Vietnam et l’Union Européenne , un marché commercial sérieux ?

Pham Chi Dung, Nguyen Tuong Thuy et Lê Huu MInh Tuân, journalistes indépendants

Telle est la question que se posent les observateurs au vu des nombreuses violations des droits de l’homme par le régime vietnamien une année à peine après la signature de l’accord de libre-échange et l’engagement des parties sur la question du respect des droits de l’homme (BRUXELLES, 7. JANVIER 2020)

Pham Chi Dung, ainsi que deux autres confrères membres de l’association des journalistes indépendants , ont été emprisonnés le mardi 5 janvier dans une démarche dénoncée par la Commission européenne. Cette incarcération fait suite malgré les engagements de Hanoi lors de l’accord de libre-échange lancé en août 2019.

Dans une déclaration publiée le jour d’après, la Commission européenne a mis en avant remettre les garanties de la liberté d’expression inscrites dans la propre constitution du Vietnam en affirmant que Vietnam doit libérer tous ceux qui ont été arrêtés pour avoir exprimé leurs opinions

“Le nombre croissant d’arrestations, d’emprisonnements et de condamnations de journalistes et de défenseurs des droits de l’homme vietnamiens va dans le sens contraire”, a déclaré Peter Stano, le porte-parole de la Commission européenne UE . Il a a ajouté que la question pourrait également être discutée “dans quelques semaines” lors d’une réunion prévue des ministres des affaires étrangères de l’UE.

Il faut savoir que toute décision de sanctions ou de suspension éventuelle du pacte commercial devrait être prise à l’unanimité des États membres. C’est donc une perspective peu probable, qui contraste avec la défense publique des droits de l’homme de l’UE contre des accords commerciaux lucratifs avec des régimes oppressifs.

Le cas de Pham Chi Dung semble pourtant particulièrement flagrant et démontre les intentions de Hanoi d’ignorer les protestations de l’UE. L’année dernière, le Parlement européen avait déjà demandé sa libération, mais en vain et se contentant d’adopter une résolution condamnant les abus. Plus de 60 députés européens s’étaient également exprimés, demandant à la Commission européenne d’agir concrètement et 1/3 des députés sur 700 ont refusé de signer l’accord commercial .

A la mi-décembre, le Parlement européen avait également tenu sa première vidéo-conférence interparlementaire avec le Vietnam. Le cas de Pham Chi Dung avait été soulevé et à nouveau rejeté par le Vietnam. “Cela montre que le Vietnam n’a pas la moindre intention de se conformer aux demandes et aux appels”, a déclaré Claudio Francavilla de Human Rights Watch.

Plus de 200  de personnes seraient emprisonnées pour s’être prononcées contre le gouvernement, tandis que Hanoi maintient que les personnes arrêtées ne sont en aucun cas des prisonniers politiques mais des ” fauteurs de trouble et propagandistes contre l’Etat ” . Pham Chi Dung a été arrêté en novembre 2019 moins d’une semaine après avoir publié un article demandant à l’UE de reporter l’accord commercial jusqu’à ce que le Vietnam améliore les droits de l’homme.


COSUNAM EXPRESS Décembre 2020

Le message de Sébastien Desfayes, président du Cosunam

En ce jour du 10 décembre 2020
L’année 2020 touche à sa fin. Le bilan de cette année éclaire d’une lumière crue la violation des droits humains au Vietnam. L’affaire de Dong Tam a d’abord rappelé que l’état de droit n’existe pas au Vietnam. Des villageois ont été spoliés de leur terre. Ils ont été ensuite brutalement arrêtés lors d’un raid militaire meurtrier – le patriarche du village a été abattu – mené à l’abri du regard des médias indépendants. Loin de protéger ces villageois et de mener un procès équitable, la justice, à la botte du pouvoir, a accusé à tort 29 d’entre eux de meurtre ou de complicité de meurtre, ainsi que de divers autres crimes. Alors même que le Vietnam est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, les avocats ont été empêchés d’assister leurs clients jusqu’à l’ouverture du procès, mené d’ailleurs dans le plus pur style stalinien. La sentence prononcée le 14 septembre 2020 comporte notamment deux condamnations à mort et une peine d’emprisonnement à perpétuité. Des appels contre cette sentence inique et abusive ont été déposés.

Le COSUNAM a été particulièrement actif dans ce contexte et a remis une lettre ouverte au Consulat du Vietnam à Genève le 27 octobre 2020. Cette lettre, à l’attention du premier ministre du Vietnam et cosignée par une centaine de personnalités de la vie civile et du monde politique et religieux et des ONG des droits de l’homme en Europe et dans le monde, s’insurge contre les peines infligées et demande que la procédure d’appel respecte les
principes d’une justice équitable. A ce jour, le régime n’a même pas jugé bon d’accuser réception de cette lettre ouverte, ce qui en dit long sur sa nature totalitaire.

