Auteur/autrice : support_swisscenter

  • L’autoritatisme mis en échec

    L’autoritatisme mis en échec

    Au final, l’armée doit de nouveau intervenir pour rétablir l’ordre au Vietnam.

    La crise mondiale du Covid-19 a fait de nouveau resurgir la fable selon laquelle un régime autoritaire bien inspiré serait plus efficace qu’un état démocratique. La manière dont le Vietnam communiste à parti unique a affronté la crise sanitaire en 2020 a contribué à entretenir cette illusion pendant un certain temps.

    Confinement et quarantaine manu militari des personnes contaminées, quadrillage intense des foyers d’infection dans la population par un appareil policier bien rodé, répression brutale des voix dissidentes et contestataires: toutes ces mesures caractéristiques d’un régime dictatorial ont pu donner l’illusion, pendant l’année 2020 et le début 2021 d’une parfaite maîtrise de la situation par les autorités vietnamiennes.

    Les milices auxiliaires populaires de surveillance des quartiers confinés

    Ces dernières, à coup de propagande, glorifiant l’esprit marxiste-léniniste et la pensée révolutionnaire (?) de Ho chi Minh, ont organisé ostensiblement des grandes manifestations publiques telles le 13ème Congrès du Parti communiste et les nouvelles élections de l’Assemblée nationale dans la 1ère moitié de 2021. Tout en fanfaronnades, allant jusqu’à se moquer de l’état de la démocratie aux Etats-Unis lors de l’attaque du Capitole, le régime vietnamien a cependant totalement négligé les mesures sanitaires élémentaires. Aveuglé par leur propre propagande, les autorités se sont crues au-dessus des lois de la nature. La vaccination y était à peu près inexistante: seul 1,5% de sa population en avait bénéficié ce printemps quand a surgi le variant Delta, soit le taux le plus misérable de toute l’Asie. 
    Depuis juin 2021, enferré dans son régime monolithique et ralenti par une administration lourde et souvent incompétente, le Vietnam a vite sombré dans une nouvelle tragédie pour sa population, à l’image de Cuba, de la Birmanie et d’autres dictatures. Depuis quelques jours, le régime a dû faire intervenir des contingents de l’armée venus du nord.
    A ce jour, la manière dont les régimes démocratiques en Asie, comme la Corée du Sud ou Taïwan ont pu s’adapter (même difficilement) à la nouvelle crise démontre que les démocraties, quoique imparfaites (ou peut-être parce qu’elles sont imparfaites), obtiennent toujours de meilleurs résultats que les régimes autoritaires grâce la liberté d’expression et d’association, au droit réel à la participation et la délibération politique lors de tels événements.

    Comité Suisse-Vietnam

    Août 2021, le Vietnam subit de plein fouet la pandémie dans toutes ses provinces (nombre de contaminations actuels)

    (*) Chiffres et carte « officiels » de la pandémie au Vietnam selon le journal VN Express à mi-août à considérer avec précaution au vu de la censure d’Etat :  plus de 400’000 contaminations dans toutes les provinces dont 210’000 cas en traitement , moyenne de contaminations par jour entre 10’000 et 15’000 cas depuis juin ,  plus de 10’00 décès recensés. 

  • Saigon 1975 – Kaboul 2021

    Saigon 1975 – Kaboul 2021

    La chute de Kaboul a immédiatement suscité des comparaisons avec celle de Saigon. En voyant les images de l’aéroport de la capitale afghane, qui n’a d’ailleurs pas vu resurgir dans sa mémoire les scènes tragiques du toit de l’ambassade américaine de Saigon ? Le même chaos, le même désespoir, le même abandon.

    Kaboul n’est pas un Saigon 2.0 – comme on a pourtant pu le lire – tant les situations diffèrent.  Il n’en demeure pas moins qu’un certain nombre de parallèles peuvent être dressés et qu’il semble également opportun de tirer certains enseignements du Vietnam post avril 1975 pour appréhender les conséquences de la débandade américaine d’Afghanistan.

    Commençons d’abord par quelques distinctions, loin d’être exhaustives.

    «  «Nous avons dépensé plus de 1000 milliards de dollars en vingt ans et équipé plus de 300 000 militaires afghans». Les Américains ne doivent pas mourir pour une cause que les Afghans ne veulent pas défendre…Nous leur avons tout donné. Mais nous ne pouvons pas leur donner la volonté de lutter pour leur avenir», avait lâché le Président Joe Biden quelques jours après la chute de Kaboul. Que l’on partage ou non cette  opinion, force est de constater qu’à l’instar du gouvernement d’Ashraf Ghani, l’armée afghane a déserté massivement sans même tenté de combattre. L’effondrement était d’autant plus sidérant que l’ennemi, certes déterminé pour ne pas dire fanatisé, ne présentait pas – loin s’en faut – la même puissance de feu que les Viet Côngs . En réalité, il existe un monde entre les milices en guenilles des Talibans et l’armée nord-vietnamienne, alors suréquipée par l’Union Soviétique et la Chine.

    Rien n’est plus faux que la perception selon laquelle Saigon serait tombé parce que le peuple du Sud-Vietnam et son armée n’ont pas combattu sitôt le dernier soldat américain parti.

