Cosunam Express Octobre 2020

Justice pour Dông Tâm

Appel de la communauté internationale pour une véritable justice

Ce drame a été évoqué dans nos précédentes éditions. Lê Dinh Kinh, le patriarche de 80 ans du village de Dông Tâm, ancien membre du Parti, a été sauvagement abattu. Sa famille dispersée et emprisonnée. La véritable justice était totalement absente dans ce drame national. Une parodie de procès a eu lieu en septembre dans le pur style stalinien avec menaces sur témoins, intimidations aux avocats et extorsion d’aveux aux 29 accusés.
Pour un pays qui se proclame démocratique, avide de reconnaissance et d’investissements internationaux, la sentence de deux peines de mort et plus d’une centaine d’années de prison saupoudrée sur les 27 autres villageois passe mal auprès de l’opinion suisse et internationale.


Une démarche volontaire et pacifique

Sébastien Desfayes et Jean-Marc Comte devant le consulat du Vietnam à Genève le 27 octobre 2020

 
En date du 27 octobre 2020, à Genève, une délégation du Comité Suisse Vietnam COSUNAM s’est constituée afin de se rendre au Consulat du Vietnam, 30 rue des Corbillettes au Grand- Saconnex à Genève.
Conduite par Sébastien Desfayes, avocat et président du Cosunam, la délégation comprenait Jean-Marc Comte, ancien maire du Grand-Saconnex et Pascale Berry-Wavre, épouse de feu Rolin Wavre.

A 09h 45 exactement, ils se sont présentés dans les locaux et ont demandé à rencontrer le consul en personne afin de lui remettre un exemplaire de la lettre ouverte datée du 8 octobre et intitulée JUSTICE POUR DÔNG TAM adressée au 1er ministre du Vietnam Nguyen Xuân Phuc.

Cette lettre ouverte a été cosignée par une centaine de personnalités de la vie civile et du monde politique et religieux et des ONG des droits de l’homme en Europe et dans le monde grâce aux démarches de nos membres et de nos correspondants. En Suisse, quelques 26 éminentes personnalités politiques et de la vie civile l’ont paraphée (voir liste ci-dessous)

La lettre proteste contre les peines infligées aux 29 accusés et villageois de Dong Tâm lors du 1er procès de septembre. Elle demande pour le procès en appel à venir l’application d’une justice équitable , indépendante et conforme aux normes internationales que le Vietnam a signées en son temps.

A 10h15, les membres de la délégation sont sortis de l’enceinte du Consulat après avoir remis la lettre et obtenu un récépissé en bonne et due forme. Ils ont ensuite répondu aux questions de l’interview sur place.

Cette remise directe d’une pétition auprès des représentants diplomatiques du Vietnam en Suisse est la troisième intervention du Cosunam ces dernières années en faveur des dissidents injustement condamnés. Elle souhaite interpeller pacifiquement la conscience des représentants du régime et apporter un soutien moral aux inculpés et à leurs défenseurs. Les précédentes actions en 2014 et 2017 avaient été menées par Michel Rossetti, ancien maire de Genève, Jean-Marc Comte et nos regrettés membres, les députés Anne Marie von Arx et Rolin Wavre.

Le Comité Suisse-Vietnam exprime ses vifs remerciements aux personnalités suisses, amis , activistes et sympathisants qui nous ont exprimé leur soutien.

Cliquez ici pour visionner le reportage et les interviews de la délégation

https://youtu.be/WJPbDb3hxlc


 
La lettre ouverte du 8 octobre 2020 adressée au Premier ministre vietnamien Nguyen Xuân Phuc

Monsieur le Premier Ministre,

Nous vous écrivons pour exprimer nos graves préoccupations concernant le procès des citoyens de Dong Tam, qui s’est déroulé au Vietnam du 7 au 14 septembre.
Avant le début du procès le 3 septembre, 13 avocats de la défense ont demandé par écrit au juge de reporter le procès et de rouvrir l’enquête. Leur lettre de sept pages indique des éléments peu clairs et contradictoires dans le dossier d’enquête.
Tout au long du procès, les droits de la défense, y compris les droits et privilèges des avocats de la défense, n’ont pas été respectés, comme le prévoit pourtant l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel le Vietnam a adhéré en 1982. Voici un quelques exemples:

-Les avocats de la défense n’avaient pas accès à leurs clients jusqu’à la de l’enquête, et par la suite uniquement en présence des gardiens de prison, violant le principe de la confidentialité avocat-client.
-Les avocats de la défense n’ont pu consulter les dossiers que quelques jours avant le procès, et seulement après l’intervention du Barreau de Hanoï pour demander cet accès.
-Les avocats de la défense ont été empêchés de discuter avec leurs clients pendant les procédures judiciaires, sauf pendant le deuxième jour du procès
-Les familles des accusés n’ont pas pu assister au procès
-La diffusion en début de procès d’un film “documentaire” produit par le ministère de la Sécurité publique, tendant à démontrer la culpabilité des accusés.
-19 des 29 accusés ont déclaré avoir été torturés pour obtenir des aveux forcés. L’intimidation et le harcèlement perpétrés par des membres de la sécurité publique contre certains avocats de la défense à l’intérieur et à l’extérieur du tribunal de Hanoï
-Le refus du tribunal d’appeler certains témoins à la barre demandée par les avocats de la défense
-Aucune reconstitution des événements n’a été faite pour lever les incertitudes et faire la lumière sur les circonstances du décès de M. Le Dinh Kinh et des 3 policiers.
-Les reporters de la presse indépendante vietnamienne et les journalistes étrangers ont été tenus à l’écart des débats, violant le principe fondamental de la publicité des débats.

Le droit d’accès à un avocat et les garanties en matière de justice pénale sont également inscrits dans les Principes de base des Nations Unies sur le rôle de l’avocat (Principes de base).
Les prévenus qui ont été condamnés aux peines les plus sévères (peine de mort, réclusion à perpétuité, longues années de prison) ont décidé de faire appel. Au vu de toutes ces irrégularités, nous vous demandons de respecter pleinement les droits de la défense avant, pendant et après la procédure d’appel, dans le plein respect de l’article 14 du Pacte et des Principes fondamentaux.

Condamner des personnes à la peine de mort dans ces conditions n’est pas acceptable, d’autant plus que depuis le dernier examen périodique universel en 2019, de nombreux pays ont appelé le Vietnam à abolir la peine de mort.