Comme nous l’évoquions dans la dernière newsletter, ce même régime, qui s’autoproclame «démocratique» et recherche avec avidité la reconnaissance et les investissements internationaux, a conclu un accord de libre échange majeur avec l’Union Européenne. Il est possible de voir le verre à moitié vide : l’Europe, avec un certain aveuglement qui confine au cynisme, n’a pas cherché à infléchir la ligne dure suivie par les apparatchiks de Hanoi et à faire progresser la liberté et la démocratie au Vietnam. De même, cet accord ne bénéficiera pas à la population vietnamienne, mais permettra à quelques multinationales irresponsables d’intensifier leurs productions au Vietnam sans se soucier des droits de douane et du respect des règles sociales élémentaires, ce dans le contexte des tensions commerciales entre l’Europe et la Chine.

Mais l’on peut voir aussi le verre à moitié plein en remarquant d’abord que quelques 200 députés du Parlement européen sur les 700 se sont opposés à la ratification de l’accord. De même, le 25 septembre 2020, de nombreux députés européens ont adressé une lettre à la Commission demandant à cette dernière de s’assurer du respect des droits humains au Vietnam et de suspendre l’accord de libre échange en cas d’absence d’évolution positive par les autorités vietnamiennes en la matière.

Cependant, la répression politique ne s’est aucunement atténuée au Vietnam. Bien au contraire. Comme l’a relevé un rapport d’Amnesty International, plus de 170 personnes, accusées « d’activisme en ligne », sont détenues dans les geôles du régime. Il s’agit là du plus grand nombre de prisonniers de conscience au Vietnam depuis qu’Amnesty International publie ces chiffres, à savoir 1996. Alors que l’on espérait que les plateformes internet allaient promouvoir la liberté d’expression, c’est la censure et les arrestations massives qui aujourd’hui prévalent. Les géants du numérique ne sortent au demeurant pas grandis – pour user d’un euphémisme – de cette tragédie. En effet, Google et Facebook ont cédé aux menaces d’Hanoï et annoncé qu’ils allaient empêcher la publication et la diffusion de contenus « contre l’Etat. »

L’année 2020 aura donc été terrible à tous points de vue au Vietnam et il est douteux que l’année 2021, qui commencera avec le 13 ème Congrès National du Parti Communiste, soit celle de la liberté et de la démocratie.

Cliquer pour Sébastien Desfayes à l’émission suisse TV Léman Bleu le 10 décembre 2020

https://youtu.be/kR28NQS2PGM
 

Comment le Vietnam manipule la liberté d’expression

Autrefois grand espoir pour l’expansion de la liberté d’expression au Vietnam, les plateformes de médias sociaux principalement Facebook et YouTube de Google qui étaient des zones relativement libres de droits de l’homme, deviennent malheureusement l’objet de pressions, manipulations et intimidations du Vietnam où toute dissidence pacifique ou critique du gouvernement vietnamien est susceptible d’être censurée et déformée.

Dernièrement , les milieux de sécurité bien informés concernés comme FireEye , Reuters et de BlackBerry ont déclaré qu’ils avaient identifié un groupe de piratage informatique active considéré comme étant largement sponsorisé par le gouvernement du Vietnam.

Le groupe de piratage avancé est connu sous les noms de APT32 et OceanLotus. Il opère depuis au moins 2014 et cible les entreprises du secteur privé dans toute une série de secteurs ainsi que les gouvernements étrangers, les dissidents et les journalistes en Asie du Sud et ailleurs. Il utilise diverses tactiques, dont l’hameçonnage, pour infecter ses cibles avec des logiciels malveillants pour ordinateurs de bureau et téléphones portables . Pour gagner la confiance de ses cibles, le groupe crée des sites web et des personnages en ligne qui se font passer pour des personnes et des organisations légitimes. Récemment encore, il a été identifié une société informatique vietnamienne CyberOne Group comme étant liée à OceanLotus basé à Ho Chi Minh ville.

Une enquête récente a révélé une variété de tactiques, techniques et procédures notables sociale consistant a créer sur Internet des personnages fictifs se faisant passer pour des activistes et dissidents pour contacter les personnes qu’elle visait. Ces efforts ont souvent consisté à créer des dispositifs de soutien pour ces fausses personnalités et ces fausses organisations sur d’autres services Internet afin qu’elles paraissent plus légitimes et puissent résister à un examen minutieux, y compris par des chercheurs en sécurité. Certaines de leurs pages ont été conçues pour attirer des adeptes particuliers en vue d’un hameçonnage ultérieur et du ciblage de logiciels malveillants.