    Mais il est intéressant de comparer les propos de Joe Biden avec ceux tenus par John F. Kennedy en 1963, aux prémices de la guerre du Vietnam:  “En fin de compte, c’est la  guerre [des Vietnamiens].. Ce sont eux qui doivent la gagner ou la perdre. Nous pouvons les aider, nous pouvons leur donner du matériel, nous pouvons envoyer nos hommes là-bas comme conseillers, mais le peuple vietnamien doit la gagner contre les communistes. ». En réalité, les Etats-Unis ont envoyé par la suite, entre 1964 et 1971, au Vietnam non seulement des conseillers, mais quelques 500’000 soldats, dont plus de 58’000 y ont perdu la vie. Cependant, la perception commune en Occident est que sitôt le dernier soldat américain parti, Saigon serait tombé, le peuple du Sud-Vietnam, plus précisément son armée, n’ayant pas combattu.  Rien n’est plus faux. Lors des accords de Paris de janvier 1973, l’essentiel des troupes américaines avait déjà quitté depuis deux ans le Vietnam. Ces accords concrétisèrent la « vietnamisation » du conflit consistant à laisser aux Vietnamiens le soin de « régler leurs propres affaires ». En réalité, plus aucun soldat américain ne se trouvait sur le territoire vietnamien en mars 1973. Malgré les promesses du Président Richard Nixon d’assister financièrement et logistiquement l’armée du Sud, le Congrès n’a jamais débloqué les crédits nécessaires à cet effet.

    Le Sud-Vietnam a donc combattu seul, sans soutien financier ou matériel américain pendant plus de deux ans, face à ce qui était alors la troisième armée la plus puissante du monde, laquelle était plus que jamais soutenue par ses deux « grands frères » communistes. Il a fallu malgré tout trois campagnes successives des Viet-Côngs en 1972, 1974 et 1975 avant que Saigon ne tombe. Quelques jours avant la chute de la capitale, alors que tout était fini, l’armée du Sud s’était encore battu courageusement à Xuan Loc. Pour la petite histoire, mon père était sur place avec le général Lê Minh Đảo et m’a dit son admiration devant l’héroïsme des soldats et des officiers sud-vietnamiens, malgré le dénuement logistique dans lequel ils se trouvaient. D’ailleurs, les chiffres du conflit parlent d’eux-mêmes : plus de 285’000 soldats de l’armée sud-vietnamienne sont morts au combat entre 1965 et 1975, soit plus de 5 fois le nombre de morts américains. Il est certain que les Etats-Unis ont lâché le Sud-Vietnam et il est possible de penser que « le peuple vietnamien [pouvait gagner] la guerre contre le communisme » si les Etats-Unis avaient respecté leurs engagements après janvier 1973.

    Du côté des similitudes, l’on retrouve en Afghanistan et au Vietnam le même constat d’échec de la présence occidentale, nonobstant des dépenses colossales. Que reste-il en Afghanistan des 1’000, voire même, disent certains, des 2’000 milliards de dollars, dépensés par les Etats-Unis ? Rien. Ceux qui ont eu l’opportunité de visiter le Vietnam lors de son ouverture au tourisme dans les années 90 ont, eux-aussi, été frappés par l’absence de tout reliquat de la présence américaine au Vietnam. Selon certains toutefois, les Etats-Unis, sans laisser la moindre trace physique, auraient néanmoins fortement imprégné de leur libéralisme les Vietnamiens du Sud , ce qui expliquerait les différences de développement économique entre le retard du nord et la prospérité du sud.

    L’accueil des réfugiés vietnamiens en 1975 doit inspirer l’Occident aujourd’hui dans son approche humanitaire suite à la chute de Kaboul.

    Le constat d’échec se double d’un fort sentiment d’abandon d’une partie de la population locale. En Afghanistan, dans leur tentative d’instaurer la démocratie et le respect des droits de l’Homme, les Occidentaux ont entraîné avec eux un nombre considérable de locaux. Ceux-ci ont formé la nouvelle société civile afghane, faite de commerçants, enseignants, artistes, militants des droits humains, etc. Une génération s’est émancipée, les femmes, surtout urbaines, ont connu une certaine forme de libération et les filles ont pu accéder à l’éducation. La chute de Kaboul ne constitue pas seulement un désastreux « grand bond en arrière ». C’est un risque vital qui pèse aujourd’hui sur ceux qui ont adhéré aux valeurs de l’Occident, à l’instar précisément de ce qui s’est produit au Vietnam. Après le Ngày mất nước  (« le jour où nous avons perdu le pays »), c’était le cercueil ou le « camp de rééducation » pour ceux qui étaient considérés comme occidentalisés ou américanisés, de sorte que la fuite, pour autant qu’elle était possible, constituait la seule option.

    La tragédie humaine est connue : environ 2 millions de boat-people ont quitté le pays, dont 250’000 d’entre eux ont trouvé la mort en mer. Les derniers camps de rééducations, sur les plus de mille (!) qui ont été ouverts par les communistes, n’ont été démantelés qu’au début des années 2000. L’Occident a néanmoins assumé une partie de ses responsabilités dans l’accueil des réfugiés vietnamiens, à commencer par les Etats-Unis. La Suisse a agi avec humanité et responsabilité à l’égard des boat-people en élaborant le plan « Action Indochine » : des délégations de représentants de la Confédération et d’œuvres d’entraide ont été dépêchés dans des camps de réfugiés en Asie du Sud-Est pour constituer des contingents selon des quotas convenus avec d’autres pays occidentaux. C’est dans ce contexte que 5’000 boat-people ont été accueillis en Suisse entre 1978 et 1981. L’accueil des réfugiés vietnamiens doit inspirer l’Occident aujourd’hui dans son approche humanitaire suite à la chute de Kaboul. Le risque vital que les Talibans font peser sur une partie de la population, notamment les femmes, les filles, les intellectuels, ainsi que toutes les personnes ayant travaillé avec les Occidentaux en Afghanistan, nécessite une réponse humaine et responsable.

  • Coronavirus et solidarité pour la population du Vietnam

    Coronavirus et solidarité pour la population du Vietnam

    « Les feuilles saines protègent les feuilles déchirées de l’arbre »

    Devant l’ampleur de cette tragédie sans précédent , au delà des collectes de fonds orchestrées par le « Front patriotique du Parti communiste », la communauté vietnamienne de Suisse se mobilise pour venir en aide aux milliers de malheureux compatriotes du pays, aux sans-abris, aux chômeurs réduits à l’exode sur les routes, aux laissez pour compte de la société confinés sans soutien alimentaire et soins médicaux.
     