Le développement durable du Vietnam ne peut se faire sans une justice indépendante et impartiale

Signatures internationales

Représentants politiques

M. Vincent Maître, Avocat, Conseiller National Genevois,
Mme Delphine Bachmann, Députée Genevoise, Présidente du parti Démocrate-Chrétien,
Mme Patricia Bidaux-Rodriguez, Députée Genevoise,
Mme Natacha Buffet-Desfayes, Députée Genevois,
M. Jean-Luc von Arx, Conseiller municipal de Genève,
M. Sébastien Desfayes, Député Genevois,
Mme Alia Chaker Mangeat, Avocate, Conseillère municipale de Genève,
Mme Claude Bocquet-Thonney, Députée Genevoise,
M. Jean-Marc Guinchard, Député Genevois,
M Alexandre Cipolla, Député Valaisan,
Mme Christina Meissner, Députée Genevoise,
M. Souheil Sayegh, Député Genevois,
M. Alexandre de Senarclens, Député Genevois,
M. Philippe Schwarm, Conseiller administratif de Pregny-Chambésy, Suisse

M. Martin Patzelt, Député Fédéral, Allemagne , Mme Anna Cavazzini, Députée Européenne, Allemagne
M. Michael Gahler, Député Européen, Allemagne,Mme Jutta Paulus, Députée Européenne, Allemagne
M. Ingo Röthlingshöfer, Maire de Neustadt, Allemagne,

Hon. Chris Hayes, Député fédéral, Vice-président de la Sous-commission des droits de l’homme, Australie
Hon. Julian Hill, Député fédéral, Vice-président de la Commission sur les Comptes Publics et de l’Audit, Australie
Hon. Luke Donnellan, ministre de la Protection de l’Enfance, Australie,
Dr Tien Dung Kieu, MLC, Membre du Conseil Législatif de l’état de Victoria, Australie

Mme Maria Arena, Députée Européenne, Présidente de la Sous-Commission des Droits de l’Homme, Belgique
Mme Saskia Bricmont, Députée Européenne, Belgique, Mme Frédérique Ries, Députée Européenne, Belgique
M. Ernest Urtasun, Député Européen, Espagne,
Mme Alviina Alametsä, Deputée Européenne, Finlande
Mme Heidi Hautala, Députée Européenne, Finlande,
M. Brando Benifei, Député Européen, Italie,

Organisations et ONG Internationales

Comité Suisse-Vietnam Suisse, Jean-Marc Comte, Vice-Président
ACAT Suisse (Action des Chrétiens pour l’abolition de la torture et de la peine de mort), M. Dominique Joris
ACAT Belgique, Mme Cécile Auriol, Membre du Comité de Direction
ACAT Allemagne, M. Christoph Schürhaus
ACAT France, Mme Nathalie Seff, Déléguée Générale,
ASIE, ARTICLE 19, M. Matthew Bugher, Responsable des Programmes
Bau Bi Tuong Than Association , M. Nguyen Le Hung,
Club des Journalistes Libres du Vietnam, M. Nguyen Van Hai,
Destination Justice, Mme Doreen Chen, Présidente,
Foundation Friedliche Revolution , Mme Liane Plotzitzka, Comité Exécutif,
Fraternité pour la Démocratie au Vietnam , M.Nguyen Van Dai, Président, German Doctors, Bieberach, Allemagne Dr Uta Kölle,
Lawyers for Lawyers, Pays-Bas, Mme Sophie de Graaf, Directrice,
Lawyers’ Rights Watch Canada, Canada, Mme Catherine Morris, Directrice Exécutive,
Globalt Fokus, Danemark, Mme Sara Brandt, Conseillère politique,
Safeguard Defenders, EspagneM. Peter Dahlin, Directeur,
Reporters sans frontières, France, M. Christophe Deloire, Secrétaire Général,
Viet Tan, M. Do Hoang Diem, Président,
Watchdogs Unleashed, France, M. Benjamin Ismaïl,

Personnalités de la société Civile

M. François Longchamp, ancien Conseiller d’Etat genevois,
M. Michel Rossetti, ancien Maire de Genève,
M. Marcel Monney, ancien Maire Grand-Saconnex,
Mme Elizabeth Boehler-Goodship, ancien Maire Grand-Saconnex,
M. Bernard Favre, membre du Cosunam,
Mme Pascale Berry-Wavre, membre du Cosunam,
M. Michel Goenczy, fonctionnaire,
M. Philippe Souaille, journaliste,
M. Ali Benouari, ancien Ministre algérien

M. Bertrand Staempli, ancien porte-parole de Genève Aéroport,
M. Pierre Martin-Achard, avocat,
Mgr Otto Georgens, Évêque du diocèse Speyer, ,Mgr Peter Schappert, diocèse Speyer,
Rev. Peter Bernd, Chef Paroissial, Baselland, Dekan Alban Meißner, Ludwigshafen,
Dr. Markus Leniger, Katholische Akademie Schwerte,Prof. Dr. Mathias Seifert, Hochschule Fresenius, Idstein, , Dekan Johannes Pioth, Pirmasens, ,M. Markus Herr, porte-parole du diocèse Speyer, , Dr. Thomas Fandel, diocèse Speyer, , Dr. Thomas Kiefer, diocèse Speyer,
Dr. Stefan Breiter, conseiller paroissial, paroisse Pierre et Paul Witten/Wetter/Sprockhövel
Dr. Christoph Götz, Neustadt, , Prof.Dr. Joachim Schmiedl, Vallendar, Prof. Dr. Stefan Grüne, Médecin principal, Neustadt, Dr. Méd. Helene Kamb, Prof. Dr. Gerd Morgenschweis, Essen, , Rev. Jürgen Streuer, Münster,
Dr. Ingo Grabowsky, , M. Hans Kamb, avocat, ,Dr. Ansgar Hohmann, , Dr. Christoph Kohl, , Dr. Anke Schauer,
Dr. Wolfgang Ortner, Dr. Christian Kämmerer, , Dr. Alexander Hammer, ,Dr. Walter Zwick, Speyer,
Dr. Wilhelm Dreyer, Speyer, , Dr. Joachim Sommer, Ludwigshafen, Dr. Damian Bieger,
Dr. Joachim Gehrmann, Dortmund, Dr. Dankwart Kölle, Biberach, , M. Helmut Hofrichter, Avocat, Neustadt,
Mme Katharina Hofrichter, Psychologiste, Neustadt, ,M Hartwig Witthöft, ancien directeur d’école, Neustadt, ,
Dr. Jörg Breitmaier, Directeur médical, Ludwigshafen, Rev. Michael Paul, Geinsheim,
Rev. Christoph Kübler, Geinsheim, Rev. Gerhard Kästel, Geinsheim, , Diacre Johannes Hellenbrand, Geinsheim,
Rev. Anton Böckel, Diedesfeld, , Dr Margarita Straubinger-Schöndorf, Neustadt, Dr Christian Schöndorf, Neustadt,
 


Si peu de choses


Bernard Favre, nouveau membre du bureau du Cosunam
 
Il n’y a pas de différence entre le combat mené pour la démocratie et la liberté au Vietnam, et celui mené ici-même, en Europe. Il y a la distance, bien sûr. Il y a ces noms que nous ne parvenons pas toujours à prononcer, et qui renforcent un sentiment d’éloignement, d’étrangeté. Mais avant toute chose, il y a la conviction que ce combat est légitime. Et impérieux.

