Auteur/autrice : cosunam

  • Catholiques au Vietnam aujourd’hui  – une longue histoire de survie et d’adaptation

    Catholiques au Vietnam aujourd’hui – une longue histoire de survie et d’adaptation

    La survie du catholicisme au Viêt Nam est sans doute l’un des défis les plus importants auxquels l’Église est confrontée en Asie aujourd’hui. Introduite au XVIe siècle par des missionnaires portugais, espagnols et dominicains, l’Église catholique a connu une croissance significative au XVIIe siècle, stimulée en partie par l’activité missionnaire des Jésuites, parmi lesquels Alexandre de Rhodes s’est imposé comme une figure particulièrement influente.

    De Rhodes a contribué à la création de l’alphabet vietnamien romanisé (chữ Quốc ngữ), qui a remplacé les caractères chinois traditionnels et les caractères développés par les Vietnamiens, qui étaient en usage auparavant.

    Malgré des périodes de tolérance, la foi catholique a été soumise à des persécutions sévères, particulièrement entre le XVIIIe et le XIXe siècles sous la dynastie Nguyễn, entraînant le martyre de dizaines de milliers de fidèles : entre 130 000 et 300 000 catholiques ont perdu la vie, et 117 d’entre eux ont été canonisés en tant que martyrs vietnamiens par Jean-Paul II en 1988.

    Au XXe siècle, la communauté catholique a enduré les événements dramatiques de la colonisation française, la division du pays en 1954 et la guerre du Viêt Nam. Après la réunification en 1975 sous le régime communiste, l’Église a fait face à des restrictions importantes, à des expropriations et à des contrôles d’État, tout en restant active par le biais de catéchistes et de structures paroissiales.

    Aujourd’hui, avec environ 7 millions de fidèles (environ 7 % de la population de plus de 100 millions), le Viêt Nam accueille la cinquième plus grande communauté catholique d’Asie et l’une des plus dynamiques, caractérisée par un grand nombre de vocations sacerdotales et religieuses et des baptêmes annuels (plus de 100 000).

    Les relations entre l’Église catholique et l’État vietnamien, historiquement tendues sur les questions de liberté religieuse et de nominations épiscopales, ont connu un dégel progressif au cours des dernières décennies.

    Depuis décembre 2023 , une phase d’ouverture a effectivement commencé qui reflète la détermination de la communauté catholique et son rôle dans le contexte d’un Viêt Nam en modernisation rapide.

    Comment  décrire l’évolution de la relation entre l’État vietnamien et l’Église catholique à l’aube de 2026 ?

    A travers l’histoire, la relation entre l’État vietnamien et l’Église catholique a été façonnée par une longue histoire de méfiance réciproque,  de conflits politiques et d’accommodations progressives.

    Le XXe siècle a ajouté une nouvelle couche idéologique à ces divisions. Après la suppression de l’Église catholique en Union soviétique et plus tard en Chine communiste, le Saint-Siège a adopté une position ferme contre la collaboration avec les régimes communistes. Cela a renforcé la perception—particulièrement parmi les révolutionnaires vietnamiens—que le catholicisme était intrinsèquement anticommuniste.

    Dans le Sud Vietnam nationaliste, l’identité catholique du président Ngô Đình Diệm pendant les années soixante  a davantage politisé la religion, tandis que dans le Nord, communiste après 1954, la coopération limitée de l’Église avec la République démocratique du Viêt Nam a accru la méfiance mutuelle.

    Après la réunification du Vietnam par la force en 1975, l’Église catholique est entrée dans une période très difficile marquée par le contrôle d’État, la confiscation des propriétés de l’Église, les restrictions sur les séminaires et la surveillance étroite de la vie religieuse.

    Au fil du temps, cependant, en particulier suite aux réformes du Đổi Mới de la fin des années 1980, la relation a commencé à changer. L’État vietnamien a du progressivement reconnaitre que les communautés catholiques pouvaient être des partenaires sociaux, particulièrement dans l’éducation, les soins de santé et les œuvres caritatives.

    Aujourd’hui, bien que les tensions et les restrictions persistent, la relation entre l’Église et l’État est plus stable et pragmatique qu’à n’importe quel moment de l’histoire vietnamienne moderne. Un certain dialogue a remplacé l’hostilité ouverte, et la normalisation progressive des relations entre le Viêt Nam et le Saint-Siège reflète ce changement plus large.

    Ce que nous observons maintenant n’est pas une confiance totale, mais une coexistence prudente.

    Pendant des décennies après 1975,  la mainmise de l’Etat s’est traduite par un contrôle strict et des restrictions systématiques. De nombreux membres du clergé ont été arrêtés ou placés sous une surveillance étroite. Les congrégations religieuses ont été dissoutes, les séminaires fermés et les publications catholiques interdites. Les écoles, hôpitaux et institutions caritatives gérés par l’Église ont été nationalisés, et de grandes portions des terres de l’Église ont été confisquées. Même les grandes célébrations religieuses telles que Noël et Pâques ont été restreintes, avec des limites sur l’assistance. Les rassemblements catholiques—même à l’intérieur des églises—ont été étroitement surveillés.

    Pendant cette période, l’État n’a pas pu éliminer l’Église complètement. Au lieu de cela, il a du autoriser l’Église d’exister mais avec une visibilité et une influence minimales dans la société.  Certes, il y a aussi eu une tentative d’établir une structure catholique parallèle dite « patriotique » parrainée par l’État, similaire à ce qui a émergé en Chine. Cet effort a finalement échoué, en grande partie parce que la plupart des évêques vietnamiens ont explicitement découragé le clergé de participer à des organismes parrainés par le gouvernement ou de servir comme représentants dans les institutions politiques.

    Au cours de la dernière décennie, les signes d’espoir sont devenus de plus en plus visibles. Depuis 2009, les relations bilatérales se sont améliorées de manière significative, renforcées par plusieurs visites de haut niveau au Vatican de la part de dirigeants vietnamiens, notamment le premier ministre et le secrétaire général du Parti communiste. Ces développements ont abouti en 2023 à la nomination d’un représentant pontifical résident permanent au Viêt Nam—le premier depuis 1975.

    Cette étape reflète une reconnaissance mutuelle que l’Église catholique peut contribuer positivement à la vie nationale, particulièrement dans des domaines tels que le service social, la formation morale et la cohésion communautaire.

    Des défis demeurent certainement, particulièrement en ce qui concerne les cadres juridiques, les droits de propriété et les limites de l’autonomie religieuse. Mais comparé aux décennies d’après 1975, le moment présent représente un véritable changement.

    Ce que nous voyons est pas une liberté complète, mais une transition progressive du contrôle au dialogue, et de la suspicion à la confiance prudente.

    La force de la communauté catholique.

    Pendant de nombreuses années après 1975, les catholiques ont appris à garder un profil bas pour survivre dans un environnement politique restrictif. Aujourd’hui, ils ne ressentent plus le même besoin de cacher leur identité religieuse.

    Un autre facteur clé est le caractère communautaire fort de la vie catholique vietnamienne. Les paroisses ont tendance à être très unies, avec une participation active à travers les générations. Les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse sont particulièrement fortes.

    La diaspora catholique vietnamienne a également joué un rôle crucial dans ce renouveau. Les catholiques vivant à l’étranger ont fourni un soutien financier, éducatif et pastoral significatif. De nombreuses églises au Viêt Nam ont été rénovées ou nouvellement construites avec l’aide des communautés à l’étranger.

    Les séminaristes, prêtres et religieuses peuvent voyager et recevoir une formation théologique dans des endroits tels que les Philippines, l’Europe, l’Australie, le Canada et les États-Unis, souvent grâce à des bourses financées par la diaspora. Lorsqu’ils reviennent, ils apportent une vision plus large de l’Église et de son rayonnement démocratique dans le monde.

    Pris ensemble, ces facteurs aident à expliquer pourquoi l’Église catholique au Viêt Nam semble si dynamique aujourd’hui. Sa vitalité réside moins dans la croissance numérique que dans la résilience, les liens communautaires forts, les vocations abondantes et un sentiment renouvelé de confiance après des décennies de contrainte. Cette combinaison rend le catholicisme vietnamien remarquable dans le contexte plus large asiatique : des racines sociales profondes, une discipline morale et un fort sens de la responsabilité communautaire. 

  • Nguyen Tien Trung après sa participation à la journée de soutien du COSUNAM

    Nguyen Tien Trung après sa participation à la journée de soutien du COSUNAM

    Nous faisons nôtre de ce message de l’ancien prisonnier politique Nguyen Tien Trung après son passage en Suisse et sa participation à la journée de soutien du COSUNAM le 12 novembre 2025.

    Je reviens de Genève avec le cœur vibrant, encore empreint de chaleur humaine, après avoir eu l’immense honneur de participer à la soirée de soutien organisée par le Cosunam Comité Suisse Vietnam.

    Je ne suis plus seul sur ce long chemin

    La lecture du magnifique compte rendu de M. Francis Richard m’a bouleversé. Elle a mis des mots précis et élégants sur ce que j’ai ressenti tout au long de cette soirée : un mélange de gratitude, d’espoir et de force nouvelle.

    Ce qui m’a profondément touché, c’est de voir à quel point la communauté vietnamienne en Suisse — représentée par le Cosunam — ainsi que de nombreux amis suisses se tiennent aux côtés de ceux qui n’ont pas de voix au Vietnam. Le Vietnam n’est pas leur terre natale, et pourtant ils portent ses douleurs et ses espoirs avec une sensibilité rare. Ils savent, dans leur cœur, qu’une violation des droits humains dans un coin du monde finit toujours par menacer l’humanité entière.

