic Review de l’ONU sur les droits de l’homme au Vietnam à Genève , le 21 janvier 2021 sera une date historique dans les efforts de la communauté vietnamienne exilée. Dans une séance plénière, le Parlement européen a condamné à une écrasante majorité l’escalade de la répression contre la dissidence et la multiplication des violations des droits de l’homme au Vietnam. Dans la résolution commune des groupes Verts/ALE, CRE, S&D, Renew Europe et PPE qu’ils ont adoptée par 592 voix pour, 32 contre et 58 abstentions, les députés européens dénoncent la violente répression actuelle et demandent aux autorités vietnamiennes de libérer immédiatement et sans condition les 3 journalistes Pham Chi Dung, Nguyen Tuong Thuy et Le Huu Minh.

Cliquez pour le texte de la résolution



Symbole de la liberté  pour ses partisans ou objet du passé pour ses détracteurs, le drapeau jaune aux trois bandes rouges continue à flotter au sein des communautés vietnamiennes exilées.

Le soleil de la liberté ou le sang de l’indépendance

Jean-Marc Comte à la commémoration des quarante ans de la communauté vietnamienne exilée

Jean-Marc Comte, vice-président du Cosunam

Aussi loin que remontent mes souvenirs d’actions et de présence auprès du Cosunam, le drapeau jaune aux trois bandes rouges a toujours été bien présent aux cérémonies et manifestations de la communauté vietnamienne de Suisse et d’Europe.

Qu’il soit brandi fièrement par les Vietnamiens jeunes ou moins jeunes lors des manifestations pacifiques devant le palais des Nations-Unies, ou flottant bien en vue à côté du drapeau helvétique dans les salles de fête lors des soirées artistiques au milieu des centaines d’invités et de participants, cet emblème m’a paru indissociable des activités de la communauté vietnamienne.

Bien sûr, en tant que personnalité officielle et ancien maire de la commune du Grand-Saconnex pendant des longues années, je ne pouvais pas ignorer qu’il y avait aussi l’autre drapeau, celui de l’étoile jaune sur fonds rouge, qui flotte sur le bâtiment officiel du Consulat vietnamien (situé aussi, ironie du sort, à moins de 3 kms de la stèle en mémoire des boat-people).

Sur ce drapeau, l’étoile à cinq branches symbolise l’union des ouvriers, des paysans, des soldats, des intellectuels et de la jeunesse qui travaillent ensemble dans la construction du socialisme tandis que le fond rouge symbolise le sang versé pour l’indépendance. C’est seulement depuis 1975 qu’il représente l’ensemble du Vietnam, ayant supplanté par la force et par les armes le drapeau du Sud.

Sous des formes similaires depuis 1890, sur fond d’or représentant le soleil, barré de trois bandes rouges illustrant les trois régions du Vietnam, le drapeau traditionnel aura vécu plus longtemps que le drapeau officiel, en tous cas au sud.

Vietnamiens devant le palais de Justice de Lausanne en 2018

La question de savoir si il est politiquement correct ou rétrograde voire extrémiste de s’afficher avec cet emblème n’a pas été un problème pour les amis et autres personnalités politiques importantes que j’ai côtoyé pendant ces années en ma qualité de membre du Cosunam.

A ce jour, en Suisse, la communauté vietnamienne a su utiliser avec fierté et détermination ce symbole de leur appartenance et de leurs convictions.

Et finalement, ne serait-ce pas une bonne nouvelle que les Vietnamiennes et les Vietnamiens puissent bientôt choisir eux-mêmes, démocratiquement, le drapeau avec lequel ils se reconnaitront le mieux ? Gageons que ce jour, le soleil de la liberté l’emporte sur le sang versé d’une drôle d’indépendance

Jean-Marc Comte, vice-président du Cosunam

Cliquez pour en savoir plus sur le drapeau

Communauté catholique lors de l’accueil au pape Jean-Paul II  à Genève en 2018


 


COSUNAM EXPRESS Décembre 2020

Le message de Sébastien Desfayes, président du Cosunam

En ce jour du 10 décembre 2020
L’année 2020 touche à sa fin. Le bilan de cette année éclaire d’une lumière crue la violation des droits humains au Vietnam. L’affaire de Dong Tam a d’abord rappelé que l’état de droit n’existe pas au Vietnam. Des villageois ont été spoliés de leur terre. Ils ont été ensuite brutalement arrêtés lors d’un raid militaire meurtrier – le patriarche du village a été abattu – mené à l’abri du regard des médias indépendants. Loin de protéger ces villageois et de mener un procès équitable, la justice, à la botte du pouvoir, a accusé à tort 29 d’entre eux de meurtre ou de complicité de meurtre, ainsi que de divers autres crimes. Alors même que le Vietnam est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, les avocats ont été empêchés d’assister leurs clients jusqu’à l’ouverture du procès, mené d’ailleurs dans le plus pur style stalinien. La sentence prononcée le 14 septembre 2020 comporte notamment deux condamnations à mort et une peine d’emprisonnement à perpétuité. Des appels contre cette sentence inique et abusive ont été déposés.