     
    Sur les routes de l’exode
     
    Sans structure d’accueil
     
     
    Une option de solidarité proposée par la Communauté Catholique Vietnamienne de Suisse (*)

    Vietnamesische Caritasmission

    4653 Obergösgen

    Compte 60-426690-1

    IBAN CH26 0900 0000 6042 6690-1

    Motif versement: Cứu trợ Covid-19 VN / Aide solidarité Covid-19 Vietnam.

    Merci aux âmes charitables
     
    (*) A mi-octobre 2021, quelques CHF 60’000 .- ont pu être réunis par la communauté catholique vietnamienne de Suisse et envoyés au Vietnam pour une dizaine de paroisses et organismes sociaux religieux. Un bel effort de solidarité.
     

     

  • Pour ne pas les oublier les prisonniers de conscience du Vietnam

    Pour ne pas les oublier les prisonniers de conscience du Vietnam

    Alors que le Vietnam s’enfonce à son tour dans une grave crise de pandémie en ce début de juillet, faute d’avoir prévu à temps les mesures de vaccination pour la population, avec une moyenne de 15’000 cas “déclarés officiellement” par jour qui touche  une cinquantaine de villes et provinces dans tout le pays et principalement les grandes agglomérations, le régime continue à emprisonner les dissidents et les lanceurs d’alerte au nom de l’ordre public. 

    Pour ne pas les oublier, alors qu’ils sont emprisonnés dans des conditions sanitaires et médicales effroyables, le Cosunam publie un rapport sur une trentaine de prisonnier(e)s de conscience identifié(e)s à ce jour. Cette liste n’est malheureusement pas exhaustive , Amnesty International et Reporters sans frontières avançant un chiffre d’au moins 250 détenus politiques dans les geôles vietnamiennes.

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    Message aux Amis de la liberté

     

    Nous aurions aimé vous adresser de bonnes nouvelles.

    Malheureusement, pour qui aime la liberté, un vent glacial souffle sur l’Asie du Sud. Alors que le Parti communiste chinois vient de célébrer son 100e anniversaire tout en réduisant au silence le dernier média vraiment libre à Hong Kong, son avatar vietnamien continue lui aussi d’étouffer toute voix dissidente.

    Ces voix étouffées ont des visages. Le document que nous vous envoyons aujourd’hui ci-dessous présente trente prisonniers d’opinion, détenus au Vietnam en ce moment-même. Nous sollicitons, pour eux, quelques minutes de votre temps précieux. Arrêtés, privés de leur liberté le plus souvent dans des conditions très difficiles, ces hommes et ces femmes ont besoin que le monde libre ne les oublie pas. 

    Il y a pourtant une bonne nouvelle: c’est que vous pouvez les aider. Le document fournit des recommandations simples et respectueuses des règles diplomatiques, susceptibles d’améliorer leur sort, parfois même d’obtenir leur libération. Lisez-les, appliquez-les, aidez-nous à les réaliser ensemble. 

    Quelques minutes de votre temps précieux. Pour la liberté et pour la justice.

    Nous vous remercions vivement et vous adressons nos respectueux messages.

    par Bernard Favre

    Vietnam_Prisoners_Of_Conscience_2021_Report_Cosunam V3

     

  • Juillet 2021- Avec 5’000 cas par jour, le Coronavirus est en train d’exploser au Vietnam.

    Juillet 2021- Avec 5’000 cas par jour, le Coronavirus est en train d’exploser au Vietnam.

    Ne peut être donneur de leçon qui veut.

    Alors que le monde était plongé en pleine pandémie au début de l’année 2021, et faisant fi de la sécurité sanitaire de sa propre population, le PCVN- Parti communiste vietnamien-avait fait le matamore en organisant d’une manière ostentatoire d’imposantes réunions publiques (13ème Congrès du Parti en janvier 2021 , campagne pour l’Assemblée nationale en avril 2021).
     
    Ainsi, le régime voulait proclamer urbi et orbi sa maîtrise voire sa victoire sur la pandémie , et à l’image de la Chine, démontrer la supériorité de ses valeurs socialistes de discipline et d’obéissance de la population…et de rappeler son attractivité pour les investissements étrangers.
    Les médias d’Etat ont inondé le monde d’images de centaine de délégués du PCVN réunis en masse (et sans masque) lors des congrès et incité les citoyens à s’assembler aux urnes en masse pour la désignation de la nouvelle assemblée nationale.
    Depuis avril , la situation s’est complètement renversée et le Vietnam en est à plus de 50’000 nouveaux cas « officiels » déclarés à ce jour dans quelques 60 localités du pays  ( 5’800 cas en une seule journée du 18 juillet ).
    Devant l’écroulement des activités sociales , de la fermeture croissante des commerces locaux et des entreprises et du confinement des provinces du sud, un début de panique s’est instaurée parmi la population des régions contaminées dont Saigon-Hô Chi Minh ville. On parle même d’un variant vietnamien qui serait un hybride des variants indien et britannique.
     
    La brutale dégradation de la situation sanitaire aurait les causes principales suivantes : l’incompétence et le relâchement de certains responsables régionaux face à l’apparition de nouveaux variants du Covid , le pouvoir de développement de clusters dans les nombreux lieux de rencontres et de tourisme et surtout le retard incroyable dans les programmes de vaccination dont le Vietnam détient le triste record des pays d’Asie( voir tableau).
     