L’action menée par le Cosunam, le soutien des signataires à la pétition adressée au Consulat, peuvent paraître dérisoires. Que peuvent des signatures contre une tyrannie ? Que peut la bonne foi contre la dictature ?
Ne vous y trompez pas : ce peu de choses est énorme. Ces signatures apportent d’abord à celles et ceux que nous soutenons le réconfort de se savoir entendus. La conviction de n’être pas seuls. Cette foi peut ébranler des montagnes, changer un monde. Elle aide en tous cas à rester debout.

Ce peu de choses est énorme aussi pour les autorités qui reçoivent ces courriers. Elles sont ainsi contraintes d’admettre que le monde n’est pas naïf. Que la distance et les frontières n’effacent pas la honte de leurs crimes. Et les dissuader d’en commettre encore plus, d’encore pires. Les bien-pensants diront sans doute qu’il faut « contextualiser », « accepter qu’il existe des modèles différents », que « tous les pays ne sont pas mûrs pour la démocratie », qu’il faut « éviter la caricature sur certains sujets ». Ils ont tort.

Résister, c’est parfois si peu de choses. Une signature au bas d’une lettre de protestation. Publier une caricature. Donner un cours sur la liberté d’expression dans une école, en France. Peu de choses ? Vraiment ? Un prof vient de se faire assassiner pour cela, en France. Un autre vient d’être suspendu par la direction de son établissement en Belgique pour la même chose. La peur et la censure gagnent du terrain. Il est donc impératif de poursuivre la mobilisation, au Vietnam et en Europe. Car la liberté, ça se joue à très peu de choses.


« Une grande figure de la dissidence » 

« Je ne veux pas la liberté pour moi-même, ce serait trop facile. Non, je veux quelque chose de plus grand, la liberté pour le Vietnam. »
 
La dissidente Pham Doan Trang, 42 ans, journaliste et écrivaine, militante pour la liberté de la presse , des droits civils et de la cause des paysans victimes d’expropriation, a été arrêtée le 7 octobre dernier.

Dans la sphère dissidente vietnamienne, « Pham Doan Trang est une des grandes figures dans la lutte pour les droits de l’Homme au Vietnam », décrit Ming Yu Hah d’Amnesty International, qui a appelé à « sa libération immédiate ». À ses yeux, « elle a inspiré depuis des années un grand nombre de jeunes militants afin de dénoncer les abus contre les libertés et appeler à un Vietnam libre ». D’autres organisations non gouvernementales comme Human Rights Watch, ACAT l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Reporters sans frontières (RSF) ou l’Union internationale des éditeurs qui avait décerné le prix Voltaire 2020 à sa maison d’édition Liberal Publishing House (fondée en 2019), ont appelé à sa libération.

En 2019, Pham doan Trang s’était engagée publiquement pour la défense des villageois de Dông Tâm. D’autres lanceurs d’alerte sur le drame de ce village comme la famille Trinh Ba Phuong ont été aussi emprisonnés en juin 2020 ( voir notre précédente édition). L’écrivaine vietnamienne risque une peine de 20 ans de prison, peine maximale pour « opposition à l’État ».


 

 

 


COSUNAM EXPRESS Septembre 2020

 
Editorial de Sébastien Desfayes, président

Les droits de l’homme et l’économie ne font pas toujours bon ménage

On pourrait pourtant penser que respect des droits humains et développement économique sont intimement liés. Il ne peut y avoir de croissance économique durable sans état de droit, libertés individuelles, justice indépendante, dignité humaine et lutte contre l’accaparation par certains de l’ensemble des richesses.

Il n’en est cependant rien. La vision à long terme d’une économie au développement équitable et durable, respectueuse de l’environnement et réellement au service de la population relève de l’utopie et l’exemple vietnamien est là pour le démontrer. Le plus grave, peut-être, est la responsabilité de l’occident dans la pérennité d’un régime totalitaire par le biais d’une real politik à la petite semaine.

Preuve ultime du cynisme où l’appât du gain rapide prime la durabilité et le respect des droits humains : l’accord de libre- échange entre l’Union européenne et la République Socialiste du Vietnam qui a pris effet le 1er août 2020.

Cet accord octroie au Vietnam le statut de la nation la plus favorisée dans le cadre des accords conclus par l’EU. Partant, 99% des droits de douane entre les pays de l’UE et le Vietnam sont supprimés. Comme l’a souligné la Commission européenne, il s’agit de l’accord « le plus ambitieux jamais conclu par l’Union avec un pays émergent ». Concrètement, le but est de faire du Vietnam la nouvelle usine du monde.

A part quelques vagues recommandations de pure forme, cet  accord ne comporte aucune norme contraignante s’agissant du respect des droits humains ou même de l’amélioration des conditions de travail au Vietnam. L’on rappellera par ailleurs que le Code pénal vietnamien permet de poursuivre toute organisation syndicale du chef de menace vis-à-vis de l’Etat. C’est donc dire que la protection des travailleurs et de leurs droits est nulle. 

Alors que l’Union Européenne disposait d’un levier important dans le cadre des négociations lui permettant d’infléchir la ligne dure suivie par les apparatchiks de Hanoi et de faire progresser la liberté et la démocratie, force est de déplorer que le profit rapide et maximal a été privilégié.

Les plus optimistes diront que 30% des parlementaires européens se sont opposés à la conclusion du traité, après avoir été sensibilisé par une multitude d’associations, dont le Cosunam, sur le non-respect des principes démocratiques les plus élémentaire au Vietnam et sur la violation systématique des libertés individuelles. 

Peut-être, mais au-delà des beaux discours sur la défense des droits humains, l’Europe a été prise en flagrant délit d’hypocrisie et d’inconséquence.