Le COSUNAM a été particulièrement actif dans ce contexte et a remis une lettre ouverte au Consulat du Vietnam à Genève le 27 octobre 2020. Cette lettre, à l’attention du premier ministre du Vietnam et cosignée par une centaine de personnalités de la vie civile et du monde politique et religieux et des ONG des droits de l’homme en Europe et dans le monde, s’insurge contre les peines infligées et demande que la procédure d’appel respecte les
principes d’une justice équitable. A ce jour, le régime n’a même pas jugé bon d’accuser réception de cette lettre ouverte, ce qui en dit long sur sa nature totalitaire.

Comme nous l’évoquions dans la dernière newsletter, ce même régime, qui s’autoproclame «démocratique» et recherche avec avidité la reconnaissance et les investissements internationaux, a conclu un accord de libre échange majeur avec l’Union Européenne. Il est possible de voir le verre à moitié vide : l’Europe, avec un certain aveuglement qui confine au cynisme, n’a pas cherché à infléchir la ligne dure suivie par les apparatchiks de Hanoi et à faire progresser la liberté et la démocratie au Vietnam. De même, cet accord ne bénéficiera pas à la population vietnamienne, mais permettra à quelques multinationales irresponsables d’intensifier leurs productions au Vietnam sans se soucier des droits de douane et du respect des règles sociales élémentaires, ce dans le contexte des tensions commerciales entre l’Europe et la Chine.

Mais l’on peut voir aussi le verre à moitié plein en remarquant d’abord que quelques 200 députés du Parlement européen sur les 700 se sont opposés à la ratification de l’accord. De même, le 25 septembre 2020, de nombreux députés européens ont adressé une lettre à la Commission demandant à cette dernière de s’assurer du respect des droits humains au Vietnam et de suspendre l’accord de libre échange en cas d’absence d’évolution positive par les autorités vietnamiennes en la matière.

Cependant, la répression politique ne s’est aucunement atténuée au Vietnam. Bien au contraire. Comme l’a relevé un rapport d’Amnesty International, plus de 170 personnes, accusées « d’activisme en ligne », sont détenues dans les geôles du régime. Il s’agit là du plus grand nombre de prisonniers de conscience au Vietnam depuis qu’Amnesty International publie ces chiffres, à savoir 1996. Alors que l’on espérait que les plateformes internet allaient promouvoir la liberté d’expression, c’est la censure et les arrestations massives qui aujourd’hui prévalent. Les géants du numérique ne sortent au demeurant pas grandis – pour user d’un euphémisme – de cette tragédie. En effet, Google et Facebook ont cédé aux menaces d’Hanoï et annoncé qu’ils allaient empêcher la publication et la diffusion de contenus « contre l’Etat. »

L’année 2020 aura donc été terrible à tous points de vue au Vietnam et il est douteux que l’année 2021, qui commencera avec le 13 ème Congrès National du Parti Communiste, soit celle de la liberté et de la démocratie.

Cliquer pour Sébastien Desfayes à l’émission suisse TV Léman Bleu le 10 décembre 2020

https://youtu.be/kR28NQS2PGM
 

 

Comment le Vietnam manipule la liberté d’expression

Autrefois grand espoir pour l’expansion de la liberté d’expression au Vietnam, les plateformes de médias sociaux principalement Facebook et YouTube de Google qui étaient des zones relativement libres de droits de l’homme, deviennent malheureusement l’objet de pressions, manipulations et intimidations du Vietnam où toute dissidence pacifique ou critique du gouvernement vietnamien est susceptible d’être censurée et déformée.

Dernièrement , les milieux de sécurité bien informés concernés comme FireEye , Reuters et de BlackBerry ont déclaré qu’ils avaient identifié un groupe de piratage informatique active considéré comme étant largement sponsorisé par le gouvernement du Vietnam.

Le groupe de piratage avancé est connu sous les noms de APT32 et OceanLotus. Il opère depuis au moins 2014 et cible les entreprises du secteur privé dans toute une série de secteurs ainsi que les gouvernements étrangers, les dissidents et les journalistes en Asie du Sud et ailleurs. Il utilise diverses tactiques, dont l’hameçonnage, pour infecter ses cibles avec des logiciels malveillants pour ordinateurs de bureau et téléphones portables . Pour gagner la confiance de ses cibles, le groupe crée des sites web et des personnages en ligne qui se font passer pour des personnes et des organisations légitimes. Récemment encore, il a été identifié une société informatique vietnamienne CyberOne Group comme étant liée à OceanLotus basé à Ho Chi Minh ville.