    Avec Michel Rossetti, l’un des plus anciens et indéfectibles amis du Cosunam depuis les années 90

    Voir cette solidarité venue de si loin, si sincère, si fidèle m’a donné l’impression de ne plus être seul sur ce long chemin. C’est une lumière dans la nuit et un nouveau lien avec les Suisses qui, par leur humanité, honorent le meilleur de leur pays. Un moment fort de la soirée a été une question qu’on m’a posée :

    Êtes vous optimiste ou réaliste pour l’avenir du Vietnam ?

    J’ai répondu, sans hésiter : je suis optimiste et en même temps réaliste .

    Je suis optimiste parce que les dernières années en Asie ont montré qu’une jeunesse brillante et courageuse — la génération Z — peut soulever des montagnes. Les révolutions sont parfois soudaines et imprévisibles. Elles naissent là où on ne les attend pas. Et le Vietnam n’échappera pas à cette règle.

    Je suis réaliste parce que je sais que le combat pour la liberté peut être long et éprouvant. Les défenseurs des droits humains doivent marcher sur une ligne fragile entre la lucidité et l’espérance — mais c’est précisément là que réside notre force.

    Ce voyage à Genève m’a donné quelque chose de précieux : une nouvelle énergie, une conviction ravivée que le Vietnam deviendra un jour un pays libre.

    Démocrates du monde entier, unissez-vous ! par Nguyen Tien Trung 

  • Soirée de soutien 2025 à la Salle communale des Délices, au Grand-Saconnex

    Soirée de soutien 2025 à la Salle communale des Délices, au Grand-Saconnex

    Mon long chemin de soutien et d’amitié avec le Cosunam 

    Un compte-rendu de Francis Richard

    Cette année, comme les années précédentes, avait lieu la soirée de soutien le 12 novembre 2025, organisée par le Comité Suisse Vietnam Cosunam. Préalablement à la soirée, une manifestation pacifique s’était déroulée devant la mairie. Il s’agissait de demander les libérations de tous les prisonniers politiques qui se trouvent dans les geôles du régime communiste et, notamment, celles de Trinh Ba Phuong et de Le Dinh Luong.
     

    Soirée de soutien 2025 du Cosunam, à la Salle communale des Délices, au Grand-SaconnexTrinh BaPhuong a été condamné à dix ans d’emprisonnement et cinq ans de probation le 15 décembre 2021 par un tribunal populaire de Hanoi. Le Dinh Luong a été condamné à vingt ans de prison et cinq ans de probation le 16 août 2018 par le tribunal populaire de Nghê An. Cette condamnation a été confirmée en appel le 18 octobre 2018.

    Cette année est particulière dans le combat que mène l’association en faveur des prisonniers politiques au Vietnam. En effet elle coïncide avec trois anniversaires:

     

    • Le cinquantième de l’exil de Vietnamiens après la chute de Saïgon le 30 avril 1975.
    • Le trente-cinquième du Cosunam.
    • Le vingtième de l’érection d’une stèle en mémoire des boat people dans le parc du château du Grand-Saconnex.
    Si l’annuelle soirée de soutien est politique, elle est l’occasion de se réunir autour d’un repas une centaine de convives cette année, bien que d’opinions diverses (*).

    Ainsi, à ma table, ai-je pu converser en anglais avec Nguyen Van Trang, qui vit actuellement à Zurich où il a appris le suisse-allemand, et qui a bénéficié d’un visa humanitaire exceptionnel grâce au Cosunam et s’est rendu en Suisse dans des conditions dramatiques.

    Après chaque plat, les prises de parole des intervenants n’en ont été que plus écoutées. Car, comme le ditJean de La Fontaine, en conclusion de sa fable Le Milan et le Rossignolventre affamé n’a point d’oreilles… 

    Au menu de ce repas typiquement vietnamien:

    Soupe aux raviolis
    Mini rouleaux de printemps - Brochette sur canne à sucre - Salade aux 5 légumesBoeuf sauté aux poivrons et gingembre - Riz jasmin parfumé
     
    Beignet aux pommes - Taro au riz gluant
     

     

     

     

     

     

    Entre l’entrée et le plat principal ont été projetés des extraits du documentaire intitulé Ultralibéralisme 2 et dictature, diffusé sur la chaîne M6 le 6 avril 2025. Ces extraits représentaient dix minutes sur un total d’une heure d’Enquête Exclusive, laquelle peut être visionnée sur Dailymotiondans son intégralité.

    Les maîtres de cérémonie de la soirée étaient mes amis Nguyen Tang Luy et Sébastien Desfayes, respectivement Secrétaire Général et Président du Cosunam, que j’ai eu grand bonheur à revoir, après une longue absence, involontaire.

    L’invité d’honneur de la soirée était Nguyen Tien Trung. Celui-ci a milité dès 2006 pour la liberté et la justice au Vietnam, pour que le Parti démocratique du Vietnam puisse participer aux élections, ce qui est impossible dans un pays communiste à parti unique. Après avoir été diplômé de l’INSA de Rennes en 2007, il est retourné au Vietnam. Il a été arrêté en 2009 et condamné à sept ans de prison et trois ans de probation. Il a été libéré plus tôt, en 2014, grâce à l’intervention de l’administration Obama, le Vietnam souhaitant conclure un accord de libre-échange avec les États-Unis…

    Il a donc été en prison pendant cinq ans effectifs, où il a été traité relativement bien, grâce à ses relations aux États-Unis. Ce qui n’était pas le cas d’autres prisonniers, qui subissaient tortures, privations de visites et de courriers… Certains même décédaient…

    Un jour, harcelé par la police, il a contacté plusieurs ambassades et réussi à s’échapper via la Thaïlande pour gagner l’Allemagne où il est réfugié depuis 2023 et où lui, sa femme et ses deux enfants, ont été bien accueillis et aidés financièrement. De là il poursuit ses activités politiques plus que jamais. 

    Si le pays s’est développé ces dernières années, tout le monde n’en a pas profité, loin de là. La Suisse est d’une grande aide parce que les militants au Vietnam savent qu’ils peuvent y trouver refuge, comme cela s’est déjà produit plusieurs fois. Il est à la fois optimiste et réaliste: optimiste parce qu’un changement peut survenir à tout moment, réaliste parce que cela peut durer très longtemps. Il donne l’exemple de l’apartheid qui n’a disparu qu’après 50 ans de lutte.

    Pour lui, c’est un honneur d’avoir pu s’exprimer lors de cette soirée.

    Michel Tran Duc lui succède au micro. Il représente le parti d’opposition Viet Tan. Il est déjà venu plusieurs fois cette année en Suisse qu’il apprécie beaucoup: peut-être devrait-il demander un permis de séjour…

    Il regrette que le Vietnam n’ait pas saisi les occasions de se développer plus tôt:

    • en 1975, après la réunification, ses dirigeants ont mené une politique de rétorsion, de vengeance: ils ont attendu 1986 avant d’adopter l’économie de marché;
    • en 1989, après la chute du mur de Berlin, et, en 1991, après celle de l’Union soviétique, ils auraient pu faire le choix de la démocratie et de la liberté, ils sont allés chercher l’appui économique de la Chine;
    • en 2005-2006, quand le Vietnam s’est ouvert au monde, il aurait pu rejoindre l’OMC et adopté la liberté économique et la liberté politique, ses dirigeants ont préféré pratiquer un capitalisme sauvage tout en opérant un verrouillage politique.  

    Le Vietnam se développe donc, mais pas comme il le devrait et beaucoup de choses sont sacrifiées, comme la santé ou l’éducation. La croissance est d’autant plus artificielle que, par exemple, beaucoup de produits sont estampillés Vietnam alors que leurs éléments sont fabriqués en Chine et seulement assemblés au Vietnam…

    Les dirigeants du Vietnam ont peur de la société civile, ils la musellent. Viet Tan, et d’autres organisations, au contraire, prônent

    • la possibilité de s’organiser librement, ce qui permettrait au pays de faire aussi bien que Taïwan ou la Corée du Sud,
    • la réforme de l’éducation libérée du marxisme-léninisme,
    • l’abandon de la dépendance à la Chine,
    • la construction d’une véritable économie de marché, 
    • la lutte contre la prévisible catastrophe écologique provoquée par les barrages édifiés par la Chine en amont du Mékong, dont le delta, situé au Vietnam, s’enfonce dans la mer…

    Membre du bureau permanent  et vice-présidente du Cosunam, Nguyen Xuan Trang est la dernière intervenante. Elle est arrivée en Suisse à l’âge de sept ans, parmi les boat people. Aujourd’hui elle est médecin généraliste. En plus de ses activités politiques et professionnelles elle s’est découvert un talent de conteuse. Elle a donc lu un conte poétique, La dame du lotus, très applaudi.

    Heureux d’avoir retrouvé nombre d’amis vietnamiens et suisses, je continue de faire mienne, entre autres, la devise du Cosunam: “Lorsque les hommes sont libres de choisir, ils choisissent la liberté.”

    par Francis Richard

     

    (*) Dans la salle il y avait, par exemple, Cyril Aellen, Conseiller national, membre du Parti Libéral-Radical, Serge Dal Busco, ancien Conseiller d’Etat du Centre,  Nicolas Walder, Conseiller d’État, membre des Verts, Michel Rossetti, ancien Maire PLR de Genève, Michel Pomatto , Conseiller administratif socialiste et de nombreux députés et amis de tous les partis politiques réunis pour la même cause.