Au Vietnam, le « parlement » de Hanoi a approuvé l’accord avec 457 voix pour, 26 abstentions et aucune opposition.

Pas de doute, le parti unique a encore de beaux jours devant lui.

L’aggravation des expropriations contre la société civile et religieuse (assaut policier sanglant contre le village de Dong Tâm, violences physiques et intimidations contre le diocèse catholique de Thiên An à Huê) et la recrudescence des emprisonnements contre les activistes comme celui de la famille Trinh Ba Phuong depuis cette année en sont des conséquences douloureuses. •


 

Trinh Ba Phuong, le lanceur d’alerte du drame de Dông Tâm

Trinh Ba Phuong L’activiste Trinh Ba Phuong entouré des membres de sa famille . Lanceur d’alerte, il avait diffusé les informations sur l’expropriation et le drame sanglant de Dong Tâm.

Né le 26 janvier 1985, il est en prison depuis le 24 juin 2020  sous prétexte de l’article 117 du code pénal vietnamien. Ardents défenseurs des fermiers injustement expropriés,  ses parents Khiêm et Thêu avaient déjà été emprisonnés en 2014 pour ” résistance contre fonctionnaires en service” et ” désordres sur la voie publique”.

Après la sanglante attaque contre le village de Dông Tâm causant la mort de son patriarche Lê Dinh Kinh en janvier 2020, Trinh Ba Phuong avait rencontré des représentants de l’ambassade américaine à Hanoi pour dénoncer les circonstances et événements qui ont eu lieu.

Un procès du régime contre lui et une vingtaine de citoyens vietnamiens arrêtés depuis le 9 janvier 2020 lors de l’assaut sur Dong Tâm est prévu à partir du 7 septembre 2020.

Une dizaine d’ONG des droits de l’homme dont le Cosunam s’en sont alarmés et ont adressé une lettre ouverte à Elisabeth Tichy-Fisslberger, présidente du Conseil des Droits de l’Homme aux Nations Unies à Genève.

Il faut savoir qu’au cours des neuf derniers mois, aucune des personnes détenues n’a été autorisée à voir sa famille. Il leur a également été interdit de rencontrer leurs avocats.

Le Pacte International relatif aux droits civils et politiques (la dernière cession a eu lieu en mars 2019 en présence d’une importante délégation de Hanoi et des membres du Cosunam à Genève) dont le Vietnam est signataire, énumère à l’article 14 qu’un procès équitable implique « suffisamment de temps et de facilités pour préparer [leur] défense et communiquer avec le conseil de [leur] propre choix. » Ces garanties procédurales ont été systématiquement violées avant le procès de ces 29 personnes.


 

                                                                

Avec la participation d’Amnesty International et du groupe GLOBAL FOCUS regroupant 80 associations (Danish umbrella for development and humanitarian NGOs), la communauté vietnamienne au Danemark organise un séminaire sur les droits de l’homme pour alarmer la communauté internationale le 18 septembre 2020.

Cet événement a été inscrit dans l’agenda de la commission des affaires étrangères du parlement danois.

 
 
 
 
 
 

 


Hommage aux amis et membres du Cosunam disparus en 2020

C’est devant une soixantaine d’amis et de membres de famille que Sebastien Desfayes, nouveau président du Cosunam, a rendu hommage aux six membres et amis disparus en ce début tragique d’année. La cérémonie s’est déroulée dans le grand parc du Grand-Saconnex à l’emplacement de la stèle des boat-people vietnamiens. Un moment de partage et d’émotions avec la présence des autorités de la commune MM. Laurent Jimaja et Michel Pomatto. Le souvenir d’ Anne Marie von Arx-Vernon, Dao van Phac, Nguyen gia Tien, Tran van Diem , Jade Minh Nguyen et Rolin Wavre restera à jamais gravé dans nos mémoires.

20200805_Cosunam_050Sébastien Desfayes, président, entouré des membres permanents du COSUNAM, Jean-Marc Comte, Luy Nguyen Tang et Khai Nguyen Dang rend hommage à chacun des disparus en présence des autorités de la commune MM. Laurent Jimaja et Michel Pomatto
 
 
 
 
20200805_Cosunam_235
 
 
Jean-Marc Comte, vice-président, rappelle les liens d’amitié du Cosunam
avec la commune du Grand-Saconnex
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La stèle des boat-people du Vietnam dans le parc du Château, Grand-Saconnex à Genève, est reliée à des segments du Mur de Berlin déposés au COE-WCC par la promenade des Libertés

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


COSUNAM EXPRESS Juin 2020

Message du Bureau du COSUNAM

Depuis sa création en 1990, garder le flambeau de la démocratie, entretenir le feu des droits de l’homme dans l’opinion publique et défendre pacifiquement les prisonniers de conscience au Vietnam a été une constance du Comité Suisse-Vietnam.

Depuis 2010 et jusqu’au jour où il nous a quitté brusquement, Rolin Wavre a magnifiquement préservé et entretenu cet idéal souvent à contre-courant dans un monde dominé par la realpolitik et par les intérêts commerciaux.

C’est dans cet esprit de continuité que Sébastien Desfayes a accepté de reprendre la présidence du COSUNAM.

Membre actif du comité depuis presque dix ans, avocat, personnalité politique genevoise affirmée et reconnue, ayant développé depuis les années septante des liens forts avec la diaspora vietnamienne (son père Jean-Bernard était journaliste au Vietnam à cette époque pour le journal lausannois «24 Heures»), Sébastien Desfayes représente pour nous la meilleure relève sur le chemin d’un Vietnam que nous espérons plus juste et plus respectueux des droits de l’homme.

  •  Jean-Marc Comte, Khai Nguyen Dang, Paul Keiser, Luy Nguyen Tang


L’éditorial de Sébastien Desfayes nouveau président

1975 La chute de Saïgon

2020 aura d’abord été le quarante-cinquième anniversaire de la chute de Saigon, à la fin de ce « cruel avril » de 1975. Personne n’a pu oublier l’image des chars communistes enfonçant les grilles du palais présidentiel. Plus de 200’000 vietnamiens avaient déjà fui le pays, les derniers en hélicoptère depuis le toit de l’ambassade américaine, autre image ayant marqué à jamais nos mémoires.
La chape de plomb s’installa et, avec elle,  les méfaits inhérents à tout régime totalitaire. Ainsi vint le temps de la délation, de l’oppression, de la suppression des libertés fondamentales et, bien sûr, des camps de rééducation pour les intellectuels, médecins, journalistes, militaires, ouvriers, « bourgeois ennemis du peuple », etc. 
Il fallait quitter ce pays qui, pour beaucoup, était devenu une terre inhospitalière, si ce n’est mortifère. Ce fut le début de l’odyssée dramatique des boat-people. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés, entre 1975 et 1980, plus de 500’000 Vietnamiens fuirent leur pays par la mer. 150’000 d’entre eux y laissèrent leur vie. 
C’est à Genève, le 20 et 21 juillet 1979, que fut reconnu le statut de réfugié politique et le droit à la réinstallation dans un pays occidental en faveur des boat people. Plus de 5’000 boat people furent accueillis en Suisse entre 1979 et 1982.
Mais l’exode ne s’arrêta pas pour autant.