Décidément, en matière de piratage et manipulation des réseaux sociaux, le régime vietnamien suit le modèle des grands frères chinois et nord-coréen : un combat impitoyable contre la liberté d’expression et les droits de l’homme.

Une nouvelle “loi mondiale de sanctions en matière de droits de l’homme”

Le jeudi 10 décembre 2020, journée internationale des droits de l’homme, le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement réunis à Bruxelles a officiellement annoncé l’adoption d’un nouveau régime de sanctions ciblées à l’encontre de personnes, physiques ou morales, étatiques ou non, responsables de graves violations des droits humains, quelle que soit leur nationalité ou le pays où elles auraient été perpétrées.

Cette décision, prise par les ministres des affaires étrangères à Bruxelles lundi 7 décembre a été qualifiée d’accord historique” par le chef des affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell.

L’interdiction de visa et le gel des avoirs viseront les personnalités coupables de crimes contre l’humanité, d’esclavage, d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et d’arrestations arbitraires. Les personnes responsables de la traite des êtres humains, de violences sexuelles et d’atteintes à la liberté de réunion, d’expression ou de religion seront également poursuivies.

Selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, l’ Europe met ainsi en oeuvre son propre régime mondial de sanctions en matière de droits de l’homme comme l’ont déjà fait le Canada, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et les Etats baltes avec l’adoption de la loi dite Magnistki.
 
Alors que la Suisse subit un taux de propagation du virus dramatique en ce mois de décembre 2020, le Vietnam semble avoir vaincu la pandémie sur son territoire. Quelques pistes d’explication.

Le Vietnam face au Cororavirus

L’épidémie de Covid-19 aurait pu y faire des ravages. Pourtant, en ce mois de décembre 2020, le Vietnam ne comptait que 1’400 cas déclarés et 35 décès selon les derniers chiffres déclarés de THE BASELABS. Des chiffres observés avec une certaine méfiance sachant que le Vietnam partage quelques 1’280 kilomètres de frontière avec son voisin chinois. Le résultat est surprenant pour un pays de 96 millions d’habitants, qui n’a consacré ces dernières années que peu de moyens à la santé. À Hô-Chi-Minh-Ville, seuls 1’000 lits d’hôpitaux sont équipés pour les soins intensifs, soit 1 pour près de 9 000 habitants.

Officiellement, le nombre de cas plafonne à moins de 1’200 seulement, avec 35 morts alors que la Suisse recense plus 121’000 cas et 2’100 décès. Le contraste est frappant avec de nombreux autres pays d’Asie.

La mise en quarantaine forcée de dizaines de milliers de personnes dans des camps de type militaire et des procédures éprouvées de recherche de contacts par les services de police ont permis au Vietnam d’éviter les catastrophes qui se produisent en Europe et aux États-Unis. Une campagne intensive de propagande a été utile, mais c’est l’action sans contestation possible d’un gouvernement autoritaire qui s’est avérée la plus efficace.

Cependant pour les Vietnamiens les plus vulnérables et défavorisés, la situation semble sombre (voir l’image ci-dessus d’un parking d’hôpital publique réservé aux soins de base). L’attention étant détournée vers la pandémie, le sort des prisonniers de conscience a été durement ignoré. Ne les oublions pas.

TRAN HUYNH DUY-THUC, un prisonnier emblématique

Trần Huỳnh Duy Thức était un entrepreneur à succès et blogueur qui, par le biais de ses écrits, sensibilise la population aux questions sociales, politiques et économiques au Vietnam. Emprisonné depuis 2010 , ayant toujours refusé à ce jour tout exil forcé, sa santé se détériore alors qu’il poursuit leur grève de la faim depuis début décembre.

«Vous devez continuer notre lutte pour les droits humains et prendre ma mort
comme source d’inspiration pour faire avancer notre cause ».

Trần Huỳnh Duy Thức est en grève pour demander à la Haute Cour de réexaminer la peine de seize ans à laquelle il a été condamné en 2010. Pendant sa détention, il a mené plusieurs grèves de la faim et continue à défendre les droits des autres prisonniers. Il est actuellement détenu dans la prison de Thanh Chuong, dans la province de Nghe An. Lorsqu’il a reçu la visite de sa famille au début décembre, face à l’aggravation brutale de sa santé, il leur a transmis une note disant : «Vous devez continuer notre lutte pour les droits humains et prendre ma mort comme source d’inspiration pour faire avancer notre cause ».
 