    En compagnie de Nguyen Tien TrungFrancis Richard en compagnie de Nguyen Tien Trung
     
     
     
     
  • Dramatique extradition du réfugié Y Quynh Bdap en Thaïlande

    Dramatique extradition du réfugié Y Quynh Bdap en Thaïlande

    Y Quynh Bdap, 32 ans, est un réfugié reconnu par le HCR qui a fui en Thaïlande depuis 2018. Le Vietnam l’avait jugé par contumace en janvier 2024, l’accusant d’être l’instigateur des attaques armées qui ont eu lieu le 11 juin 2024 dans les hauts plateaux du centre du pays, dans la province de Dak Lak.  Accusation que Bdap a toujours farouchement nié et rejeté par la voix de son avocat. Défenseur des droits des minorités et des religions de l’ethnie Rhade, Bdap avait cofondé une organisation civile non gouvernementale en 2019. Amnesty International , le Cosunam et une dizaine de ONG avaient exhorté les autorités thaïlandaises à résister aux demandes de renvoi forcé de Y Quynh Bdap, le gouvernement vietnamien étant connu depuis longtemps pour sa répression systémique du droit des groupes ethniques minoritaires notamment de confession protestante.

     

    En moins de 48 heures après que la cour d’appel thaïlandaise ait rendu son verdict d’extradition le 26 novembre , l’activiste des droits de l’homme Y Quỳnh BĐăp a été secrètement remis aux autorités vietnamiennes. Cette procédure d’extradition s’est déroulée si rapidement que des organisations internationales de surveillance des droits de l’homme, comme Human Rights Watch et Amnesty International, ont été prises sans possibilité à temps de recours .

    Pour ce pays si accueillant en matière de tourisme, candidat pour un siège dans le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, cette décision est surprenante voire incohérente.

    Le tribunal de recours a même reconnu que Y Quỳnh BĐăp bénéficiait effectivement du statut officiel de réfugié des Nations unies, mais a néanmoins estimé qu’il « ne risquait pas un traitement inhumain » au retour au Vietnam, malgré la sinistre réputation des camps de détention pour les activistes et opposants politiques du régime.

    Depuis des années , le régime vietnamien procède à une répression transnationale par des pressions diplomatiques et commerciales sur certains pays d’Asie notamment en Thailande et au Cambodge. Il n’hésite pas non plus à recourir dans ces pays à des enlèvements  comme ce fut le cas pour Duong Van Thai en 2023. L’Allemagne en connait un épisode en 2017 lors du kidnapping en plein Berlin d’un ressortissant vietnamien Trinh Xuan Thanh , apparatchik en fuite et demandeur de statut de réfugié en Allemagne.

    Fin décembre 2025,  YQuynh Bdap est réapparu publiquement à la TV d’Etat vietnamien dans une émission spéciale de la police vietnamienne. En tenue de prisonnier, il s’est livré à un long exercice de confession de ses “crimes” notamment sa participation à des attentats et a demandé la clémence de l’Etat. En bref, pendant cette séance , il a reconnu toutes les accusations formulées par le Vietnam , lesquelles avaient pourtant fait l’objet de démentis les plus fermes de la part de ses avocats et des NGO auparavant pendant ses longues années d’exil en Thaïlande. 

    Nous ne sommes pas sans savoir ce que peuvent valoir des aveux publiques de prisonniers politiques obtenus dans les geôles de régime à parti unique où il n’y a ni liberté d’expression ni de pouvoir judiciaire indépendant. 

    Aujourd’hui , l’important est que l’intégrité physique de YQuynh Bdap soit préservée et qu’il puisse bénéficier de conditions de détention convenables. Le Cosunam a ainsi exhorté le DFAE par l’intermédiaire de son ambassade à Hanoi à obtenir régulièrement des nouvelles de ce dernier.

  • Lettre à Pham Doan Trang, 47 ans, journaliste et écrivaine.

    Lettre à Pham Doan Trang, 47 ans, journaliste et écrivaine.

    Chère Phạm Đoan Trang,

    A ce jour, nous n’avons jamais eu le privilège de vous rencontrer. Par contre, nous avons eu la chance de rencontrer votre mère Mme Thien Can lorsqu’elle a pu venir en Suisse pour recevoir en votre nom le grand prix Martin Ennals de la Ville de Genève  en juin 2022 .

    Les membres du Cosunam à Genève avec Mme Thien Cam , la mère de Pham Doan Trang en juin 2022

    Nous suivons avec beaucoup d’intérêt l’espace médiatique de valeur que vous avez contribué à bâtir — Legal Initiatives for Vietnam et The Vietnamese Magazine. Les articles y sont pertinents et constructifs,

    Ce mois-ci, Svenska PEN vous a décerné le Prix Tucholsky 2025 pour votre « combat inlassable en faveur de la liberté d’expression et de la démocratie au Vietnam ». Le monde vous honore comme écrivaine et défenseur des droits humains alors que le régime vietnamien vous enferme comme une criminelle depuis ….

    Votre véritable “crime” a été de promouvoir la notion du Droit  et d’avoir voulu instruire plutôt que renverser. Par vos livres, vous avez donné aux Vietnamiens les mots et les concepts pour comprendre leur système politique. Pour cela, l’État vous a condamnée à neuf ans de prison en 2020.

    Nous avons lu vos récits des violences, de la surveillance constante, de votre refus de l’exil malgré les menaces. 

    « Je ne veux pas la liberté pour moi seule ; ce serait trop facile. Je veux quelque chose de plus grand : la liberté pour le Vietnam. »

    Ils vous ont enfermée, mais ils n’ont pas pu confisquer vos idées. Les éditions indépendantes Luật Khoa, The Vietnamese Magazine et Legal Initiatives for Vietnam poursuivent aujourd’hui l’œuvre que vous avez initiée — celle d’un journalisme indépendant et d’une société plus juste.

    Les distinctions internationales sont précieuses, mais elles resteront creuses sans un appel persistant à votre libération. Nous essayons d’apporter notre contribution et espérons vous voir libre dans un nouveau et meilleur Vietnam.

  • Le Vietnam  deviendra t’il un nouveau Singapour dans un proche avenir ?

    Le Vietnam deviendra t’il un nouveau Singapour dans un proche avenir ?

    Il y a quelque chose de fascinant dans l’admiration que portent les dirigeants vietnamiens à Singapour. À chaque visite officielle, à chaque discours sur la « modernisation » et le « développement », la cité-État revient comme un modèle indépassable. En mars dernier, le secrétaire général Tô Lâm l’a encore qualifiée d’« exemple de réussite asiatique ».

    Mais à Singapour, le miracle économique n’a jamais existé sans une vision politique. Et c’est précisément cette dimension que Hanoï refuse obstinément de regarder en face.

    Lee Kuan Yew, fondateur du Parti d’action populaire (PAP), n’a jamais réclamé le droit de diriger « absolument » son pays. Aux législatives du 3 mai dernier, le PAP a remporté 65,6 % des voix – un score solide mais loin du plébiscite. Onze partis d’opposition ont pu concourir librement, et le Parti des travailleurs a conservé dix sièges au Parlement. La compétition est réelle, la transparence aussi : les résultats complets sont publiés en ligne.

    Le contraste est saisissant. Au Viêt Nam, les scrutins se soldent par des résultats de 95 à 99 % pour le Parti communiste, dans un pays où tout projet politique alternatif est réprimé avant même d’exister.

    Or, c’est la pluralité, non la soumission, qui a fait la force du modèle singapourien. Lee Kuan Yew a bâti un État fondé sur la méritocratie, l’efficacité administrative et l’État de droit. Le capital humain y est considéré comme la ressource la plus précieuse : une éducation publique exigeante, accessible à tous, et une culture du mérite qui ne tolère ni la corruption ni le népotisme.

    La leçon singapourienne que le Viêt Nam refuse d’apprendre

    Le modèle de Singapour ne réside pas seulement dans les gratte-ciel 

    Aujourd’hui, le Premier ministre Lawrence Wong est diplômé des universités du Wisconsin, du Michigan et de Harvard. Au Viêt Nam, rares sont les hauts responsables ayant reçu une formation équivalente en économie ou en administration publique. Des générations de jeunes Vietnamiens formés à l’étranger rentrent au pays pleins d’espoir, mais beaucoup repartent vite : le système n’a pas de place pour eux.

    Comme le rappelait le professeur Ilian Mihov, doyen de l’INSEAD, la vraie réussite de Lee Kuan Yew n’a pas été d’imaginer des politiques économiques brillantes, mais de construire des institutions solides – un État de droit, une administration intègre et un gouvernement capable d’écouter son peuple.

    À Singapour, le PAP reste dominant, mais non unique. Il gagne parce qu’il convainc, non parce qu’il interdit la concurrence. Il reste au pouvoir parce qu’il s’ajuste aux attentes des citoyens : ces dernières années, il a renforcé les politiques sociales, accéléré la construction de logements abordables et mis en place des programmes de garde pour enfants et personnes âgées. La compétition démocratique ne l’a pas affaibli, elle l’a obligé à se renouveler.