La diaspora vietnamienne libre de Suisse compte aujourd’hui plus de 15’000 hommes et femmes. Ceux qui ont vécu les tragiques événements des années 70, comme ceux qui en ont reçu le témoignage, gardent tous la même flamme, celle de l’espoir de voir un jour un Vietnam libre.

Le COSUNAM, trente ans déjà

2020 marque aussi le trentième anniversaire de la fondation par Luy Nguyen Tang , Thierry Oppikofer , Khai Nguyen Dang, Paul Keiser et Hoang Dinh du COSUNAM. Posés quelques mois après la chute du Mur de Berlin qui avait laissé souffler un vent de liberté et d’espoir, les objectifs du COSUNAM, volontairement ambitieux, s’articulaient autour de trois axes : sensibiliser l’opinion politique suisse à la situation réelle au Vietnam ; encourager toute action pacifique susceptible de favoriser la démocratie ; et participer à la reconstruction d’une nation démocratique. 
A cette époque, la question n’était pas de savoir si la dictature communiste vietnamienne allait tomber, mais quand elle allait s’effondrer. 
Pourtant, malgré la répression quotidienne et la corruption, le régime totalitaire vietnamien tient toujours. Bénéficiant, à l’instar de la Corée du Nord et de Cuba, de la protection de son « grand-frère » chinois, le Vietnam reste un des quatre derniers bastions communistes du monde.

 

IMG_8011 Répression politique et violence physique au Vietnam

Mais, si le mur du totalitarisme est toujours debout, des lézardes laissent apparaître la lumière. La mansuétude dont la prétendue « République Socialiste » a bénéficié, liée à sa guerre de David gagnée contre le Goliath américain, est entamée. Il suffit pour s’en convaincre de se référer au rapport de la 125ème session du Haut-Commissariat des Droits de l’Homme à Genève qui avait éclairé d’une lumière crue les atteintes aux droits humains perpétrées quotidiennement par le régime en place. Ce fut d’ailleurs un honneur pour le COSUNAM de voir que ce rapport reprenait nombre des conclusions de son “Shadow report”. La répression politique et la violence physique sévissant au Vietnam (le drame de pollution maritime Formosa en 2016 et l’assaut contre le village de Dong Tâm en 2019) sont aujourd’hui connues de la communauté internationale. Quand bien même l’argent n’a pas d’odeur, cette image déplorable sera de nature à dissuader les grandes multinationales et les gouvernements occidentaux de commercer avec cette dictature en bout de course. Plus que jamais, et c’est un des rôles du COSUNAM, les opérations de sensibilisation et les relais politiques à Genève, en Suisse et dans le monde, devront être menées, respectivement utilisés, pour que la complaisance soit remplacée par une vision à plus long terme.
Le peuple vietnamien, comme tous les peuples, choisira la liberté lorsqu’il sera libre de choisir. 
Le combat n’est de loin pas terminé, mais la flamme de l’espoir brûle toujours. Le COSUNAM est là pour l’entretenir.

IMG_0299 Ardents défenseurs des droits humains

2020, enfin, sera une année d’émotions et de profonde tristesse. En l’espace de quelques semaines, deux combattants et amis du Vietnam libre, Rolin Wavre et Anne-Marie von Arx-Vernon, se sont éteints. Ils étaient des enfants de l’humanisme. 
L’un était Neuchâtelois d’origine, l’autre Parisienne, mais ils étaient profondément genevois. Ils se ressemblaient. Nés dans deux familles bourgeoises, ils auraient pu se satisfaire d’un monde qui leur avait beaucoup donné. Mais ils choisirent de consacrer leur vie à améliorer le sort des autres. Lumineux, courageux, généreux, Rolin et Anne-Marie furent des ardents défenseurs des droits humains et des persécutés. 
Leur chemin devait inévitablement croiser celui du COSUNAM. Ils mirent tout leur cœur, qui était grand, au service du peuple vietnamien et de la liberté. 
Membre du COSUNAM depuis 2010, Rolin fut son président charismatique de 2013 jusqu’à son dernier souffle. De son activité passée au CICR dans des pays ravagés par la violence et la guerre, il avait gardé la calme assurance de ceux qui ont vaincu des tempêtes. Son beau regard bleu et sa haute taille impressionnaient ceux qui le rencontraient. Il émanait de lui une telle humanité que l’on avait envie de le suivre jusqu’au bout du monde. Le bout du monde précisément, Rolin y alla pour visiter, à la prison de Thanh Hoa, un prisonnier de conscience gravement malade. C’était Rolin Wavre. Co-auteur du fameux “Shadow report” qui jeta l’opprobre sur le Parti unique, sa contribution en faveur de la liberté au Vietnam fut immense.

Anne Marie von Arx-Vernon et Rolin Wavre sur l’esplanade des Nations-Unies de Genève entourés par les familles des prisonniers de conscience en janvier 2019

L’espoir est toujours plus fort que la peur

Depuis 2008, Anne-Marie incarna, pour le COSUNAM, le militantisme dans ce qu’il a de plus noble. Avec la passion et l’énergie qui la caractérisèrent, elle fut de toutes les manifestations en faveur du peuple vietnamien et de toutes les fêtes, elle qui les aimait tant, de la diaspora. Elle n’avait peur de rien, et surtout pas d’être arrêtée par la police genevoise pour avoir participer à une opération “Knock on the door” devant le Consulat du Vietnam. Des dissidents persécutés et leurs familles reçurent sa visite en 2012. Elle leur donna sa force et cet optimisme que rien ni personne ne pouvait altérer. Elle aimait à dire que l’espoir est toujours plus fort que la peur. A sa demande, d’autres dissidents et activistes des droits de l’homme furent accueillis à la Mairie de Genève en 2017. C’était Anne-Marie von Arx-Vernon. Par ses actions, elle changea, pour le meilleur, le destin d’innombrables individus au Vietnam et ailleurs que la vie n’avait pas épargnés.  