Cosunam Express Octobre 2020

Justice pour Dông Tâm

Appel de la communauté internationale pour une véritable justice

Ce drame a été évoqué dans nos précédentes éditions. Lê Dinh Kinh, le patriarche de 80 ans du village de Dông Tâm, ancien membre du Parti, a été sauvagement abattu. Sa famille dispersée et emprisonnée. La véritable justice était totalement absente dans ce drame national. Une parodie de procès a eu lieu en septembre dans le pur style stalinien avec menaces sur témoins, intimidations aux avocats et extorsion d’aveux aux 29 accusés.
Pour un pays qui se proclame démocratique, avide de reconnaissance et d’investissements internationaux, la sentence de deux peines de mort et plus d’une centaine d’années de prison saupoudrée sur les 27 autres villageois passe mal auprès de l’opinion suisse et internationale.


Une démarche volontaire et pacifique

Sébastien Desfayes et Jean-Marc Comte devant le consulat du Vietnam à Genève le 27 octobre 2020

 
En date du 27 octobre 2020, à Genève, une délégation du Comité Suisse Vietnam COSUNAM s’est constituée afin de se rendre au Consulat du Vietnam, 30 rue des Corbillettes au Grand- Saconnex à Genève.
Conduite par Sébastien Desfayes, avocat et président du Cosunam, la délégation comprenait Jean-Marc Comte, ancien maire du Grand-Saconnex et Pascale Berry-Wavre, épouse de feu Rolin Wavre.

A 09h 45 exactement, ils se sont présentés dans les locaux et ont demandé à rencontrer le consul en personne afin de lui remettre un exemplaire de la lettre ouverte datée du 8 octobre et intitulée JUSTICE POUR DÔNG TAM adressée au 1er ministre du Vietnam Nguyen Xuân Phuc.

Cette lettre ouverte a été cosignée par une centaine de personnalités de la vie civile et du monde politique et religieux et des ONG des droits de l’homme en Europe et dans le monde grâce aux démarches de nos membres et de nos correspondants. En Suisse, quelques 26 éminentes personnalités politiques et de la vie civile l’ont paraphée (voir liste ci-dessous)

La lettre proteste contre les peines infligées aux 29 accusés et villageois de Dong Tâm lors du 1er procès de septembre. Elle demande pour le procès en appel à venir l’application d’une justice équitable , indépendante et conforme aux normes internationales que le Vietnam a signées en son temps.

A 10h15, les membres de la délégation sont sortis de l’enceinte du Consulat après avoir remis la lettre et obtenu un récépissé en bonne et due forme. Ils ont ensuite répondu aux questions de l’interview sur place.

Cette remise directe d’une pétition auprès des représentants diplomatiques du Vietnam en Suisse est la troisième intervention du Cosunam ces dernières années en faveur des dissidents injustement condamnés. Elle souhaite interpeller pacifiquement la conscience des représentants du régime et apporter un soutien moral aux inculpés et à leurs défenseurs. Les précédentes actions en 2014 et 2017 avaient été menées par Michel Rossetti, ancien maire de Genève, Jean-Marc Comte et nos regrettés membres, les députés Anne Marie von Arx et Rolin Wavre.

Le Comité Suisse-Vietnam exprime ses vifs remerciements aux personnalités suisses, amis , activistes et sympathisants qui nous ont exprimé leur soutien.

Cliquez ici pour visionner le reportage et les interviews de la délégation

https://youtu.be/WJPbDb3hxlc


 
La lettre ouverte du 8 octobre 2020 adressée au Premier ministre vietnamien Nguyen Xuân Phuc

Monsieur le Premier Ministre,

Nous vous écrivons pour exprimer nos graves préoccupations concernant le procès des citoyens de Dong Tam, qui s’est déroulé au Vietnam du 7 au 14 septembre.
Avant le début du procès le 3 septembre, 13 avocats de la défense ont demandé par écrit au juge de reporter le procès et de rouvrir l’enquête. Leur lettre de sept pages indique des éléments peu clairs et contradictoires dans le dossier d’enquête.
Tout au long du procès, les droits de la défense, y compris les droits et privilèges des avocats de la défense, n’ont pas été respectés, comme le prévoit pourtant l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel le Vietnam a adhéré en 1982. Voici un quelques exemples:

-Les avocats de la défense n’avaient pas accès à leurs clients jusqu’à la de l’enquête, et par la suite uniquement en présence des gardiens de prison, violant le principe de la confidentialité avocat-client.
-Les avocats de la défense n’ont pu consulter les dossiers que quelques jours avant le procès, et seulement après l’intervention du Barreau de Hanoï pour demander cet accès.
-Les avocats de la défense ont été empêchés de discuter avec leurs clients pendant les procédures judiciaires, sauf pendant le deuxième jour du procès
-Les familles des accusés n’ont pas pu assister au procès
-La diffusion en début de procès d’un film “documentaire” produit par le ministère de la Sécurité publique, tendant à démontrer la culpabilité des accusés.
-19 des 29 accusés ont déclaré avoir été torturés pour obtenir des aveux forcés. L’intimidation et le harcèlement perpétrés par des membres de la sécurité publique contre certains avocats de la défense à l’intérieur et à l’extérieur du tribunal de Hanoï
-Le refus du tribunal d’appeler certains témoins à la barre demandée par les avocats de la défense
-Aucune reconstitution des événements n’a été faite pour lever les incertitudes et faire la lumière sur les circonstances du décès de M. Le Dinh Kinh et des 3 policiers.
-Les reporters de la presse indépendante vietnamienne et les journalistes étrangers ont été tenus à l’écart des débats, violant le principe fondamental de la publicité des débats.