    Voilà la leçon que le Viêt Nam s’obstine à ignorer : la stabilité politique ne vient pas du contrôle, mais de la légitimité. Un parti n’a pas besoin d’éliminer toute opposition pour durer – il doit simplement mériter la confiance de ceux qu’il gouverne.

    Tant que Hanoï ne comprendra pas que la force d’un modèle ne réside pas seulement dans les gratte-ciel, mais dans les institutions qui les ont rendus possibles, « suivre l’exemple singapourien » ne sera qu’un slogan de plus.

    Hoang Mai / The Vietnam Magazine

    https://www.thevietnamese.org/2025/10/the-singaporean-lesson-viet-nam-ignores-why-politics-not-just-economics-is-the-real-model/

  • Mémorial des boat people vietnamiens , honorer le passé pour construire l’avenir

    Mémorial des boat people vietnamiens , honorer le passé pour construire l’avenir

    Depuis 1975, après la chute du Sud-Viêt Nam aux mains des communistes, plus d’un million et demi de Vietnamiens ont quitté leur pays dans des conditions souvent effroyables pour chercher la liberté, la plupart en affrontant la mer sur de frêles embarcations.

    L’exode massif en quête de liberté des boat people vietnamiens doit être partagé avec les générations futures  et le monde entier. Ce sont les objectifs du Mémorial des boat people vietnamiens au Canada 50 ans après cet évènement dramatique.

    Préserver les souvenirs de cet exode douloureux, chérir le patrimoine culturel, sauvegarder l’identité des jeunes générations d’origine vietnamienne partout dans le monde.

    Le musée est en cours de création à Ottawa (Ontario, Canada), par le Centre Vietnamien du Canada, en collaboration avec des associations vietnamiennes locales et internationales dont le Cosunam qui avait édifié la 1ère stèle en souvenir des boat- people en 2005 à Genève.

    https://www.cosunam.ch/wp-content/uploads/VBPM-Brochure-F-Sept.-2025.pdf

    VBPM Brochure (F, Sept. 2025)

    Leadership du projet : M. Lê Duy Cấn, directeur du projet, a déjà réalisé cinq projets communautaires à Ottawa en 35 ans :
    – Rue Saigon Court (1984)
    – Centre vietnamien du Canada (1987)
    – Centre résidentiel Văn Lang (1992)
    – Mémorial du Viêt Nam (1995)
    – Place Saigon (2018)

    Vietnamese Canadian Centre / Museum Project
    P.O. Box 62042, Convent Glen
    Ottawa, ON

    KIC 7H8

    Canada

    Email : ottawavietcancentre@gmail.com
    Site web : www.vietnamesecanadiancentre.ca

     

  • Fête de la Mi-automne 2025 , une excellente  édition 2025

    Fête de la Mi-automne 2025 , une excellente édition 2025

    Notre comité a participé à la fête traditionnelle de la Mi-automne organisée comme chaque année par Rose Lâm Thê Hông, notre Madame Communauté , compétente et inlassable organisatrice des soirées mixtes des Vietnamien(nes) de Suisse romande depuis des décennies.

    C’est dans la grande salle de spectacles de Renens à Lausanne que s’est installée cette année l’équipe d’organisation de ce spectacle traditionnel pour le plus grand plaisir des enfants de la communauté vietnamienne et leurs camarades suisses , couples mixtes réunis dans une ambiance typiquement asiatique.

    Le spectacle particulier étai celui de la légende “Chu Cuôi” ( voir l’histoire ci-dessous).

    Avec plus de 300 personnes présentes dans la salle, avec la performance sur scène des petits enfants comédiens amateurs mais motivés et artistes dans l’âme, de belles chansons et textes repris en choeur par les participants,  tous les ingrédients étaient ainsi réunis pour que cette nouvelle édition 2025 soit une parfaite réussite.

    Avec nos chaleureux remerciements à Mme Rose Thê Hông pour son dévouement infatigable et son talent de chef de scène.

     

    La légende de Chú Cuội

    Dans l’imaginaire vietnamien, la pleine lune de la mi-automne est souvent reliée à l’unité familiale, à la lumière, la paix. Le moment de raconter cette histoire fait partie des traditions les plus anciennes et appréciées par les  enfants qui écoutent la légende, observent la lune et savourent des gâteaux de lune.

    Cuội est  un modeste bucheron qui, en se promenant dans la forêt, découvre un arbre banyan aux propriétés miraculeuses pouvant guérir et même ressusciter les morts… un arbre aux pouvoirs surnaturels. 

    Un jour, sa femme est gravement blessée par un tigre, il la ramène à la vie en la recouvrant des feuilles de l’arbre. Mais elle perd la mémoire et devient confuse suite à ce drame.

    Un jour, la femme, distraitement ou par maladresse, arrose l’arbre avec de l’eau souillée,  ce à quoi Cuội l’avait pourtant mis en garde. L’arbre commence à s’élever vers le ciel avec toutes ses racines au grand désespoir de Cuôi qui s’y agrippe désespérément.

    Celui-çi ne pouvant lâcher l’arbre, est ainsi transporté malgré lui vers la Lune. Depuis, on raconte que lorsqu’il y a la pleine lune, on peut distinguer la silhouette d’un banyan et d’une ombre (celle de Chu Cuội) assis et méditant sous l’arbre. 

  • L’activiste Trịnh Bá Phương condamné à 11 ans de prison supplémentaires

    L’activiste Trịnh Bá Phương condamné à 11 ans de prison supplémentaires

     
    ĐÀ NẴNG (Vietnam), 27 sept 2025 – Le tribunal populaire de Đà Nẵng a condamné samedi l’activiste Trịnh Bá Phương à 11 ans de prison supplémentaires, s’ajoutant à une peine antérieure de 10 ans, ont rapporté sa famille et des organisations de défense des droits humains. Il devra purger au total 21 ans de détention, assortis de cinq ans de mise à l’épreuve.
    Le procès, officiellement « public », s’est déroulé à huis clos, sans la présence de ses proches ni des diplomates allemands, britanniques et européens, tenus à l’écart par un important dispositif policier. Selon ses avocats, la défense a été systématiquement interrompue et Phương a été jugé in absentia.
    L’affaire repose sur une banderole trouvée dans sa cellule, portant des slogans critiques du Parti communiste, dont il nie être l’auteur.
    Sa famille, dont cinq membres sont actuellement détenus pour un total de plus de 40 années de prison, a dénoncé une décision « injuste » et remercié les soutiens internationaux.
     
     
    Pour les prisonniers politiques les plus persévérants Trình Ba Phuong et sa famille , pour Lê Dinh Luong et tant d’autres, la “ nouvelle ère du nouveau Vietnam et d’acceptation mutuelle de la différence “ n’est pas encore d’actualité.
  • Diaspora vietnamienne : entre mémoire et nouvelles réalités

    Diaspora vietnamienne : entre mémoire et nouvelles réalités

    Le texte qui suit est inspirée par un écrit récent d’un ancien prisonnier politique Lê Quoc Quân . Le Cosunam et de nombreuses ONG des droits humains s’étaient engagés pour sa libération au début des années 2010. Il vit actuellement aux Etats-Unis. 

    Les commémorations et les nombreuses manifestations  lors de la date du 30 avril de chaque année par la diaspora vietnamienne exilée dans différents pays et villes du monde (quelques 2 millions dans le monde) symbolisaient pendant 50 ans la persistance d’une mémoire et d’un idéal pour un Vietnam libre et non communiste. Les temps ont évolué.

    A ce jour, de nombreux vétérans, militants et activistes continuent d’évoquer la « cause nationale » et la lutte démocratique, mais le contraste est évident : la génération des années 1975 vieillit, les assemblées deviennent rares, les drapeaux jaunes de la liberté aux 3 bandes rouges sont moins voyants et les thèmes liés aux prisonniers politiques et aux droits de l’homme cèdent beaucoup plus la place aux évènements culturels et sociaux dans les communautés. Les attentes excessives vis-à-vis des actions des dissidents au Vietnam, souvent modestes et dispersés, ont conduit à des déceptions. De leur côté, beaucoup de Vietnamiens d’outre-mer privilégient désormais la vie quotidienne dans leur pays d’accueil et l’intégration de leur familles notamment avec l’apparition de la troisième génération.

    Pendant ce temps, au Vietnam, la transformation est rapide : urbanisation, dynamisme économique et création d’usines de produits du monde, jeunesse connectée et friande de loisirs occidentaux , tourisme de masse . Des Vietnamiens de l’étranger y retournent, partagés entre adaptation aux règles de cette nouvelle société et critique des excès du capitalisme rouge avec son lot de corruption et d’injustice.

    Dans les communautés religieuses, naguère si vindicatives, le discours publique critique est devenu prudent. Bonzes, prêtres et fidèles craignent de compromettre leurs liens avec l’Etat, nécessaires pour développer leurs activités caritatives. 

    Pourquoi ce nouveau paradigme ? Au Vietnam, malgré des progrès sociaux et économiques, la question politique reste totalement verrouillée par un régime policier constamment aux aguets. A défaut d’être aimé ou respecté, le parti néo-communiste reste redouté par la population notamment après la répression des émeutes dans tout le pays en juin 2018 contre les zones économiques cédées à Pékin. Et depuis quelques années, les pays occidentaux ont placé en priorité leurs relations commerciales avec le Vietnam au détriment des questions de droits de l’homme. Real politik et business first !