Rolin et Anne-Marie laissent deux conjoints, Pascale et Jean-Luc, et quatre enfants qu’ils avaient tant aimés. Nous leur disons aujourd’hui que nous ferons tout pour que leur flamme, celle de l’espoir, illumine un jour un Vietnam libre. 

  • Sébastien Desfayes

Le soleil s’est assombri en perdant deux étoiles

Michel Rossetti, Anne Marie von Arx-Vernon, Rolin Wavre, Jean-Marc Comte devant le consulat vietnamien de Genève en 2016

 
  • par Michel Rossetti

Ce début d’année aura été pour nous, membres du COSUNAM, un véritable cauchemar s’il est un mot pour qualifier la disparition en moins de deux mois de notre bien aimé Président Rolin Wavre puis celle de notre Amie Anne Marie von Arx-Vernon, icône de la lutte contre l’exploitation des êtres humains. Mystère de la destinée humaine qui nous pousse, suivant notre humeur du moment, à nous révolter ou à nous interroger sur la finalité de l’existence et le rôle que nous avons à y jouer. S’entrechoquent en nous deux sentiments, le malheur de les avoir perdus et le bonheur de les avoir connus.
Les deux étaient des exemples, des figurent de proue, mues par une foi inébranlable et cherchant constamment à améliorer le sort des plus humbles, des plus faibles et des plus exposés aux injustices. Raisons de leur engagement politique et associatif.

Rolin Wavre nous a quitté à l’âge de 56 ans, brutalement, alors qu’il avait encore tant de belles années devant lui. Marie Anne von Arx-Vernon, elle, s’est éteinte à 71 ans, âge qui aujourd’hui n’est souvent plus une preuve de vieillesse. Ses multiples activités politiques et associatives, son punch engagé et son omniprésence sur le terrain en sont à cet égard la démonstration.

Qui les a connus, côtoyés, conviendront unanimement de leurs immenses qualités morales et humaines. Tels des éclaireurs, ils avançaient dans la vie à leur rythme en tentant de montrer aux autres le chemin à suivre. Posture difficile dans un monde rongé par des intérêts égoïstes et influences néfastes. N’en ayant cure, ils faisaient face et affrontaient la contradiction sans faiblesse, droits dans leurs bottes, mais toujours dans le respect de l’adversaire, ce qui d’ailleurs renforçaient leur crédibilité et assurait souvent le succès de leurs interventions.
S’il leur arrivait d’être battus, à leurs yeux il ne s’agissait là que d’une étape et non d’un échec définitif, se promettant de revenir à la charge à la première occasion pour enfoncer le clou.

Oui, nous les avons admirés et aimés. C’est pourquoi nous ne comprenons pas leur décès. C’est pourquoi aussi sourde en nous la colère, celle découlant de l’incompréhension d’un départ que nous jugeons particulièrement injuste.

  • Michel Rossetti

Mère et frère d’armes

Chère Anne-Marie, Cher Rolin,

La première fois que je vous écrivais à tous les deux, un même texte, c’était très exactement il y a dix ans. Nous étions en juin 2010. Il fallait trouver des candidats pour se rendre dans l’antre du loup. Organiser un voyage d’apparence touristique au Vietnam et, là-bas, aller trouver les familles de prisonnières de conscience et de militants. Pour leur porter un message de soutien. Montrer à la dictature que les destins des militantes et des militants des droits humains nous sont précieux, que nous ne les abandonnerons pas.

Les dissident(e)s s’appelaient Tran Khai Thanh Thuy, Le Thi Cong Nhan, Pham Thanh Nghien, le blogueur Nguyen Van Hai, alias Diêu Cay.

Rolin et Anne-Marie ne sont pas du genre à renoncer à un défi. Le voyage s’est donc organisé un peu plus d’un an plus tard. Cette démarche a trouvé des personnes épuisées par le combat contre une hydre à mille têtes, mais réconfortées de ce soutien. Ce combat est toutefois sans pitié.

Au procès du 24 septembre 2012, Diêu Cay a été condamné à 12 ans de prison et à 5 ans de résidence surveillée. 2 autres bloggeurs furent jugés dans le même procès, Phan Thanh Hai et Ta Phong Tân dont la mère, pour protester contre cette injustice condamnant sa fille à 10 ans de prison, s’est donnée la mort en s’immolant devant les locaux de la police quelques jours plus tard.

Rolin et Anne-Marie, c’était un privilège de vous connaître. Vous avez combattu pour de justes causes, et pas seulement au COSUNAM. J’ai connu Anne-Marie alors que j’étais jeune journaliste, visé par une plainte en diffamation pour un article concernant un trafic de personnes humaines et de prostitution forcée. Elle m’a appelé pour m’assurer de son soutien. Cet appel seul m’a donné tant de force, tant de confiance, tant de courage. Elle avait avec chacun cette générosité de mère qui rassure. Quant à Rolin, nous étions compagnons de route sur de nombreux chemins politiques. Frères d’armes, disais-tu avec ironie.

C’est une mère et un frère qui s’en vont, brutalement. Nous poursuivrons leurs combats, avec reconnaissance pour leur investissement.

  • Bernard Favre

La police vietnamienne arrête les membres éminents de l’Association des journalistes indépendants

Reporters sans frontières – 25 mai 2020

Le Vietnam stagne dans les abîmes du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020, à la 175e place sur 180 pays.

Les arrestations sont intervenues à deux jours d’intervalle. Reporters sans frontières (RSF) exige la libération immédiate des deux journalistes interpellés et demande aux partenaires commerciaux de Hanoi, l’UE et les Etats-Unis en tête, de faire pression pour que cesse cette nouvelle campagne de répression.

L’appareil d’Etat vietnamien vient de donner un sérieux tour de vis contre les commentateurs du pays. Le blogueur Nguyen Tuong Thuy a été arrêté, samedi 23 mai, par la police de Hanoi, la capitale, où il vit. Il a été transféré directement vers Hô-Chi-Minh-Ville, à plus de 1 700 kilomètres au sud, où il est maintenu en détention. Ancien combattant du Parti communiste vietnamien (PCVN), devenu collaborateur de Radio Free Asia, Nguyen Tuong Thuy, aujourd’hui âgé de 68 ans, officie également comme vice-président de l’Association des journalistes indépendants du Vietnam (IJAVN).