     
    Depuis quelques semaines seulement, affolé et dépassé, le gouvernement de Hanoï a commandé en express ou est en train de commander 110 millions de doses, dont 31 millions auprès de Covax, 30 millions directement à AstraZeneca et 30 millions auprès de Pfizer/BioNTech.
     
    Usant des moyens éculés de propagande habituelle, le gouvernement s’est lancé dans une opération de diversion d’une quête nationale de fonds privés, et allant jusqu’à imaginer la production prochaine possible d’un vaccin  vietnamien. Quant à Nguyen Phu Trong, le vieux secrétaire général du Parti, il a déclaré que le Vietnam devait de nouveau faire face à des opérations de “déstabilisation des forces ennemies subversives”.
     
    Comme disaient les pêcheurs victimes de la catastrophe environnementale de Formosa en 2016 « le Parti a trinqué , c’est la population qui paie ».
     
    Nul doute malheureusement que le sort des prisonniers de conscience entassés dans les geôles sans visite et sans soins médicaux s’aggravera dramatiquement de jour en jour.  Faisant fi des slogans tapageurs propres au régime vietnamien et des  déclarations lénifiantes du 1er ministre et du Secrétaire général du parti, la communauté exilée vietnamienne s’organise pour venir en aide à leurs malheureux compatriotes.
  • Juin 2021 – Le Vietnam rattrapé par le Coronavirus

    Juin 2021 – Le Vietnam rattrapé par le Coronavirus

    Ne peut être donneur de leçon qui veut.

    Alors que le monde était plongé en pleine pandémie au début de l’année 2021, et faisant fi de la sécurité sanitaire de sa propre population, le PCVN- Parti communiste vietnamien- avait fait le matamore en organisant d’une manière ostentatoire d’imposantes réunions publiques (13ème Congrès du Parti en janvier , campagne pour l’Assemblée nationale en avril).
     
    Ainsi, le régime voulait proclamer urbi et orbi sa maîtrise voire sa victoire sur la pandémie , et à l’image de la Chine, démontrer la supériorité de ses valeurs socialistes de discipline et d’obéissance de la population…et de rappeler son attractivité pour les investissements étrangers.
    Les médias d’Etat ont inondé le monde d’images de centaine de délégués du PCVN réunis en masse (et sans masque) lors des congrès et incité les citoyens à s’assembler aux urnes en masse pour la désignation de la nouvelle assemblée nationale.
    Depuis avril , la situation s’est complètement renversée et le Vietnam en est à plus de 9’000 nouveaux cas « officiels » déclarés à ce jour dans quelques 40 localités du pays.
    Devant l’écroulement des activités touristiques et de la fermeture croissante des commerces locaux, un début de panique s’est instaurée parmi la population des régions contaminées dont Saigon-Hô Chi Minh ville. On parle même d’un variant vietnamien qui serait un hybride des variants indien et britannique.
     
    La brutale dégradation de la situation sanitaire aurait les causes principales suivantes : l’incompétence et le relâchement de certains responsables régionaux face à l’apparition de nouveaux variants du Covid , le pouvoir de développement de clusters dans les nombreux lieux de rencontres et de tourisme et û
     
     
    Depuis quelques semaines seulement, affolé et dépassé, le gouvernement de Hanoï a commandé en express ou est en train de commander 110 millions de doses, dont 31 millions auprès de Covax, 30 millions directement à AstraZeneca et 30 millions auprès de Pfizer/BioNTech.
     
    Usant des moyens éculés de propagande habituelle, le gouvernement s’est lancé dans une opération de diversion d’une quête nationale de fonds privés, et allant jusqu’à imaginer la production prochaine possible d’un vaccin  vietnamien. Quant à Nguyen Phu Trong, le vieux secrétaire général du Parti, il a déclaré que le Vietnam devait de nouveau faire face à des opérations de “déstabilisation des forces ennemies subversives”.
     
    Comme disaient les pêcheurs victimes de la catastrophe environnementale de Formosa en 2016 « le Parti a trinqué , c’est la population qui paie ».
  • Entre pessimisme et espoir

    Le mot de Sébastien Desfayes – Mai 2021

    L’avènement de la contestation via les réseaux sociaux, la mondialisation, avec, en corolaire l’afflux massif d’investisseurs étrangers, et le vieillissement des cadres du parti unique ne devaient-ils pas inévitablement conduire à la chute du régime en place?

    Non. Hélas.

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, la conjugaison de ses facteurs a au contraire renforcé le Vietnam communiste.

    Les mouvements citoyens actifs sur les réseaux sociaux ont été férocement réprimés. Avec la complicité de géants de la technologie, et en premier lieu de Facebook et Google, la censure de l’opposition pacifique et de la liberté politique au Vietnam a fini par prévaloir. Le grand espoir pour l’essor de la liberté d’expression dans le pays a été brisé et les réseaux sociaux sont devenus des «zones sans droits de l’homme», pour reprendre les termes utilisés pour Amnesty International. L’autorité du régime s’en ainsi considérablement renforcée.

    Le cynisme et la vision à court terme caractérisent au demeurant l’ensemble des acteurs économiques occidentaux au Vietnam. Finalement, qu’importe la défense des droits humains au regard des avantages offerts pour le Vietnam, pays à la main d’œuvre qualifié et bon-marché, dont, de surcroît, la docilité est assurée par un code du travail des plus laxistes ! Les investisseurs étrangers sont d’autant moins regardants que le Vietnam constitue l’alternative la plus crédible à une Chine jugée de moins en moins fiable à tous égards. C’est ainsi que le parti unique dispose aujourd’hui d’un levier fort dans ses négociations commerciales avec l’occident et n’entend pas se laisser dicter quelques conditions que ce soit, surtout si celles-ci touchent à l’assouplissement du régime.