Le droit d’accès à un avocat et les garanties en matière de justice pénale sont également inscrits dans les Principes de base des Nations Unies sur le rôle de l’avocat (Principes de base).
Les prévenus qui ont été condamnés aux peines les plus sévères (peine de mort, réclusion à perpétuité, longues années de prison) ont décidé de faire appel. Au vu de toutes ces irrégularités, nous vous demandons de respecter pleinement les droits de la défense avant, pendant et après la procédure d’appel, dans le plein respect de l’article 14 du Pacte et des Principes fondamentaux.

Condamner des personnes à la peine de mort dans ces conditions n’est pas acceptable, d’autant plus que depuis le dernier examen périodique universel en 2019, de nombreux pays ont appelé le Vietnam à abolir la peine de mort.

Le développement durable du Vietnam ne peut se faire sans une justice indépendante et impartiale

Signatures internationales

Représentants politiques

M. Vincent Maître, Avocat, Conseiller National Genevois,
Mme Delphine Bachmann, Députée Genevoise, Présidente du parti Démocrate-Chrétien,
Mme Patricia Bidaux-Rodriguez, Députée Genevoise,
Mme Natacha Buffet-Desfayes, Députée Genevois,
M. Jean-Luc von Arx, Conseiller municipal de Genève,
M. Sébastien Desfayes, Député Genevois,
Mme Alia Chaker Mangeat, Avocate, Conseillère municipale de Genève,
Mme Claude Bocquet-Thonney, Députée Genevoise,
M. Jean-Marc Guinchard, Député Genevois,
M Alexandre Cipolla, Député Valaisan,
Mme Christina Meissner, Députée Genevoise,
M. Souheil Sayegh, Député Genevois,
M. Alexandre de Senarclens, Député Genevois,
M. Philippe Schwarm, Conseiller administratif de Pregny-Chambésy, Suisse

M. Martin Patzelt, Député Fédéral, Allemagne , Mme Anna Cavazzini, Députée Européenne, Allemagne
M. Michael Gahler, Député Européen, Allemagne,Mme Jutta Paulus, Députée Européenne, Allemagne
M. Ingo Röthlingshöfer, Maire de Neustadt, Allemagne,

Hon. Chris Hayes, Député fédéral, Vice-président de la Sous-commission des droits de l’homme, Australie
Hon. Julian Hill, Député fédéral, Vice-président de la Commission sur les Comptes Publics et de l’Audit, Australie
Hon. Luke Donnellan, ministre de la Protection de l’Enfance, Australie,
Dr Tien Dung Kieu, MLC, Membre du Conseil Législatif de l’état de Victoria, Australie

Mme Maria Arena, Députée Européenne, Présidente de la Sous-Commission des Droits de l’Homme, Belgique
Mme Saskia Bricmont, Députée Européenne, Belgique, Mme Frédérique Ries, Députée Européenne, Belgique
M. Ernest Urtasun, Député Européen, Espagne,
Mme Alviina Alametsä, Deputée Européenne, Finlande
Mme Heidi Hautala, Députée Européenne, Finlande,
M. Brando Benifei, Député Européen, Italie,

Organisations et ONG Internationales

Comité Suisse-Vietnam Suisse, Jean-Marc Comte, Vice-Président
ACAT Suisse (Action des Chrétiens pour l’abolition de la torture et de la peine de mort), M. Dominique Joris
ACAT Belgique, Mme Cécile Auriol, Membre du Comité de Direction
ACAT Allemagne, M. Christoph Schürhaus
ACAT France, Mme Nathalie Seff, Déléguée Générale,
ASIE, ARTICLE 19, M. Matthew Bugher, Responsable des Programmes
Bau Bi Tuong Than Association , M. Nguyen Le Hung,
Club des Journalistes Libres du Vietnam, M. Nguyen Van Hai,
Destination Justice, Mme Doreen Chen, Présidente,
Foundation Friedliche Revolution , Mme Liane Plotzitzka, Comité Exécutif,
Fraternité pour la Démocratie au Vietnam , M.Nguyen Van Dai, Président, German Doctors, Bieberach, Allemagne Dr Uta Kölle,
Lawyers for Lawyers, Pays-Bas, Mme Sophie de Graaf, Directrice,
Lawyers’ Rights Watch Canada, Canada, Mme Catherine Morris, Directrice Exécutive,
Globalt Fokus, Danemark, Mme Sara Brandt, Conseillère politique,
Safeguard Defenders, EspagneM. Peter Dahlin, Directeur,
Reporters sans frontières, France, M. Christophe Deloire, Secrétaire Général,
Viet Tan, M. Do Hoang Diem, Président,
Watchdogs Unleashed, France, M. Benjamin Ismaïl,