    Quelques figures de la diaspora continuent d’agir : anciens prisonniers et activistes en exil, militants engagés dans différentes organisations . Leur persistance maintiennent le feu de la cause démocratique après leur exil . Ils sont rejoints depuis quelque temps par les membres de minorités montagnardes persécutés et par des collectifs de jeunes travailleurs du Vietnam partis à l’étranger souvent clandestinement.

    Entre mémoire des répressions des années septante, des exactions et fausses promesses d’un régime  communiste, des contraintes de l’exil depuis un demi-siècle et du constat de l’évolution rapide de leur pays d’origine,  la diaspora vietnamienne se retrouve à un carrefour difficile dans sa recherche pour un meilleur Vietnam.

  • Message aux zélateurs des affaires au Vietnam

    Message aux zélateurs des affaires au Vietnam

    Les droits humains, parents pauvres des affaires au Việt Nam

    Au Việt Nam, les droits humains restent un concept théorique, rarement appliqué, et encore moins dans le monde des affaires. Malgré des discours officiels exaltant liberté et développement humain, la réalité est marquée par l’exploitation et l’absence de protection pour les travailleurs les plus vulnérables.

    Dans les pays démocratique d’Asie comme au Japon, Corée du Sud ou Taiwan, les évaluations d’impact sur les droits humains sont devenues une norme intégrée à la gouvernance d’entreprise. Ces mécanismes impliquent transparence, supervision indépendante et participation de la société civile. Or, au Việt Nam, les voix critiques sont muselées, les syndicats indépendant interdits et les ONG limitées dans leurs actions, rendant illusoire tout contrôle effectif.

    Autre obstacle : la complaisance des géants du numérique. Pour préserver leurs parts de marché, Meta et Google cèdent aux exigences de l’État, censurant des contenus sensibles et livrant des données d’utilisateurs. En marginalisant la société civile et la liberté d’expression, ils favorisent un espace public étouffé, dominé par un divertissement superficiel, au détriment de la pensée critique.

    Entreprises Technologiques et droits de l’homme en Asie

    Derrière ce tableau se pose la question centrale : au Việt Nam, les droits humains passeront-ils toujours après les impératifs économiques ? Tant qu’ils ne seront pas perçus par le régime vietnamien comme un atout stratégique pour la durabilité, la réputation et la compétitivité des entreprises, ils resteront un slogan sans effet.

    Le véritable développement pour le Vietnam ou “la nouvelle ère de croissance” prônée par son nouveau dirigeant Tô Lam ne se mesure pas seulement en croissance et en dollars , mais aussi en dignité, en innovation et en liberté.

  • La “ Nouvelle ère pour le Vietnam “ pronée par son président Tô Lâm n’a pas commencé pour le citoyen Lê Đình Lượng.

    La “ Nouvelle ère pour le Vietnam “ pronée par son président Tô Lâm n’a pas commencé pour le citoyen Lê Đình Lượng.

    La “ Nouvelle ère pour le Vietnam “ pronée par son président Tô Lâm n’a manifestement pas commencé pour le citoyen et prisonnier politique Lê Đình Lượng.
     
    Lê Dinh Luong est un blogueur, militant vietnamien pour la démocratie et membre actif de la communauté catholique. Né le 10 décembre 1965, il s’est engagé très tôt dans la défense des droits humains et la critique du régime vietnamien sur les réseaux sociaux. Il a participé à de nombreuses campagnes, notamment en soutien aux activistes emprisonnés et aux victimes d’atteinte à l’environnement. Figure marquante, il s’est illustré lors de la crise des côtes maritimes du Centre Vietnam par l’usine sidérurgique de Formosa en 2016 , militant pour l’indemnisation des pêcheurs victimes de la pollution massive. Le Cosunam s’était fortement mobilisé à l’époque pour répercuter l’information auprès de ses relais politiques et de l’opinion publique.
     
     

    Arrêté en 24 juillet 2017, Lê Dinh Luong a été jugé en août 2018 lors d’un procès expéditif et condamné à 20 ans de prison et 5 ans d’assignation à résidence pour « tentative de renversement de l’État », l’accusation lui reprochant notamment d’avoir documenté la répression politique et la catastrophe de Formosa.

    A ce jour , Lê Dinh Luong est toujours emprisonné au Vietnam dans le sinistre camp de Ha Nam. Il est reconnu comme prisonnier d’opinion par de nombreuses ONG, telles qu’Amnesty International, Reporters sans frontières et Human Rights Watch. Ses proches signalent des difficultés à obtenir des visites et des informations sur son état de santé, une pratique fréquente à l’égard des prisonniers politiques ” récalcitrants” au Vietnam.
     
    Depuis début juin 2025, de sources concordantes , placé en isolation totale, sa santé s’est nettement détériorée et sa famille se voit interdire tout droit de visite ou de fourniture de médicaments nécessaires.
     
    Elle en alerte désespérément les ONG et l’opinion publique. Avec le soutien de trois Conseillers nationaux de l’Assemblée fédérale suisse, MM Vincent Maitre ( Le Centre) , Cyril Aellen ( PLR ) et Nicolas Walder ( Verts) de la Commission de politique extérieure , le Comité Suisse-Vietnam a fait une démarche urgente auprès du DFAE pour qu’une visite humanitaire au lieu de détention soit entreprise par un représentant de l’ambassade suisse à Hanoi au Vietnam. 
     
    Lê Dinh Luong incarne la résistance pacifique contre la répression vietnamienne, à la fois comme blogueur, militant catholique et défenseur actif des droits sociaux et environnementaux. Sa situation actuelle reste celle d’un prisonnier politique persécuté malgré l’appel du nouveau président To Lam pour un “consensus sur la différence” et ” de compréhension mutuelle” entre régime autoritaire en place et opposition civile.
  • Vietnam sous Tô Lâm : Modernisation autoritaire et ouverture contrôlée

    Vietnam sous Tô Lâm : Modernisation autoritaire et ouverture contrôlée

    Vietnam sous Tô Lâm : Modernisation autoritaire et ouverture contrôlée

    Depuis l’arrivée de Tô Lâm à la tête du Parti communiste vietnamien (PCV) en 2024, le Vietnam s’est engagé dans une phase ambitieuse de réformes administratives et économiques. Mais cette dynamique de modernisation reste circonscrite à l’économie et à l’appareil d’État : aucune ouverture politique réelle n’accompagne ces changements. L’ère que Tô Lâm qualifie lui-même de « montée nationale » suscite autant d’espoirs que d’interrogations, notamment au sein de la diaspora vietnamienne, traditionnellement soucieuse des questions de libertés, de reconnaissance et de participation.

    Modernisation technocratique mais sous contrôle politique

    Ancien ministre de la Sécurité publique, Tô Lâm incarne un réformateur pragmatique, porté par la volonté de rationaliser l’appareil d’État, de combattre la corruption et de stimuler l’innovation. Il encourage la fusion des administrations, la réduction des effectifs publics et l’introduction de modes de gestion inspirés du secteur privé. Ces réformes, saluées par une partie des milieux d’affaires et des investisseurs, visent à renforcer la compétitivité du pays et à attirer des talents, y compris au sein de la diaspora.

    Mais cette modernisation reste étroitement contrôlée. Le monopole politique du PCV demeure intact, la censure reste active, et aucune avancée significative n’est constatée en matière de libertés publiques ou de pluralisme politique. La répression des voix critiques, la surveillance renforcée des réseaux sociaux et l’absence d’espace autonome pour la société civile confirment le caractère autoritaire du régime, où toute contestation frontale reste sévèrement sanctionnée.

    Une certaine ouverture sélective envers la diaspora

    Vis-à-vis de l’importante diaspora et quant à son rôle, le Vietnam multiplie les gestes d’ouverture : facilitation de la double nationalité, simplification des démarches administratives, accès élargi à la propriété et reconnaissance officielle du rôle « précieux » des Vietnamiens de l’étranger. Ces mesures séduisent une partie des expatriés, notamment les jeunes générations et les entrepreneurs, qui y voient une opportunité de contribuer au développement du pays, de renouer avec leurs origines et de mettre leurs compétences au service du Vietnam.

    Cependant, une méfiance tenace persiste, notamment parmi les exilés politiques et les réfugiés des générations précédentes, marqués par l’expérience de la répression et de l’exil forcé. Beaucoup perçoivent ces initiatives comme des mesures utilitaristes, destinées à capter ressources et savoir-faire, sans volonté réelle de reconnaissance historique ni de réconciliation politique. L’absence de réformes démocratiques et de garanties solides en matière de droits humains limite la portée de ces gestes, notamment pour les membres de la diaspora attachés aux valeurs de liberté, de justice et de vérité.

    Trinh Ba Phuong, prisonnier de conscience et tant d’autres

    Une société vietnamienne résiliente, sous contraintes

    Qu’en est -il de la population vietnamienne ? À l’intérieur du pays, la société vietnamienne fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation. Elle exploite les marges de manœuvre tolérées — notamment sur les réseaux sociaux — et navigue avec pragmatisme dans les limites imposées. Mais toute forme d’opposition structurée reste marginalisée ou réprimée. Le discours officiel valorise la stabilité et la croissance économique, et la diversité des opinions n’est admise que dans les strictes limites fixées par le régime.

    La diaspora, un levier stratégique mais critique

    Dans ce contexte, la diaspora vietnamienne représente un acteur clé pour l’économie et l’image du pays. Elle joue un rôle de passerelle pour les investissements, l’innovation et le transfert de compétences, tout en promouvant la culture vietnamienne à l’international. Nombreux sont ceux qui souhaitent contribuer à la modernisation du pays, proposer des pistes de réforme et renforcer les liens avec les autorités. Mais cette dynamique positive s’accompagne d’une vigilance constante sur la nature réelle des réformes et sur le respect effectif des libertés fondamentales.