Deux jours plus tôt, le jeudi 21 mai, c’est le journaliste Pham Chi Thanh qui a vu plusieurs officiers de police débarquer à son domicile de Hanoi à huit heures du matin, pour l’emmener sur-le-champ. Il est actuellement détenu dans une prison de la capitale au motif de l’article 117 du code pénal, qui punit “l’opposition à l’Etat de la République socialiste du Vietnam”.

Lui aussi âgé de 68 ans, Pham Chi Thanh a été un militant de la première heure du PCVN, avant d’encadrer la radio d’Etat La voix du Vietnam. Devenu un défenseur pugnace de la démocratie et un critique acerbe du régime à parti unique, il venait de publier un livre consacré à l’actuel secrétaire général du PCVN, intitulé Nguyen Phu Trong : détenteur du mandat céleste ou traître immoral et suprême ?

IMG_2425 Le mur de la répression contre l’information et le débat public

“L’arrestation presque concomitante de Pham Chi Thanh et Nguyen Tuong Thuy lance un message absolument glaçant à tous ceux qui tentent d’entretenir le débat public au Vietnam, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Le fait que le régime de Hanoi place en détention ces deux journalistes, d’anciens militants communistes respectés devenus des critiques cinglants de la sclérose du PCVN, en dit long sur la fébrilité qui règne au sommet du parti unique, alors qu’il se prépare à organiser son 21e congrès quinquennal, dans six mois. Nous appelons les partenaires commerciaux du pays, UE et Etats-Unis en tête, à faire pression pour que cesse cette nouvelle campagne de répression.”

L’Association des journalistes indépendants du Vietnam a été créée en 2014. Son président, Pham Chi Dung, a été arrêté en novembre dernier.

Source : Reporters sans frontières

Une lettre de protestation du COSUNAM co-signée avec 15 autres associations internationales a été envoyée le 10 juin 2020 à Elisabeth Tichy-Fisslberger, présidente du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et David Sassoli, président du Parlement européen.


In memoriam Anne Marie

L’espoir est toujours plus fort que la peur

Notre pasionaria, Inépuisable, intarissable, inarrêtable, infatigable, généreuse… comment une belle personne comme toi a pu partir si vite ?
Toujours disponible, fidèle et présente, que ce soit pour trouver un stage pour nos enfants, pour un conseil, pour donner un coup de main…

Quel merveilleux souvenir que d’avoir fait le pied de grue avec toi sous la pluie devant la résidence et consulat du Vietnam, avant de pouvoir y entrer pour remettre une pétition en faveur de prisonniers de conscience !

Quel merveilleux souvenir que de te voir accepter avec le sourire une amende officielle pour avoir enfreint la règle de non-manifestation par une députée, toujours pour avoir plaidé ouvertement devant le même consulat pour la démocratie au Vietnam !

Quels merveilleux souvenirs que ces innombrables et délicieuses soirées vietnamiennes en ta compagnie et celle de Jean-Luc.

  • Jean-Marc Comte
 
 

 


Les hommages à Rolin Wavre


Rolin Wavre, député Genevois et président du Comité Suisse-Vietnam (Cosunam) nous a quitté paisiblement dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 avril 2020.
Pour rappeler quelques moments de son engagement aux côtés de la communauté vietnamienne et de la profonde amitié et l’admiration qu’il a pu susciter auprès d’elle, nous avons repris les messages émouvants de trois membres de la communauté vietnamienne d’Europe.

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Pleurons le départ de Rolin WAVRE.
Nguyen Ngoc Duc

En 2010, dix ans en arrière, un occidental est venu à la porte de la prison de Thanh Hoa – Nord Vietnam pour demander à rendre visite à un prisonnier de conscience au Vietnam gravement malade. Il a traversé des milliers de kilomètres par voie aérienne et plusieurs centaines de kilomètres de routes tortueuses pour se rendre à cette prison. En se rendant sur place, il a souhaité partager les souffrances des prisonniers de conscience au Vietnam.

Cette personne, c’est Rolin Wavre : un Suisse, un ami de nombreux Vietnamiens et il peut être considéré comme un ami de la nation vietnamienne. Il vient de nous quitter subitement le 17 avril 2020.

Membre du Cosunam (Comité Suisse-Vietnam pour la liberté et la démocratie) depuis 2010 , Rolin Wavre a été élu président du COSUNAM en 2013 . Dans son message d’inauguration, Rolin Wavre a mentionné son voyage au Vietnam: « Après 17 ans en tant que représentant et chef de la mission de la Croix-Rouge internationale (CICR) à l’étranger, je suis bien conscient que les gouvernements qui piétinent les droits de l’homme conduisent toujours à un régime autoritaire. En 2010, je suis allé à Hanoi pour rencontrer des dissidents et essayer de rendre visite à un prisonnier de conscience. J’ai eu l’occasion de participer à une manifestation des démocrates au cœur de la ville, et cela m’a marqué profondément durant ce voyage. »

La manifestation mentionnée par Rolin était l’apparition publique des membres de Viet Tan dans le parc Ly Thai To, pour diffuser une protestation contre l’expansionnisme de la Chine en Mer orientale d’Asie. C’était le 9 octobre 2010, en pleine célébration du millénaire de Thang Long, l’ancien nom de Hanoi.

En Suisse, les Vietnamiens connaissent bien Rolin Wavre grâce à sa présence dans toutes les activités importantes de leur communauté: le Têt jour de l’an traditionnel, la fête de la Mi-automne des enfants, la Commémoration du 30 avril 1975, les Journées Internationales des Droits de l’Homme, manifestations pour la démocratie devant le Palais des Nations-Unies à Genève. Et manifestement, personne ne fait la différence entre lui et un asiatique lors de ses rencontres. Il a dégusté les mets vietnamiens comme un vietnamien. Il était aussi heureux que nous quand Dang Xuan Diêu, Nguyen Van Dai, Tran Thi Nga, Pham Minh Hoang et d’autres prisonniers de conscience ont été libérés. Il s’est indigné, comme nous, lorsque Lê Dinh Luong, Nguyen Nang Tinh, Nguyen Van Hoa , Tran Huynh Duy Thuc et d’autres ont été condamnés par les autorités vietnamiennes pour leur activisme politique.

Dans les jours qui suivent, nous ne verrons plus la grande stature de Rolin Wavre dans les activités vietnamiennes en Suisse. Nous n’entendrons plus sa voix éloquente lors des conférences internationales. Il est définitivement parti, dans la tristesse de ses parents et de ses amis.