    Or, sans pression extérieure, le parti unique ne se réformera pas. Il demeure d’ailleurs plus figé que jamais, ce qui n’est pas peu dire. Les éléments jeunes et progressistes du parti, dont on attendait tant l’avènement, ont été tous évincés. Les caciques, tenants de la ligne dure et pro-chinoise, sont toujours bien accrochés, si ce n’est fossilisés, au pouvoir à l’image de Nguyen Phu Trong, réélu en janvier dernier à plus de 77 ans en tant que secrétaire général. Triste ironie de l’histoire, Nguyen Phu Trong avait fait campagne sur sa prétendue « bonne gestion » de la pandémie de Covid-19. Celle-ci a cependant rebondi dramatiquement depuis le mois d’avril.

    Alors, au Vietnam, rien de nouveau ?

    Pas forcément néanmoins.

    L’adoption en décembre 2020 par l’Union Européenne de la loi dite « Magnitsky » constitue peut-être un tournant décisif. L’UE peut désormais sanctionner les auteurs de violations des droits de l’homme dans le monde entier, que ce soient des individus ou des entreprises. A condition d’être bien utilisée, cette loi sera la pierre angulaire d’une politique étrangère plus agressive axée sur les droits humains, loin des vœux diplomatiques lénifiants qui ont eu cours jusqu’à présent. Dans cette hypothèse, certains dignitaires et autres corporations d’état au Vietnam pourraient se faire du souci. C’est d’autant plus au regard de la récente résolution (votée par 597 voix pour, 17 contre et 61 abstentions) des députés européens se déclarant « consternés par l’intensification de la répression de la dissidence et par les violations croissantes des droits de l’homme au Vietnam ».

    Une lueur d’espoir.    

    par Sébastien Desfayes , Président du Cosunam

     

     

  • A Dông Tâm, la répression continue.

    A Dông Tâm, la répression continue.

    En date du 5 mai 2021, Le Trinh Ba Tu et sa mère Can Thi Theu ont tous deux été condamnés à huit ans d’emprisonnement suivis de trois ans de mise à l’épreuve après avoir été reconnus coupables de “fabrication, stockage ou diffusion d’informations, de documents ou d’articles dans le but de s’opposer à l’État de la République socialiste du Viêt Nam” par le tribunal populaire de la province de Hoa Binh aujourd’hui.
     
    Mme Can Thi Theu et ses deux fils, Trinh Ba Tu et Trinh Ba Phuong, avaient joué un rôle de premier plan en informant le public de l’incident du village de Dông Tâm par le biais de leurs plateformes de médias sociaux (*). Notamment en janvier 2020, lorsque la police a fait une descente dans le village de Dong Tam, à Ha Noi, lors d’un affrontement au cours duquel le chef de village de 84 ans, Lê dinh Kinh a été abattu . Les autorités ont également arrêté des dizaines de villageois dans le cadre du conflit foncier très médiatisé depuis des années entre le gouvernement et la communauté locale.
     
    Can Thi Theu est une militante des droits fonciers et une défenseure des droits de l’homme bien connue au Viêt Nam. Elle est devenue militante après que les terres de sa famille ont été confisquées par les autorités en 2010 et a été emprisonnées à deux reprises en 2014 et 2016.
     
    Après l’emprisonnement de leurs parents, Trinh Ba Tu et Trinh Ba Phuong sont également devenus des militants et des défenseurs des droits de l’homme.
     
    (*) Voir l’article suivant “Le parcours d’une famille courageuse et exemplaire – Mme Can et ses fils”

     

  • Le parcours d’une famille courageuse –  Mme Can et ses fils

    Le parcours d’une famille courageuse – Mme Can et ses fils

    Le 5 mai 2021, Le tribunal provincial de Hoa Binh a déclaré Can Thi Theu et son fils Trinh Ba Tu coupables et les a condamnés chacun à huit ans d’emprisonnement, plus trois ans de probation. Tous deux ont été condamnés en vertu de l’article 117 du Code pénal vietnamien, qui criminalise “la fabrication, le stockage, la distribution ou la diffusion d’informations, de documents et d’articles contre la République socialiste du Viêt Nam”.

    Pendant le procès, la police a utilisé des camions de pompiers pour barricader le palais de justice. Pendant ce temps, les partisans présents sur les lieux ont signalé de graves interruptions du réseau, ce qui indique qu’il s’agit probablement d’un étranglement de l’Internet destiné à empêcher le livestreaming et d’autres communications.

    La mère et le fils ont été arrêtés le 24 juin 2020, ainsi que l’autre fils de Can Thi Theu, Trinh Ba Phuong, et une autre défenseure des droits, Nguyen Thi Tam. Ces deux derniers attendent toujours la date de leur procès. Les quatre personnes ont été arrêtées en raison de leur plaidoyer en ligne concernant l’accaparement de terres à Dong Tam le 9 janvier 2020, au cours duquel Le Dinh Kinh, chef de village de 84 ans, a été tué lors d’une descente de police tôt le matin. Ces quatre personnes font partie des voix indépendantes les plus connues sur Facebook et YouTube au Viêt Nam, qui surveillent les atteintes aux droits humains liées au conflit foncier en cours. Avant son arrestation, Trinh Ba Phuong comptait à lui seul quelque 50 000 adeptes sur Facebook.

    Can Thi Theu et Trinh Ba Tu sont des partisans actifs de la Liberal Publishing House, une maison d’édition indépendante interdite qui a remporté le prix Voltaire 2020 de l’Association internationale des éditeurs avant de succomber à la pression des autorités. Son cofondateur, la journaliste indépendante Pham Doan Trang, a été arrêté en octobre 2020, également au titre de l’article 117 du Code pénal.