    Conclusion

    L’ère Tô Lâm ouvre une phase de modernisation économique et d’ouverture partielle, qui offre de nouvelles opportunités de coopération avec la diaspora. Mais cette ouverture reste strictement encadrée, sans remise en cause des verrous politiques ni reconnaissance des mémoires blessées du passé.

    La confiance de la diaspora ne pourra être pleinement restaurée qu’au prix d’une ouverture politique authentique et d’une reconnaissance de la pluralité des voix et des récits. Pour la diaspora engagée, contribuer au développement du Vietnam est une perspective à la fois possible et souhaitable, à condition qu’elle s’accompagne d’une exigence constante de vérité, de justice et de respect des droits fondamentaux.

    Des pays d’Asie, anciennes dictatures comme la Corée du Sud, Taïwan ont réussi ce pari de la transition démocratique en son temps. Pourquoi pas le Vietnam, riche en ressources naturelles avec une population hautement laborieuse et assoiffée de technologie nouvelle ?

  • Vietnam : le procès de l’activiste Trịnh Bá Phương prévu le 27 septembre à Đà Nẵng

    Vietnam : le procès de l’activiste Trịnh Bá Phương prévu le 27 septembre à Đà Nẵng

    Vietnam : le procès de l’activiste Trịnh Bá Phương prévu le 27 septembre à Đà Nẵng

    Le Tribunal populaire de Đà Nẵng a annoncé que le procès en première instance de l’activiste pour les droits fonciers Trịnh Bá Phương se tiendra le 27 septembre. Déjà condamné en 2021 à dix ans de prison pour « propagande contre l’État » après avoir diffusé des informations sur l’expropriation sanglante du village de Đồng Tâm et l’assassinat du chef du village Lê Đình Kình ( image ci-dessous), il est de nouveau poursuivi en vertu de l’article 117 du Code pénal, après la découverte dans sa cellule d’une banderole jugée hostile.

    Pour rappel : Dông Tâm est un village, situé à environ 25 km au sud-ouest de Hanoi, opposé à l’expropriation de ses champs de culture et qui a subi une descente brutale de la police en janvier 2020 au cours de laquelle le chef du village M. Lê Dinh Kinh a été sommairement exécuté.

    Selon son avocat, Trinh Ba Phương reste lucide malgré un état de santé fragile, conséquence d’une grève de la faim menée l’an dernier.

    Les ONG de défense des droits humains dénoncent l’usage répété de l’article 117 pour réprimer les voix dissidentes. « Cette disposition vague et arbitraire est régulièrement utilisée pour emprisonner les voix critiques », a déclaré Human Rights Watch, appelant le gouvernement vietnamien à « abandonner les charges et à libérer immédiatement Trịnh Bá Phương ainsi que les membres de sa famille ».

     

  • 30 avril 1975 – 30 avril 2025  Cinquante ans de patience et de résistance

    30 avril 1975 – 30 avril 2025 Cinquante ans de patience et de résistance

    30 avril 1975 – 30 avril 2025

    Cinquante ans de patience et de résistance / par Thierry Oppikofer ( Ancien président-fondateur du Cosunam)

    Le 30 avril dernier, quatre-vingts personnes étaient réunies au Parc du Château Pictet au Grand-Saconnex, devant la stèle en mémoire des boat-people qui se dresse là depuis vingt ans grâce au Cosunam et au courage des autorités de cette commune… hors du commun. La raison de ce rassemblement? Le cinquantième anniversaire du triste moment où la République du Sud-Vietnam a dû admettre la victoire des communistes du Nord, le dernier jour d’avril 1975.

    Ce jour-là marque le début de règlement de comptes et d’exactions dont ce type de régime est capable. La population effrayée a vu s’abattre sur elle une chape de plomb et nombreux sont celles et ceux qui n’ont discerné d’autre issue à cette triste situation que la fuite, en bateau et dans des conditions atroces, vers des pays voisins, puis vers des havres d’accueil occidentaux. On estime à près de deux millions le nombre de départs, à près d’un quart de ce total celles et ceux qui y ont perdu la vie, du fait des pirates thaïlandais, des naufrages ou simplement de l’insuffisance d’eau potable et de vivres.

    En 2005, le Grand-Saconnex, qui abrite sur son sol des légations – dont celle du Vietnam – et des institutions internationales, a été la première commune à ériger un monument aux boat-people, saluant la mémoire des disparus et exprimant la reconnaissance des survivants à leurs pays d’adoption. Honneur aux conseillers administratifs de l’époque: Elisabeth Boehler, Marcel Monney et Jean-Marc Comte. Fidèles à leurs valeurs, ils étaient aussi là cette année, au côté de leur successeur Laurent Jimaja, maire du Grand-Saconnex qui a inauguré cette cérémonie du souvenir.

    Stèle des Boat-people 2025
    Khai Nguyen Dang et Laurent Jimaja, maire du Grand-Saconnex

     

    La députée Masha Alimi représentante du Conseiller d’Etat Pierre Maudet

    Les personnalités attachées à la défense de la liberté au Vietnam étaient d’ailleurs nombreuses ce jour-là: les conseillers nationaux Cyril Aellen et Vincent Maitre; les députés Sébastien Desfayes (président du Cosunam), Natacha Buffet-Desfayes, Thierry Oppikofer (ancien président-fondateur du Cosunam), Masha Alimi (représentant le conseiller d’Etat Pierre Maudet); l’ancien conseiller d’Etat Serge Dal Busco; l’ancien maire de Genève et pilier du Cosunam Michel Rossetti. Pascale Wavre, veuve du regretté député et président du Cosunam Rolin Wavre, était aussi présente.

     

    Vincent Maitre, Sébastien Desfayes, Natacha Buffet-Desfayes, Cyril Aellen, Pierre-Yves Comte, Valentino Cavalieri
    Serge Dal Busco et Michel Rossetti 2025

    Des représentants de la communauté vietnamienne entouraient « l’irremplaçable » secrétaire du Cosunam Luy Nguyen Tang et Khai Nguyen Dang, qui a présenté les orateurs et assuré, avec Xuân- Trang Nguyen la traduction français-vietnamien et l’inverse. Des délégations des cantons de Vaud, de Berne, de Lucerne et de Zurich, le père supérieur Thanh Nguyen Ngoc de la communauté catholique vietnamienne de Suisse, les bonzesses de la pagode Linh Phong et la représentante de l’Eglise évangélique réformée Khanh Bourodimos ont apporté une haute tenue spirituelle à l’événement. Chaque participant a allumé un bâton d’encens pour honorer les défunts en Mer de Chine ou Mer Orientale pour les Vietnamiens.

     

    En 1992, le journal du Cosunam écrivait, en évoquant la chute espérée du régime communiste: «Ce jour-là, le combat du Cosunam ne sera pas terminé. Il faudra se mobiliser pour la construction du Vietnam libre, pacifique et prospère que nous espérons voir demain s’édifier sur les ruines d’une dictature anachronique». Cet espoir est toujours là, deux décennies plus tard, et l’anachronisme n’a fait que s’amplifier.

    Thierry Oppikofer ( Ancien président-fondateur du Cosunam)

  • Cinquante ans après, les Vietnamiens à la recherche d’une unité de conscience

    Cinquante ans après, les Vietnamiens à la recherche d’une unité de conscience

    50 ans après le 30 avril 1975 — Un recul suffisant pour voir clair et pour définir un changement. 

    (Cette traduction se veut être une interprétation sommaire d’une publication récente de Tran Huynh Duy-Thuc, activiste vietnamien très connu, récemment libéré à fin 2024 par le régime après plus de 15 ans d’emprisonnement . Il avait toujours refusé une libération anticipée en contre-partie d’un exil.

    Pour voir le texte original, https://www.facebook.com/share/p/1CQS4ZmidY/

     Le 30 avril 1975 est commémoré différemment selon les Vietnamiens  : jour de “libération et victoire ” pour le régime communiste actuel, de “deuil national et de honte” pour les exilés et réfugiés politiques ou de “réunification du Vietnam” pour  les récentes générations d’après guerre.

    Mais un demi-siècle plus tard, ce dont le Vietnam a besoin ne se limite pas à l’unité territoriale : elle a soif d’une unité de conscience.

    On ne bâtit pas l’avenir sur des mémoires divisées et il ne peut y avoir d’unité nationale si la vérité reste triée sur le volet par chaque partie. 

    Cinquante ans après la guerre , le Vietnam émerge comme un tigre d’Asie et un pays en pleine croissance. Mais comment parler de victoire, de démocratie et de libération quand, après cinq longues décennies , les citoyens ne vivent toujours pas dans la liberté d’expression , la justice équitable pour tous et la dignité comme tant d’autres pays d’Asie ? 

    Cinquante ans donnent le recul nécessaire pour regarder le passé avec lucidité tant pour les exilés dans le monde que pour les caciques du régime en place. Il ne s’agit pas d’effacer ni de corriger l’histoire, mais de l’explorer en avant — pour que chacun puisse avancer ensemble pour un meilleur Vietnam. 

