La liberté d’expression et de presse n’est pas à l’ordre du jour au Vietnam
L’auteur d’un livre sur Ho Chi Minh a été interpellé dans ce pays communiste pour avoir répandu “une propagande anti-État”. Cette publication avait reçu un accueil positif de plusieurs médias d’État avant qu’un ancien dignitaire du parti ne la prenne pour cible par “manque de respect” envers le révolutionnaire vietnamien.
Quatre autres personnes ayant participé à cet ouvrage ont aussi été interpellées. L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) réclame ce mercredi la libération des cinq personnes concernées. Au Vietnam, diffuser de la “propagande anti-État” est passible d’une peine de 20 ans de prison. Pour HRW, cette affaire constitue une attaque grave contre la liberté d’opinion.

Nguyen Thanh Nam
Outre l’auteur Nguyen Thanh Nam, ancien CEO de l’entreprise technologique FPT Corporation, le fondateur de la plateforme de discussion en ligne Spiderum Tran Viet Anh fait partie des cinq personnes incarcérées. Le livre, paru en avril dernier, raconte l’histoire d’Hô Chi Minh sous forme de dialogue entre un professeur et son élève. Le langage utilisé est moderne afin d’attirer les jeunes lecteurs.
Hô Chi Minh, “Père de la nation” ?
Selon ses détracteurs, le livre déforme de cette manière l’histoire, présente une version erronée de la politique du parti communiste et insulte Ho Chi Minh et d’autres leaders de la révolution. Au Vietnam, Ho Chi Minh (1890-1969) est considéré par ses pairs communistes comme le “père de la nation”. Il fait l’objet d’une vénération comme un héros national qui a conduit le pays à l’indépendance. A Hanoi, la visite de son mausolée est pratiquement un passage recommandé pour les touristes et les hôtes officiels de passage.
À la suite de la polémique, l’éditeur a présenté ses excuses et retiré le livre de la vente. Il a aussi reçu des sanctions. Plusieurs journaux ont aussi reçu des amendes ou ont été contraints de retirer leurs articles évoquant cet ouvrage. Selon HRW, de nombreux journalistes auraient été menacés ou auraient été licenciés. Dans ce régime à parti unique, la critique même voilée du gouvernement par des journalistes, des blogueurs ou d’autres activistes est régulièrement poursuivie et conduit parfois à des condamnations à de longues peines de prison. Les exilés vietnamiens à l’étranger , comme l’avocat Nguyen Van Dai ou le journaliste Lê Trung Khoa en Allemagne , en savent quelque chose puisqu’ils sont la cible de menaces et d’intimidation depuis des années.