    Les organismes internationaux ont demandé à plusieurs reprises au Viêt Nam de modifier son Code pénal pour le rendre conforme au droit international. En 2021, quatre rapporteurs spéciaux de l’ONU ont déclaré que l’article 117 semble ” viser à réduire au silence ceux qui cherchent à exercer leur droit humain d’exprimer librement leurs opinions et de partager des informations avec d’autres”.

    Tôt le matin du 24 juin 2020, la police a arrêté Can Thi Theu alors qu’elle se rendait au domicile de Trinh Ba Phuong à Hanoï. La police l’a emmenée à Hoa Binh, à quelque 80 kilomètres de là. Can Thi Theu n’a été autorisée à rencontrer son avocat que le 23 mars 2021, soit 272 jours après son arrestation, ce qui constitue une violation de son droit à bénéficier d’un conseil juridique en temps voulu.

    Le même jour, vers 5 heures du matin, son fils Trinh Ba Tu a été arrêté à son domicile. Les autorités ont confisqué des imprimés et des clés USB contenant des documents que la famille avait rassemblés dans le cadre de sa documentation indépendante sur les droits humains, ainsi que plusieurs livres de Pham Doan Trang. Il n’a été autorisé à rencontrer son avocat que le 19 avril 2021, soit 299 jours après son arrestation.

    L’autre fils Trinh Ba Phuong a également été arrêté à Hanoi tôt le même matin. Fait alarmant, du 1er au 30 mars 2021, Trinh Ba Phuong a été interné d’office dans un établissement psychiatrique pour s’être montré “non coopératif” avec la police. Il n’a pas encore été autorisé à consulter un avocat.

    Enfin, le dernier membre de la famille Mme Nguyen Thi Tam a également été arrêtée vers 5 heures du matin le 24 juin alors qu’elle se rendait sur un marché local à l’extérieur de Hanoï.  Au moment de la rédaction de ce rapport, elle n’a toujours pas été autorisée à rencontrer son représentant légal.

    La chanson de Viet Khang ” le chemin du Vietnam ” écrite en prison en 2016 illustre dramatiquement le parcours de la famille Can Trinh “: ” Dans les prisons du Vietnam, croupissant des personnes condamnées , ô ironie du sort, pour patriotisme”

  • Contribuer à un Vietnam meilleur

    Contribuer à un Vietnam meilleur

    Né en Suisse, le Vietnam m’évoque en premier lieu ma famille, la culture dans laquelle j’ai évolué ou encore la
 nourriture que j’ai dégustée  pendant mon enfance. Cependant, de manière paradoxale, à chaque fois qu’une personne parle en termes élogieux de son voyage ou de son expérience du Vietnam, il me vient toujours l’envie de modérer ses propos et de mentionner la situation politique et économique de cet État. Cette dualité de sentiments est finalement une constante dans la vision que j’ai de mon pays d’origine.

    Je ressens souvent de la frustration, du dépit ou encore de l’impuissance lorsqu’il est question de la
 situation politique du Vietnam. En effet, celle-ci n’est guère réjouissante. La répression est toujours
 plus forte, notamment sur Internet. Les droits démocratiques sont quasiment inexistants. De plus,
j’ai un véritable doute sur la volonté qu’a le peuple de changer les choses à moyen terme. Tant que
 les habitants auront l’impression que leur situation matérielle évolue vers le mieux, le gouvernement communiste n’aura pas grand chose à craindre. Posons-nous la question suivante concernant une région du monde qui a connu une récente révolution : le printemps arabe est-il arrivé par une vraie volonté de liberté ? Ou est-ce que cette volonté de liberté découle avant tout d’un manque de perspectives économiques ?

    On pourra toujours penser que si l’impulsion démocratique ne vient pas de l’intérieur, elle viendra 
peut-être de l’extérieur. Ici, le pessimisme reste toutefois permis. Nous fermons trop facilement les 
yeux sur les régimes dictatoriaux qui ne portent pas atteinte aux intérêts de nos pays occidentaux.

    Des Suisses pour le Vietnam depuis 30 ans
    Des Suisses pour le Vietnam depuis 30 ans

    Pire : nous soutenons indirectement ces régimes. Ceux-ci s’achètent une respectabilité à travers des 
évènements de portée internationale. Le Qatar, un pays dans lequel les droits démocratiques sont
loin d’être respectés, va organiser la prochaine Coupe du monde de football sous la bénédiction des 
instances internationales. Le Vietnam, quant à lui, devait organiser son premier Grand Prix de 
Formule 1 en 2020. La Covid-19 a eu raison de cette ambition, mais la question demeure : Ne 
participons-nous pas à asseoir la légitimité de ces gouvernements en participant à de telles 
manifestations ?

    Citons un autre exemple : le drame de Formosa, qui n’est en réalité que la conséquence d’un besoin de production de plastique local à bas prix, quels que soient les moyens utilisés pour le fabriquer. Ainsi, des entreprises occidentales s’installent dans des pays aux lois laxistes, et nous consommons leurs produits, quelles qu’en soient les conséquences. Est-ce que cela est en adéquation avec notre engagement pour plus de liberté et d’égalité au Vietnam ?

    Un mot à dire dans l’évolution des choses.

    Heureusement, l’espoir reste possible. Nous vivons dans un monde de plus en plus interconnecté.
Une action ici peut avoir des effets au bout du monde. Et si, comme nous l’avons vu, ces effets 
peuvent être négatifs, ils peuvent aussi être positifs. La population occidentale commence à se 
rendre compte que les petits comportements de son quotidien peuvent avoir de grandes
 conséquences ailleurs. Elle a son mot à dire dans l’évolution des choses. En outre, le Vietnam
  possède une population jeune, qui a l’avenir devant elle. Le pays est donc structurellement prêt à
 saisir l’opportunité dès qu’elle se présentera. Enfin, nous pouvons compter sur les personnes qui souhaitent s’engager pour la cause du Vietnam (avec le Cosunam, notamment).