    Le courage et la sagesse d’ aujourd’hui seraient de ne plus glorifier ni diaboliser cette date historique du 30 Avril , mais  de regarder en avant pour guérir mais sans effacer le passé , et scruter plus loin pour baliser le chemin vers une véritable démocratie pour le Vietnam.

    La génération d’aujourd’hui n’est pas née pour solder les comptes du passé. Elle a besoin d’un avenir prometteur et d’une liberté d’action pour la réaliser et non pas d’un passé révisionniste ou réducteur.

    Luy Nguyen Tang

    Illustration de Vink

  • Il y a 50 ans, la fin d’une guerre et le début de l’exode

    Il y a 50 ans, la fin d’une guerre et le début de l’exode

    Un article du journal LE TEMPS, grand quotidien de Suisse, publié le 26 avril 2025.
     
    « Cinquante ans après la chute de Saïgon, le fabuleux destin des boat people vietnamiens arrivés en Suisse »
     
    L’article dans le grand journal suisse LeTemps du 26 avril retrace le parcours des réfugiés vietnamiens ayant fui leur pays après la chute de Saïgon en 1975, notamment ceux qui ont trouvé refuge en Suisse. Ces “boat people” ont bravé des conditions périlleuses pour échapper au régime communiste, affrontant la mer sur des embarcations de fortune.
    Une fois en Suisse, ces réfugiés ont dû s’adapter à une nouvelle culture et reconstruire leur vie. Beaucoup ont réussi à s’intégrer, contribuant à la société suisse tout en préservant leur identité culturelle. Certains sont devenus des entrepreneurs prospères, des professionnels respectés ou des membres actifs de la communauté.
    L’article rédigé par Marc Guéniat met en lumière des histoires individuelles illustrant la résilience et la détermination de ces personnes. Il souligne également l’importance de la solidarité et de l’accueil dont ils ont bénéficié en Suisse.
     
    Vous pouvez le lire en cliquant sur l’image de la stèle des boat-people au Grand-Saconnex.
     
     
     
    Message de Pierre Maudet, Conseiller d’Etat de la République et Canton de Genève 2025 ,
    qui a participé à la réalisation de la stèle des boat people en 2005.
     
    À l’heure où nous commémorons ensemble le 50e anniversaire de la chute de Saigon, nos pensées se tournent vers toutes celles et ceux qui ont souffert, combattu et espéré. Cette date symbolise non seulement la fin d’une époque, mais aussi le début d’un long exode pour des milliers de boat people en quête de liberté.
     
    La stèle du Grand-Saconnex, dressée en mémoire de ces vies brisées et de ce courage inébranlable, est un rappel silencieux mais puissant de notre devoir : ne jamais oublier. Elle incarne l’engagement de chacun d’entre nous à faire vivre, au-delà des frontières et des générations, les valeurs universelles de liberté et de dignité humaine.
     
     En cette journée de recueillement, rappelons-nous que la mémoire n’est pas qu’un regard vers le passé; elle est aussi une force pour l’avenir. Elle nous oblige à rester vigilants, à porter la voix de ceux qui ne peuvent plus parler, et à soutenir ceux qui luttent encore aujourd’hui pour un Vietnam libre et respectueux des droits humains.
    Ensemble, continuons de faire vivre cette mémoire pour que jamais les libertés ne s’éteignent.
     
    Avec toute mon amitié et mon soutien fidèle / Pierre Maudet
  • Xuân et Sang Dao, histoire de boat-people en Suisse

    Xuân et Sang Dao, histoire de boat-people en Suisse

    Ils se sont rencontrés après leur fuite du Vietnam : Trong Sang Dao (43 ans, avec un couvre-chef typiquement vietnamien) et Xuan Dao (43 ans) vivent aujourd’hui à Neudorf. (Photo : Pius Amrein / Neue LZ)

    C’est la dernière volonté de son père. La petite Xuan doit quitter le petit village du sud du Vietnam. C’est devenu trop dangereux pour la famille Tran depuis que les chars des troupes nord-vietnamiennes se sont emparés de Saigon le 30 avril 1975 et dominent le sud du pays. Les voisins disparaissent. Les propriétaires de maisons sont expropriés.

    Seule sur un chemin sombre

    Les Trans doivent cacher leurs biens pour échapper aux communistes. Le père tente à plusieurs reprises de fuir la terreur avec sa famille – à chaque fois, c’est un échec. Maintenant, après sa mort, la petite Xuan, âgée de neuf ans, doit quitter seule le pays. Une fuite en solitaire est moins dangereuse, comme l’a prouvé auparavant sa sœur de 15 ans son aînée. Elle a trouvé refuge en Suisse, où elle vit à Lucerne.

    C’est le 29 juillet 1981, un jour de pluie, la mère emmène Xuan chez des parents dans un village au bord de la mer. Elle lui coud une bague en or et un papier dans son chemisier avec l’adresse de sa sœur à Littau. Xuan enfile le haut, un pantalon en jersey, une veste de pluie. La nuit est tombée. « Va-t’en maintenant », dit la mère. La fille obéit.

    La fillette parcourt deux ou trois kilomètres, passe devant des champs, seule sur un chemin sombre. De la boue colle à ses chaussures. « J’avais une peur bleue », raconte Xuan, aujourd’hui âgée de 43 ans. « Moi seule sur un chemin sombre ; je ne pourrai jamais me débarrasser de cette image ».

    Au point de rendez-vous, une maison de pêcheurs, Xuan monte dans un bateau. Elle l’emmène en mer vers un bateau plus grand. Les jours suivants, Xuan s’entasse dans la salle des machines avec une douzaine d’autres réfugiés – sa mère a donné au propriétaire du bateau une partie des économies de la famille comme billet pour le voyage.
    La nourriture et l’eau viennent à manquer. Xuan chante des chansons et prie Dieu. Le septième jour, une femme donne naissance à un enfant, une centaine de Vietnamiens sont maintenant à bord – quelques heures plus tard, ils voient la terre. Une petite île en Indonésie. Au bout d’un mois, un bateau vient les chercher, les réfugiés sont placés dans un centre d’accueil sur une île plus grande. Xuan déchire l’adresse de sa sœur cousue à l’intérieur de son chemisier et la montre aux responsables du camp. Des mois s’écoulent jusqu’à ce qu’elle monte dans un avion et atterrisse à Kloten via Singapour.

    En mémoire des Boat-people

    Nous sommes en février 1982, Xuan aura dix ans dans trois semaines. Elle voit la neige pour la première fois de sa vie. « Je n’oublierai jamais ce moment ».

    Ennemi dans son propre pays

    À cette époque, Trong Sang Dao (43 ans), qui deviendra le mari de Xuan, est déjà dans le canton de Lucerne. Loin de la propagande communiste qu’il entend quotidiennement dans les haut-parleurs de l’école de la ville portuaire de Vung Tàu, à une bonne centaine de kilomètres au sud-est de Ho Chi Minh Ville, l’ancienne Saigon, lorsqu’il est enfant.
    Son père est menuisier et militaire pendant la guerre en tant que soldat de l’armée sud-vietnamienne . Après la fin de la guerre, le père Dao reste vis vis du régime communiste un ennemi dans son propre pays.
    Les premières années d’après-guerre, les Dao patientent. Lorsque de plus en plus d’opposants au régime sont envoyés dans des camps de travaux forcés ou dans des camps dits de « rééducation », la peur du communisme devient plus forte que la peur de mourir en pleine mer. Le père Dao et une famille de pêcheurs prévoient de s’enfuir ensemble dans un bateau. N’importe où, mais pas aux États-Unis. Mais pas dans ce pays qui a abandonné le Vietnam en retirant ses troupes.

    Il préfère aller en Australie ou en Suisse. Trois de ses fils sont déjà arrivés à Sursee. Ils ont profité des contacts de leur oncle, qui s’est formé au sacerdoce à Fribourg dans les années 1960. Depuis, un coucou suisse est accroché dans la maison de Dao. Mais les projets des familles commencent à filtrer. Une fuite est désormais trop dangereuse. La prison menace. Les Dao repoussent leur départ du Vietnam.

     

    Tempête et pirates

    Une nuit, à la mi-juillet 1979, le père Dao saisit par le bras le petit Trong Sang, âgé de sept ans. Il l’emmène vers un petit bateau devant le port. Puis vers un cotre plus grand, d’environ 15 mètres de long et 4 mètres de large. Son frère aîné et quelques membres de sa famille l’attendent déjà. Cette fois, peu de gens sont au courant des projets de Dao. La mère et la sœur restent derrière – si quelque chose devait mal tourner, le père pourrait revenir avec les fils. Si toute la famille y allait, les communistes s’empareraient de la maison et des terres.
    Le cotre motorisé s’éloigne de plus en plus en mer. Les Daos et les 80 autres Vietnamiens se laissent dériver sans but, sans carte, sans boussole. Une tempête se lève, Trong Sang a le mal de mer, les quatre premiers jours en haute mer s’effacent de sa mémoire. Le cinquième jour, quelque part dans le golfe de Thaïlande, cinq grands bateaux encerclent les réfugiés. Des pirates les dépouillent de leurs sacs de voyage, de leur argent, de leurs bijoux et de leurs provisions. C’est maintenant une question de vie ou de mort. Trong Sang prie.