Personnalités de la société Civile

M. François Longchamp, ancien Conseiller d’Etat genevois,
M. Michel Rossetti, ancien Maire de Genève,
M. Marcel Monney, ancien Maire Grand-Saconnex,
Mme Elizabeth Boehler-Goodship, ancien Maire Grand-Saconnex,
M. Bernard Favre, membre du Cosunam,
Mme Pascale Berry-Wavre, membre du Cosunam,
M. Michel Goenczy, fonctionnaire,
M. Philippe Souaille, journaliste,
M. Ali Benouari, ancien Ministre algérien

M. Bertrand Staempli, ancien porte-parole de Genève Aéroport,
M. Pierre Martin-Achard, avocat,
Mgr Otto Georgens, Évêque du diocèse Speyer, ,Mgr Peter Schappert, diocèse Speyer,
Rev. Peter Bernd, Chef Paroissial, Baselland, Dekan Alban Meißner, Ludwigshafen,
Dr. Markus Leniger, Katholische Akademie Schwerte,Prof. Dr. Mathias Seifert, Hochschule Fresenius, Idstein, , Dekan Johannes Pioth, Pirmasens, ,M. Markus Herr, porte-parole du diocèse Speyer, , Dr. Thomas Fandel, diocèse Speyer, , Dr. Thomas Kiefer, diocèse Speyer,
Dr. Stefan Breiter, conseiller paroissial, paroisse Pierre et Paul Witten/Wetter/Sprockhövel
Dr. Christoph Götz, Neustadt, , Prof.Dr. Joachim Schmiedl, Vallendar, Prof. Dr. Stefan Grüne, Médecin principal, Neustadt, Dr. Méd. Helene Kamb, Prof. Dr. Gerd Morgenschweis, Essen, , Rev. Jürgen Streuer, Münster,
Dr. Ingo Grabowsky, , M. Hans Kamb, avocat, ,Dr. Ansgar Hohmann, , Dr. Christoph Kohl, , Dr. Anke Schauer,
Dr. Wolfgang Ortner, Dr. Christian Kämmerer, , Dr. Alexander Hammer, ,Dr. Walter Zwick, Speyer,
Dr. Wilhelm Dreyer, Speyer, , Dr. Joachim Sommer, Ludwigshafen, Dr. Damian Bieger,
Dr. Joachim Gehrmann, Dortmund, Dr. Dankwart Kölle, Biberach, , M. Helmut Hofrichter, Avocat, Neustadt,
Mme Katharina Hofrichter, Psychologiste, Neustadt, ,M Hartwig Witthöft, ancien directeur d’école, Neustadt, ,
Dr. Jörg Breitmaier, Directeur médical, Ludwigshafen, Rev. Michael Paul, Geinsheim,
Rev. Christoph Kübler, Geinsheim, Rev. Gerhard Kästel, Geinsheim, , Diacre Johannes Hellenbrand, Geinsheim,
Rev. Anton Böckel, Diedesfeld, , Dr Margarita Straubinger-Schöndorf, Neustadt, Dr Christian Schöndorf, Neustadt,
 


Si peu de choses


Bernard Favre, nouveau membre du bureau du Cosunam
 
Il n’y a pas de différence entre le combat mené pour la démocratie et la liberté au Vietnam, et celui mené ici-même, en Europe. Il y a la distance, bien sûr. Il y a ces noms que nous ne parvenons pas toujours à prononcer, et qui renforcent un sentiment d’éloignement, d’étrangeté. Mais avant toute chose, il y a la conviction que ce combat est légitime. Et impérieux.

L’action menée par le Cosunam, le soutien des signataires à la pétition adressée au Consulat, peuvent paraître dérisoires. Que peuvent des signatures contre une tyrannie ? Que peut la bonne foi contre la dictature ?
Ne vous y trompez pas : ce peu de choses est énorme. Ces signatures apportent d’abord à celles et ceux que nous soutenons le réconfort de se savoir entendus. La conviction de n’être pas seuls. Cette foi peut ébranler des montagnes, changer un monde. Elle aide en tous cas à rester debout.