    Parfois, les grands changements sont déclenchés par des choses imprévisibles. Nous ne pouvons pas savoir comment ni quand. En revanche, nous devons nous tenir prêts à saisir l’occasion quand elle s’offrira à nous. Dans l’attente de ce jour, nous pouvons contribuer à un Vietnam meilleur et soutenir la population vietnamienne à travers tous les petits gestes du quotidien et à travers notre
 engagement politique. Selon moi, cet engagement politique signifie aussi bien informer  nos amis Suisses de la situation politique du Vietnam que lui faire prendre conscience de l’impact potentiel qu’ils auraient sur ce pays lorsqu’on achète à très bon prix des produits « Made in Vietnam » ou qu’on regarde confortablement assis un Grand Prix de Formule 1 se déroulant sur des terrains souvent expropriés.

    Lê Van Vinh-Thanh

  • Entre pessimisme et espoir

    Entre pessimisme et espoir

    Par Sébastien Desfayes / L’avènement de la contestation via les réseaux sociaux, la mondialisation, avec, en corolaire l’afflux massif d’investisseurs étrangers, et le vieillissement des cadres du parti unique ne devaient-ils pas inévitablement conduire à la chute du régime en place?

    Non. Hélas.

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, la conjugaison de ses facteurs a au contraire renforcé le Vietnam communiste.

    Les mouvements citoyens actifs sur les réseaux sociaux ont été férocement réprimés. Avec la complicité de géants de la technologie, et en premier lieu de Facebook et Google, la censure de l’opposition pacifique et de la liberté politique au Vietnam a fini par prévaloir. Le grand espoir pour l’essor de la liberté d’expression dans le pays a été brisé et les réseaux sociaux sont devenus des «zones sans droits de l’homme», pour reprendre les termes utilisés pour Amnesty International. L’autorité du régime s’en ainsi considérablement renforcée.

    Le cynisme et la vision à court terme caractérisent au demeurant l’ensemble des acteurs économiques occidentaux au Vietnam. Finalement, qu’importe la défense des droits humains au regard des avantages offerts pour le Vietnam, pays à la main d’œuvre qualifié et bon-marché, dont, de surcroît, la docilité est assurée par un code du travail des plus laxistes ! Les investisseurs étrangers sont d’autant moins regardants que le Vietnam constitue l’alternative la plus crédible à une Chine jugée de moins en moins fiable à tous égards. C’est ainsi que le parti unique dispose aujourd’hui d’un levier fort dans ses négociations commerciales avec l’occident et n’entend pas se laisser dicter quelques conditions que ce soit, surtout si celles-ci touchent à l’assouplissement du régime.

    Or, sans pression extérieure, le parti unique ne se réformera pas. Il demeure d’ailleurs plus figé que jamais, ce qui n’est pas peu dire. Les éléments jeunes et progressistes du parti, dont on attendait tant l’avènement, ont été tous évincés. Les caciques, tenants de la ligne dure et pro-chinoise, sont toujours bien accrochés, si ce n’est fossilisés, au pouvoir à l’image de Nguyen Phu Trong, réélu en janvier dernier à plus de 77 ans en tant que secrétaire général. Triste ironie de l’histoire, Nguyen Phu Trong avait fait campagne sur sa prétendue « bonne gestion » de la pandémie de Covid-19. Celle-ci a cependant rebondi dramatiquement depuis le mois d’avril.

    Alors, au Vietnam, rien de nouveau ?

    Pas forcément néanmoins.

    L’adoption en décembre 2020 par l’Union Européenne de la loi dite « Magnitsky » constitue peut-être un tournant décisif. L’UE peut désormais sanctionner les auteurs de violations des droits de l’homme dans le monde entier, que ce soient des individus ou des entreprises. A condition d’être bien utilisée, cette loi sera la pierre angulaire d’une politique étrangère plus agressive axée sur les droits humains, loin des vœux diplomatiques lénifiants qui ont eu cours jusqu’à présent. Dans cette hypothèse, certains dignitaires et autres corporations d’état au Vietnam pourraient se faire du souci. C’est d’autant plus au regard de la récente résolution (votée par 597 voix pour, 17 contre et 61 abstentions) des députés européens se déclarant « consternés par l’intensification de la répression de la dissidence et par les violations croissantes des droits de l’homme au Vietnam ».

    Une lueur d’espoir.    

    par Sébastien Desfayes , Président du Cosunam

     

     

  • Pollution de Formosa depuis 2016, les victimes déterminées à obtenir justice

    Pollution de Formosa depuis 2016, les victimes déterminées à obtenir justice

    Le  Cosunam a effectué de nombreuses démarches depuis 2016 pour rendre publique en Suisse ce drame de la pollution (pétitions , court-métrages et videos sur les réseaux sociaux,  séances d’informations et démarches auprès des autorités fédérales et cantonales).

    Le 9 avril 2021, le procès intenté contre la société Formosa devant un tribunal de Taiwan par près de 8 000 victimes a franchi une nouvelle étape. La Cour suprême de Taiwan a rendu une décision en faveur des parties plaignantes en admettant enfin la recevabilité de leur action sur sol taïwanais.

    Selon la décision de la cour d’appel, l’entreprise Formosa devrait immédiatement cesser les activités polluantes, prendre les mesures nécessaires pour éliminer la pollution et appliquer des mesures correctives pour réparer et améliorer l’environnement.

    La décision constatait également que le jugement initial du tribunal en 2020 était incorrect lorsqu’il a statué que les plaignants devaient agir à leur lieu de résidence le Vietnam pour faire valoir leurs prétentions. Il faut savoir que la réglementation en vigueur à Taiwan dans les affaires civiles comportant des éléments d’extranéité ne prévoit pas clairement l’attribution des compétences.