    Quelques jours plus tard, le bateau entre dans le port de Singapour. Les Vietnamiens reçoivent de nouvelles provisions et de l’eau – mais on ne les laisse pas débarquer. Singapour n’accepte pas les réfugiés, elle ne veut pas mettre en péril ses relations avec Hanoï. Un grand navire remorque le bateau de pêche vers la haute mer. « Des dizaines de cargos sont passés devant nous par la suite, mais aucun ne nous a acceptés », raconte aujourd’hui Trong Sang. « Les capitaines des bateaux ne savaient pas ce qui leur arriverait s’ils nous aidaient. Ils nous ont abandonnés à notre sort ».

    Neuf jours après leur fuite, les Vietnamiens atteignent une île au large de l’Indonésie. Ils se dirigent vers le rivage, coulent leur bateau – la même chose qu’à Singapour ne devrait pas leur arriver à nouveau. Les habitants les nourrissent et les aident à entrer en contact avec une organisation de réfugiés. Au bout d’un mois, un bateau vient chercher les Vietnamiens. Le père Dao contacte l’un de ses fils, qui travaille à Sursee chez un fabricant de vêtements.
    Le matin du 9 avril 1980, les Dao débarquent à Zurich-Kloten, neuf mois après leur fuite. « De petites particules blanches flottaient dans l’air », raconte Trong Sang. Pour lui aussi, il s’agissait des premiers flocons de neige. Lui aussi dit : « Je n’oublierai jamais ce moment ».
    « J’essaie de refouler beaucoup de choses ».

    Une nouvelle vie pleine de reconnaissance

    Trong Sang, aujourd’hui informaticien de gestion ES, est assis dans le jardin de sa maison familiale à Neudorf. À côté de lui, sa femme Xuan. « C’est la première fois que j’entends ton histoire de manière aussi détaillée », dit-elle. “J’essaie sans doute de refouler beaucoup de choses”, répond-il.

    Mais il y a des jours et des nuits où il n’y arrive pas. La tête de Trong Sang se met alors à cogner. Aujourd’hui encore, il connaît par cœur les chansons de propagande et les slogans des communistes que lui ont inculqués ses professeurs au Vietnam. « Soudain, ces mélodies refont surface, tout comme les images de ma fuite ». Surtout maintenant, alors qu’il entend quotidiennement parler de réfugiés en bateau et de morts en Méditerranée. « Les réfugiés actuels ont le même destin que nous, les Vietnamiens, il y a bientôt 40 ans ». Mais lors de sa fuite, des familles isolées auraient organisé la traversée. « Par chance, je n’étais pas en route avec une bande de passeurs ».

    Comme Xuan et Trong Sang Dao, des centaines de milliers de réfugiés vietnamiens sont dans la même situation. Par la mer ouverte, ces « boat people » cherchent un chemin loin du régime communiste – les experts estiment le nombre de réfugiés à 1,5 million. Souvent, les bateaux de pêche pourris n’atteignent pas les côtes.

    On ne sait pas combien d’hommes, de femmes et d’enfants trouvent la mort en mer de Chine méridionale. Les experts estiment qu’ils sont un demi-million. « Je fais partie des chanceux et je suis infiniment reconnaissant », dit Trong Sang. « Dans ma famille, tout le monde a survécu. C’est rare ». Sa mère et sa grand-mère sont arrivées en Suisse cinq ans après lui au titre du regroupement familial. « Mon père a trouvé un emploi de menuisier au bout de trois mois et j’ai pu aller à l’école ». Sa famille a d’abord été « accueillie avec bienveillance » dans le foyer pour requérants d’asile de Menzingen, puis à Wolhusen et à Sursee, explique Trong Sang. « J’en suis infiniment reconnaissant à toutes les personnes et communes impliquées ».

    A son arrivée, Xuan arrive à Emmenbrücke dans un centre d’accueil pour réfugiés, puis chez sa sœur à Littau. Aujourd’hui, elle est propriétaire d’une boutique de robes de mariée et de soirée à Reussbühl.

    Entre 1978 et 1982, la Suisse a accueilli environ 10’000 réfugiés vietnamiens. Beaucoup d’entre eux sont catholiques. Au début des années 1980, ils se regroupent pour former la Mission vietnamienne suisse. Chaque semaine, ils célèbrent une messe en vietnamien.

    Trong Sang et Xuan se marient et ont deux filles. Aujourd’hui, il dirige la chorale de la mission. Elle chante avec eux, les filles de 12 et 15 ans assistent aux cérémonies. « Nos enfants ne doivent pas oublier leurs racines », dit Xuan.

    Le Vietnam – connu avant la guerre comme la perle de l’Orient – est aujourd’hui, même 40 ans après la fin de la guerre, une pure déliquescence, dit Xuan. « Le gouvernement est corrompu. Il n’y a pas de démocratie. La liberté d’expression ainsi que les droits de l’homme sont des mots étrangers dans ce pays ».

  • Vietnam, 50 ans après la chute de Saïgon : un développement entravé par le régime communiste

    Vietnam, 50 ans après la chute de Saïgon : un développement entravé par le régime communiste

    Par Sébastien Desfayes, président du Cosunam.

    Personne n’a oublié le 30 avril 1975 et la chute de Saïgon, avec cette image forte : un char du Viet Công de fabrication soviétique traversant les grilles du palais présidentiel. Cette date marquait l’annexion forcée du Sud Vietnam par le régime communiste d’Hanoï.

    Sous la férule du grand-frère d’alors, l’Union Soviétique, le régime communiste vietnamien a alors installé, après la guerre, un système politique et économique communiste, pur et dur, étouffant les droits fondamentaux sous le poids de la répression.

    Cinquante ans plus tard, l’état des lieux du Vietnam est cruel aujourd’hui : alors que d’autres pays d’Asie du Sud-Est, tels que Taiwan, la Corée du Sud, le Japon, et même la Thaïlande, ont connu un développement économique et social spectaculaire depuis 1975, le Vietnam, malgré son énorme potentiel humain et ses ressources naturelles, reste largement étouffé par un système autoritaire, une dépendance excessive à la Chine et le musèlement des libertés individuelles.

    Contrairement à la Corée du Sud et Taiwan qui ont su diversifier leurs partenariats commerciaux et investir dans des secteurs à haute valeur ajoutée, le Vietnam est aujourd’hui prisonnier de son rôle « d’usine du monde », sans ambition ni même volonté de se positionner comme un leader technologique ou innovant. Dans la chaîne de valeur mondiale, le pays occupe la position de “fabrique” des grandes marques chinoises et occidentales. Son industrie manufacturière, principalement basée sur l’assemblage de produits pour le compte de sociétés étrangères, notamment chinoises, la rend particulièrement vulnérable, sans même parler de la pression exercée sur les coûts de production qui a bien entendu des conséquences sur les salaires et les conditions de travail.

    Néanmoins, des pistes de réformes s’offrent au Vietnam, susceptibles de le délivrer de ses chaînes et de lui permettre enfin d’exploiter tout son potentiel. Le premier levier d’action réside sans doute dans l’éducation, encore profondément marquée par les dogmes communistes d’Hanoi, et où la pensée critique ainsi que le développement personnel trouvent peu de place. Il faudra aussi stimuler l’innovation en créant un environnement favorable aux entrepreneurs, débarrassé des contraintes étouffantes imposées par un système bureaucratique rigide, une justice dépendante du pouvoir et une corruption endémique. Enfin, le soutien à la société civile, par exemple comme la création de syndicats réellement indépendants, la liberté d’expression dans les médias et la libération des opposants au régime apparaissent comme des éléments clé pour rétablir un véritable équilibre entre les pouvoirs publics et la population vietnamienne.

    Les quelques réformes administratives et institutionnelles conduites  par le nouveau Secrétaire général Tô Lâm depuis cette année sont-elles une prémisse à une évolution du régime ?  Comme le dit  la maxime populaire, “Wait and see”.

    Sébastien Desfayes, président du Cosunam.

     

  • Un devoir de mémoire 1975-2025

    Un devoir de mémoire 1975-2025

    Le mercredi 30 avril 2025 prochain marquera la date de l’exode massif de millions de Vietnamiens à la recherche de la liberté et pour fuir l’oppression du régime communiste lors de la chute de Saigon il y a 50 ans, le 30 avril 1975.

    Certes, les Accords de Paris sur la paix au Vietnam ont été signés en 1973 sous la pression extrême américaine et de son secrétaire d’Etat Kissinger et le dernier soldat américain a pu quitter le Vietnam. Dès lors, du 30 mars 1973 au 30 avril 1975, le Sud-Vietnam s’est retrouvé seul. Pendant plus de deux ans, il a résisté face à une forte coalition communiste comprenant les forces du Nord-Vietnam soutenues massivement par la Chine, l’Union soviétique et les pays d’Europe de l’Est. Cette aide, fournie en abondance, contrastait avec le soutien économique décroissant des États-Unis qui, en plus, l’assortissaient de restrictions militaires contraignantes.

    Un demi-siècle a passé mais les Vietnamiens n’ont pas oublié cette tragédie dans laquelle 300’000 boat-people au moins ont péri en mer de Chine.  Pour honorer leur mémoire et pour remercier la Suisse pour son généreux accueil de quelques 15’000 réfugiés , une stèle a été érigée officiellement à Genève, sur la commune du Grand-Saconnex en 2005 en la présence des plus hautes autorités genevoises. Elle est la 1ère en Europe parmi la douzaine qui l’ont suivie après.  Un chemin pédestre intitulé Promenade des Libertés la relie depuis 2010 à des segments du Mur de Berlin, autre symbole tragique de quête de liberté, sur l’emplacement du Conseil Oeucuménique des Eglises.