Une enquête récente a révélé une variété de tactiques, techniques et procédures notables sociale consistant a créer sur Internet des personnages fictifs se faisant passer pour des activistes et dissidents pour contacter les personnes qu’elle visait. Ces efforts ont souvent consisté à créer des dispositifs de soutien pour ces fausses personnalités et ces fausses organisations sur d’autres services Internet afin qu’elles paraissent plus légitimes et puissent résister à un examen minutieux, y compris par des chercheurs en sécurité. Certaines de leurs pages ont été conçues pour attirer des adeptes particuliers en vue d’un hameçonnage ultérieur et du ciblage de logiciels malveillants.

Décidément, en matière de piratage et manipulation des réseaux sociaux, le régime vietnamien suit le modèle des grands frères chinois et nord-coréen : un combat impitoyable contre la liberté d’expression et les droits de l’homme.

Une nouvelle “loi mondiale de sanctions en matière de droits de l’homme”

Le jeudi 10 décembre 2020, journée internationale des droits de l’homme, le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement réunis à Bruxelles a officiellement annoncé l’adoption d’un nouveau régime de sanctions ciblées à l’encontre de personnes, physiques ou morales, étatiques ou non, responsables de graves violations des droits humains, quelle que soit leur nationalité ou le pays où elles auraient été perpétrées.

Cette décision, prise par les ministres des affaires étrangères à Bruxelles lundi 7 décembre a été qualifiée d’accord historique” par le chef des affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell.

L’interdiction de visa et le gel des avoirs viseront les personnalités coupables de crimes contre l’humanité, d’esclavage, d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et d’arrestations arbitraires. Les personnes responsables de la traite des êtres humains, de violences sexuelles et d’atteintes à la liberté de réunion, d’expression ou de religion seront également poursuivies.

Selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, l’ Europe met ainsi en oeuvre son propre régime mondial de sanctions en matière de droits de l’homme comme l’ont déjà fait le Canada, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et les Etats baltes avec l’adoption de la loi dite Magnistki.
 
Alors que la Suisse subit un taux de propagation du virus dramatique en ce mois de décembre 2020, le Vietnam semble avoir vaincu la pandémie sur son territoire. Quelques pistes d’explication.

Le Vietnam face au Cororavirus

L’épidémie de Covid-19 aurait pu y faire des ravages. Pourtant, en ce mois de décembre 2020, le Vietnam ne comptait que 1’400 cas déclarés et 35 décès selon les derniers chiffres déclarés de THE BASELABS. Des chiffres observés avec une certaine méfiance sachant que le Vietnam partage quelques 1’280 kilomètres de frontière avec son voisin chinois. Le résultat est surprenant pour un pays de 96 millions d’habitants, qui n’a consacré ces dernières années que peu de moyens à la santé. À Hô-Chi-Minh-Ville, seuls 1’000 lits d’hôpitaux sont équipés pour les soins intensifs, soit 1 pour près de 9 000 habitants.

Officiellement, le nombre de cas plafonne à moins de 1’200 seulement, avec 35 morts alors que la Suisse recense plus 121’000 cas et 2’100 décès. Le contraste est frappant avec de nombreux autres pays d’Asie.

La mise en quarantaine forcée de dizaines de milliers de personnes dans des camps de type militaire et des procédures éprouvées de recherche de contacts par les services de police ont permis au Vietnam d’éviter les catastrophes qui se produisent en Europe et aux États-Unis. Une campagne intensive de propagande a été utile, mais c’est l’action sans contestation possible d’un gouvernement autoritaire qui s’est avérée la plus efficace.

Cependant pour les Vietnamiens les plus vulnérables et défavorisés, la situation semble sombre (voir l’image d’un parking d’hôpital public réservé aux soins de base où les patients alités et leurs parents débordent  des boxs et des trottoirs). L’attention étant détournée vers la pandémie, le sort des prisonniers de conscience a été durement ignoré. Ne les oublions pas.

 

 

TRAN HUYNH DUY-THUC, un prisonnier emblématique

Trần Huỳnh Duy Thức était un entrepreneur à succès et blogueur qui, par le biais de ses écrits, sensibilise la population aux questions sociales, politiques et économiques au Vietnam. Emprisonné depuis 2010 , ayant toujours refusé à ce jour tout exil forcé, sa santé se détériore alors qu’il poursuit leur grève de la faim depuis début décembre.

«Vous devez continuer notre lutte pour les droits humains et prendre ma mort
comme source d’inspiration pour faire avancer notre cause ».

Trần Huỳnh Duy Thức est en grève pour demander à la Haute Cour de réexaminer la peine de seize ans à laquelle il a été condamné en 2010. Pendant sa détention, il a mené plusieurs grèves de la faim et continue à défendre les droits des autres prisonniers. Il est actuellement détenu dans la prison de Thanh Chuong, dans la province de Nghe An. Lorsqu’il a reçu la visite de sa famille au début décembre, face à l’aggravation brutale de sa santé, il leur a transmis une note disant : «Vous devez continuer notre lutte pour les droits humains et prendre ma mort comme source d’inspiration pour faire avancer notre cause ».