Pleurons pour Rolin Wavre. Pleurons pour le COSUNAM qui a perdu un président respectable. Pleurons pour la communauté vietnamienne de Suisse a perdu un ami précieux. Pleurons pour notre nation qui a perdu un homme qui soutient pleinement la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme.

Nguyen Ngoc Duc

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Cher Rolin, tu vas tant nous manquer.
Michel Tran Duc Son

Ce matin-là, je lis les messages sur mon smartphone au réveil. Soudain, l’un de ces messages de frappe de plein fouet : Rolin est parti. Je n’arrive pas à y croire. Je ne veux pas y croire. J’envoie d’autres messages comme pour conjurer le sort mais la terrible nouvelle est bien confirmée. Submergé par l’émotion, j’ai passé cette journée comme une machine qui fait les choses en mode pilotage automatique.

Depuis une douzaine d’années, je fais régulièrement des déplacements à Genève pour plaider la cause des droits de l’homme au Vietnam, tantôt auprès de la classe politique suisse, tantôt auprès des Nations Unies, tantôt auprès des Organisations Non Gouvernementales. Quasiment à chacune de ces venues au bord du lac Léman, j’ai eu l’occasion de rencontrer Rolin Wavre.
Ayant travaillé de longues années au sein du Comité International de la Croix Rouge, puis de l’Organisation Mondiale Contre la Torture, Rolin était très au fait de la situation des droits humains dans le monde. Son engagement de longue date pour la cause des droits de l’homme au Vietnam nous a ainsi créé naturellement des sujets de discussion en commun.

En Juin 2015, le Comité Suisse-Vietnam (Cosunam) organisait à Genève une cérémonie pour commémorer les 40 ans de la chute de Saigon. Alors qu’l faisait une chaleur étouffante en ce mois de juin, je voyais Rolin arriver tout en sourire au Château Pictet avec son éternel vélo, puis aller se changer en costume cravate pour participer à la cérémonie en tant que président du Cosunam. Ils sont comme cela les élus suisses, simples et abordables en toutes circonstances. Cela m’avait frappé.

Février 2017, je suis à Genève avec M. Dang Xuan Diêu, ancien prisonnier politique tout juste libéré des prisons vietnamiennes un mois plus tôt et expulsé en France. Le Cosunam organisait une réception à la mairie du Grand Saconnex. Rolin et Diêu, qui s’étaient rencontrés au Vietnam en 2010, se sont retrouvés. Que de bonheur et de joie dans leurs yeux respectifs ce jour-là. L’émotion de ces retrouvailles était bien sincère, touchante et communicative.

En Février 2020, j’étais à Genève pour le Geneva Summit for Human Rights and Democracy. Bien entendu Rolin y était pour rencontrer le fils de Chau Van Kham, un australien d’origine vietnamienne , membre de Viet Tan , emprisonné au Vietnam. Rolin est lui-même membre d’honneur de Viet Tan depuis 2019. J’ai interviewé Rolin pour avoir son opinion sur la situation actuelle du Vietnam. Comme d’habitude, Rolin a répondu avec justesse et à propos, notamment sur l’attaque policière contre les habitants de Dong Tam. J’étais loin de m’en douter que ce serait la dernière fois que nous nous voyons.

La Suisse a perdu l’un de ses plus grands serviteurs, une personne de grande qualité, qui avait encore tant de choses à apporter à son pays et qui n’avait pas eu le temps de montrer tout son potentiel. Le Vietnam a perdu l’un de ses plus sincères amis.
Rolin était un ami qui se préoccupait vraiment du peuple vietnamien, de son sort, de son bien-être et de son avenir.

Viet Tan a perdu l’un des siens et aujourd’hui, toute la famille Viet Tan pleure le départ prématuré de l’un de ses membres, moi en premier.

Cher Rolin, tu vas tant nous manquer.

Michel Tran Duc

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Adieu Rolin
Nguyen Ngoc Bao

En apprenant avec stupeur que notre cher ami Rolin vient de nous quitter et submergé par une infinie tristesse, je me souviens de ce fameux proverbe vietnamien « le talent et le destin ne se conjuguent que difficilement ensemble ». Pourquoi tant d’injustice ? Pourquoi une personne de haute valeur morale, ayant une situation bien en vue dans la société Suisse, un membre d’honneur de Viet Tan après plus de 10 ans d’activités inlassables, doit nous quitter ainsi précipitamment.

Pendant les trente années d’activisme pour les droits de l’homme et la démocratie au Vietnam, j’ai le souvenir ému et plein de gratitude envers de nombreux amis étrangers, avocats, journalistes, députés, français, allemands, belges, suisses qui ont tant oeuvré en faveur des vietnamiens, en s’engageant aux côtés de Viêt Tan. Nous ne les considérons non pas seulement comme des sympathisants pour notre cause , ils sont devenus au fur et à mesure des années des véritables amis, des personnes de conviction, partageant un même idéal de manière bénévole et désintéressée. Rolin Wavre était déjà en 1ère ligne.

Mais ce qui m’a frappé chez Rolin par la suite c’est l’intensité et la constance de son engagement en faveur des droits de l’homme au Vietnam.

Sac à dos comme un simple activiste, il a aussi endossé son costume de député du canton de Genève pour assister aux sessions UPR en début de 2019 et pour sounettre aux experts de l’ONU sur les Droits de l’Homme le dossier ” Shadow Report” de plus 500 pages sur les violations de Droits de l’Homme, dénonçant la mort et la torture. Avec des conseils juridiques spécialisés ,il a largement contribué aux recommandations dans ces documents et à leurs succès.

L’un des moments les plus intenses pour moi est la remise du Certificat de Membre d’honneur de Viet Tan en Novembre 2019, il y a à peine 6 mois. Entouré d’autres élus genevois qui ont partagé nos idéaux et notre lutte pour la justice et les droits de l’homme, j’ai été très honoré de lui avoir remis ce certificat.

J’avais tant espéré que nous pourrions l’accueillir avec bonheur et gratitude lui et sa famille au Vietnam, dans une société future libre et démocratique. Mais hélas, ce n’est plus qu’un souvenir avec son départ prématuré. Nous nous engageons à honorer son engagement en continuant cette lutte.

Nguyen Ngoc Bao

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IN MEMORIAM ROLIN

« Au moment de ta naissance, tu étais le seul à pleurer alors que toute ta famille et leurs amis réunis se réjouissaient.
Le jour où tu as quitté cette vie , ce sont tous tes proches, tes amis
et tes connaissances qui pleurent à leur tour.
Là haut, sois heureux et réjouis-toi d’avoir pu mener ainsi une existence
si intense et si riche d’amitié »