Ce peu de choses est énorme aussi pour les autorités qui reçoivent ces courriers. Elles sont ainsi contraintes d’admettre que le monde n’est pas naïf. Que la distance et les frontières n’effacent pas la honte de leurs crimes. Et les dissuader d’en commettre encore plus, d’encore pires. Les bien-pensants diront sans doute qu’il faut « contextualiser », « accepter qu’il existe des modèles différents », que « tous les pays ne sont pas mûrs pour la démocratie », qu’il faut « éviter la caricature sur certains sujets ». Ils ont tort.

Résister, c’est parfois si peu de choses. Une signature au bas d’une lettre de protestation. Publier une caricature. Donner un cours sur la liberté d’expression dans une école, en France. Peu de choses ? Vraiment ? Un prof vient de se faire assassiner pour cela, en France. Un autre vient d’être suspendu par la direction de son établissement en Belgique pour la même chose. La peur et la censure gagnent du terrain. Il est donc impératif de poursuivre la mobilisation, au Vietnam et en Europe. Car la liberté, ça se joue à très peu de choses.


« Une grande figure de la dissidence » 

« Je ne veux pas la liberté pour moi-même, ce serait trop facile. Non, je veux quelque chose de plus grand, la liberté pour le Vietnam. »
 
La dissidente Pham Doan Trang, 42 ans, journaliste et écrivaine, militante pour la liberté de la presse , des droits civils et de la cause des paysans victimes d’expropriation, a été arrêtée le 7 octobre dernier.

Dans la sphère dissidente vietnamienne, « Pham Doan Trang est une des grandes figures dans la lutte pour les droits de l’Homme au Vietnam », décrit Ming Yu Hah d’Amnesty International, qui a appelé à « sa libération immédiate ». À ses yeux, « elle a inspiré depuis des années un grand nombre de jeunes militants afin de dénoncer les abus contre les libertés et appeler à un Vietnam libre ». D’autres organisations non gouvernementales comme Human Rights Watch, ACAT l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Reporters sans frontières (RSF) ou l’Union internationale des éditeurs qui avait décerné le prix Voltaire 2020 à sa maison d’édition Liberal Publishing House (fondée en 2019), ont appelé à sa libération.

En 2019, Pham doan Trang s’était engagée publiquement pour la défense des villageois de Dông Tâm. D’autres lanceurs d’alerte sur le drame de ce village comme la famille Trinh Ba Phuong ont été aussi emprisonnés en juin 2020 ( voir notre précédente édition). L’écrivaine vietnamienne risque une peine de 20 ans de prison, peine maximale pour « opposition à l’État ».


 

 

 


COSUNAM EXPRESS Septembre 2020

 
Editorial de Sébastien Desfayes, président

Les droits de l’homme et l’économie ne font pas toujours bon ménage

On pourrait pourtant penser que respect des droits humains et développement économique sont intimement liés. Il ne peut y avoir de croissance économique durable sans état de droit, libertés individuelles, justice indépendante, dignité humaine et lutte contre l’accaparation par certains de l’ensemble des richesses.

Il n’en est cependant rien. La vision à long terme d’une économie au développement équitable et durable, respectueuse de l’environnement et réellement au service de la population relève de l’utopie et l’exemple vietnamien est là pour le démontrer. Le plus grave, peut-être, est la responsabilité de l’occident dans la pérennité d’un régime totalitaire par le biais d’une real politik à la petite semaine.

Preuve ultime du cynisme où l’appât du gain rapide prime la durabilité et le respect des droits humains : l’accord de libre- échange entre l’Union européenne et la République Socialiste du Vietnam qui a pris effet le 1er août 2020.

Cet accord octroie au Vietnam le statut de la nation la plus favorisée dans le cadre des accords conclus par l’EU. Partant, 99% des droits de douane entre les pays de l’UE et le Vietnam sont supprimés. Comme l’a souligné la Commission européenne, il s’agit de l’accord « le plus ambitieux jamais conclu par l’Union avec un pays émergent ». Concrètement, le but est de faire du Vietnam la nouvelle usine du monde.

A part quelques vagues recommandations de pure forme, cet  accord ne comporte aucune norme contraignante s’agissant du respect des droits humains ou même de l’amélioration des conditions de travail au Vietnam. L’on rappellera par ailleurs que le Code pénal vietnamien permet de poursuivre toute organisation syndicale du chef de menace vis-à-vis de l’Etat. C’est donc dire que la protection des travailleurs et de leurs droits est nulle. 

Alors que l’Union Européenne disposait d’un levier important dans le cadre des négociations lui permettant d’infléchir la ligne dure suivie par les apparatchiks de Hanoi et de faire progresser la liberté et la démocratie, force est de déplorer que le profit rapide et maximal a été privilégié.

Les plus optimistes diront que 30% des parlementaires européens se sont opposés à la conclusion du traité, après avoir été sensibilisé par une multitude d’associations, dont le Cosunam, sur le non-respect des principes démocratiques les plus élémentaire au Vietnam et sur la violation systématique des libertés individuelles. 

Peut-être, mais au-delà des beaux discours sur la défense des droits humains, l’Europe a été prise en flagrant délit d’hypocrisie et d’inconséquence.

Au Vietnam, le « parlement » de Hanoi a approuvé l’accord avec 457 voix pour, 26 abstentions et aucune opposition.

Pas de doute, le parti unique a encore de beaux jours devant lui.

L’aggravation des expropriations contre la société civile et religieuse (assaut policier sanglant contre le village de Dong Tâm, violences physiques et intimidations contre le diocèse catholique de Thiên An à Huê) et la recrudescence des emprisonnements contre les activistes comme celui de la famille Trinh Ba Phuong depuis cette année en sont des conséquences douloureuses. •


Trinh Ba Phuong, le lanceur d’alerte du drame de Dông Tâm

Trinh Ba Phuong L’activiste Trinh Ba Phuong entouré des membres de sa famille . Lanceur d’alerte, il avait diffusé les informations sur l’expropriation et le drame sanglant de Dong Tâm.

Né le 26 janvier 1985, il est en prison depuis le 24 juin 2020  sous prétexte de l’article 117 du code pénal vietnamien. Ardents défenseurs des fermiers injustement expropriés,  ses parents Khiêm et Thêu avaient déjà été emprisonnés en 2014 pour ” résistance contre fonctionnaires en service” et ” désordres sur la voie publique”.

Après la sanglante attaque contre le village de Dông Tâm causant la mort de son patriarche Lê Dinh Kinh en janvier 2020, Trinh Ba Phuong avait rencontré des représentants de l’ambassade américaine à Hanoi pour dénoncer les circonstances et événements qui ont eu lieu.

Un procès du régime contre lui et une vingtaine de citoyens vietnamiens arrêtés depuis le 9 janvier 2020 lors de l’assaut sur Dong Tâm est prévu à partir du 7 septembre 2020.

Une dizaine d’ONG des droits de l’homme dont le Cosunam s’en sont alarmés et ont adressé une lettre ouverte à Elisabeth Tichy-Fisslberger, présidente du Conseil des Droits de l’Homme aux Nations Unies à Genève.

Il faut savoir qu’au cours des neuf derniers mois, aucune des personnes détenues n’a été autorisée à voir sa famille. Il leur a également été interdit de rencontrer leurs avocats.

Le Pacte International relatif aux droits civils et politiques (la dernière cession a eu lieu en mars 2019 en présence d’une importante délégation de Hanoi et des membres du Cosunam à Genève) dont le Vietnam est signataire, énumère à l’article 14 qu’un procès équitable implique « suffisamment de temps et de facilités pour préparer [leur] défense et communiquer avec le conseil de [leur] propre choix. » Ces garanties procédurales ont été systématiquement violées avant le procès de ces 29 personnes.


 

                                                                

Avec la participation d’Amnesty International et du groupe GLOBAL FOCUS regroupant 80 associations (Danish umbrella for development and humanitarian NGOs), la communauté vietnamienne au Danemark organise un séminaire sur les droits de l’homme pour alarmer la communauté internationale le 18 septembre 2020.

Cet événement a été inscrit dans l’agenda de la commission des affaires étrangères du parlement danois.

 
 
 
 
 
 

 


Hommage aux amis et membres du Cosunam disparus en 2020

C’est devant une soixantaine d’amis et de membres de famille que Sebastien Desfayes, nouveau président du Cosunam, a rendu hommage aux six membres et amis disparus en ce début tragique d’année. La cérémonie s’est déroulée dans le grand parc du Grand-Saconnex à l’emplacement de la stèle des boat-people vietnamiens. Un moment de partage et d’émotions avec la présence des autorités de la commune MM. Laurent Jimaja et Michel Pomatto. Le souvenir d’ Anne Marie von Arx-Vernon, Dao van Phac, Nguyen gia Tien, Tran van Diem , Jade Minh Nguyen et Rolin Wavre restera à jamais gravé dans nos mémoires.

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Sébastien Desfayes, président, entouré des membres permanents du COSUNAM, Jean-Marc Comte, Luy Nguyen Tang et Khai Nguyen Dang rend hommage à chacun des disparus en présence des autorités de la commune MM. Laurent Jimaja et Michel Pomatto
 
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Jean-Marc Comte, vice-président, rappelle les liens d’amitié du Cosunam
avec la commune du Grand-Saconnex