     Selon l’Association JFFV le collectif d’avocats internationaux mandaté , bien que la dernière décision de la Cour supérieure soit en faveur des victimes, ce jugement n’a pas encore statué de manière satisfaisante sur les questions d’indemnisation des victimes, ainsi que sur la bonne procédure à adopter par Formosa.

    Par conséquent, l’Association JFFV a continué à faire appel le 19 avril.

    L’association JFFV a notamment déclaré : « La partie la plus difficile du procès reste le manque de coopération de l’Etat communiste du Vietnam.  Dans d’autres pays, lorsqu’une entreprise étrangère viole la loi environnementale, l’État hébergeur s’efforce d’aider et de créer les conditions pour aider la population locale et les experts à enquêter, à découvrir les causes et à sanctionner si nécessaire.
    Par contre, au Vietnam, les autorités locales se placent  du côté de l’entreprise étrangère, et privilégie l’arrestation et l’emprisonnement des soit-disant ” fauteurs de troubles sociaux” i.e. quiconque ose défendre publiquement  la justice pour les victimes ( (les cas de Mme Tran thi Nga en 2018, la famille Can Trinh en 2020, et récemment la journaliste Pham Doan Trang ).

    Aujourd’hui encore, les autorités vietnamiennes déclarent que le dossier de la pollution a été surmontée (prévention sanitaire, mesures de protection d’environnement, indemnisation financière compris). Cependant, les résultats des tests et toutes les données de surveillance automatique de Formosa n’ont pas été publiés et ne respectent pas les règles de transparence pour le public.

    La catastrophe de Formose n’a pas seulement pollué la mer, tué les poissons, provoqué des pertes massives d’emploi, mais a entraîné également de nombreuses autres conséquences.  Après cinq ans, selon de nombreux locaux, un grand nombre de victimes n’ont pas reçu d’indemnisation, ou le montant n’est pas à la mesure de ce qu’elles ont perdu.  Le nombre de personnes atteintes de cancer ou d’autres maladies liées à la pollution de l’environnement est en augmentation.  De nombreuses familles ont été séparées parce que leurs parents et les jeunes doivent quitter le pays pour travailler à l’étranger dans des conditions souvent dramatiques (Londres- le camion de la mort- Cosunam Express 2020 )

    ———————————————————————-

    Un rappel du dossier.

     En avril 2016, Hung Nghiep Formosa Ha Tinh Steel Company – une filiale de Formosa Plastics Group à Taïwan a provoqué une catastrophe environnementale dans quatre provinces centrales côtières du Vietnam, à savoir Ha Tinh, Quang Binh et Quang Tri et Thua Thien – Huê.

    Des centaines de personnes sont venues à plusieurs reprises devant le tribunal de Ha Tinh pour protester mais ont été dispersées voir violemment arrêtées par la police et les autorités locales.

    En juin 2019, l’Association JFFV au nom de 7875 victimes au Vietnam, a intenté une action en justice devant la Cour de Taipei, Taiwan.

    En mars 2020, la Cour a rejeté la tenue d’un tel procès arguant qu’un tribunal taïwanais n’était pas compétent en la matière et recommandé le transfert de l’affaire au Vietnam.  L’association JFFV a fait appel de cette décision.

    Le 18 novembre 2020, la Cour suprême de Taïwan a rendu un jugement de 3 pages, annulant la décision initiale et obligé le tribunal à reprendre l’instruction du dossier.
 
 Toutefois , la procédure risque de durer encore quelques années, en raison de la nature complexe de cette affaire qui est liée au droit international de l’environnement et des droits de l’homme.

  • Pollution de Formosa depuis 2016,  5 ans après, les victimes déterminées à obtenir justice

    Pollution de Formosa depuis 2016, 5 ans après, les victimes déterminées à obtenir justice

    Le  Cosunam a effectué de nombreuses démarches depuis 2016 pour rendre publique en Suisse ce drame de la pollution (pétitions , court-métrages et videos sur les réseaux sociaux,  séances d’informations et démarches auprès des autorités fédérales et cantonales).

    Le 9 avril 2021, le procès intenté contre la société Formosa devant un tribunal de Taiwan par près de 8 000 victimes a franchi une nouvelle étape. La Cour suprême de Taiwan a rendu une décision en faveur des parties plaignantes en admettant enfin la recevabilité de leur action sur sol taïwanais.

    Selon la décision de la cour d’appel, l’entreprise Formosa devrait immédiatement cesser les activités polluantes, prendre les mesures nécessaires pour éliminer la pollution et appliquer des mesures correctives pour réparer et améliorer l’environnement.

    La décision constatait également que le jugement initial du tribunal en 2020 était incorrect lorsqu’il a statué que les plaignants devaient agir à leur lieu de résidence le Vietnam pour faire valoir leurs prétentions. Il faut savoir que la réglementation en vigueur à Taiwan dans les affaires civiles comportant des éléments d’extranéité ne prévoit pas clairement l’attribution des compétences.

     Selon l’Association JFFV le collectif d’avocats internationaux mandaté , bien que la dernière décision de la Cour supérieure soit en faveur des victimes, ce jugement n’a pas encore statué de manière satisfaisante sur les questions d’indemnisation des victimes, ainsi que sur la bonne procédure à adopter par Formosa.

    Par conséquent, l’Association JFFV a continué à faire appel le 19 avril.

    L’association JFFV a notamment déclaré : « La partie la plus difficile du procès reste le manque de coopération de l’Etat communiste du Vietnam.  Dans d’autres pays, lorsqu’une entreprise étrangère viole la loi environnementale, l’État hébergeur s’efforce d’aider et de créer les conditions pour aider la population locale et les experts à enquêter, à découvrir les causes et à sanctionner si nécessaire.
    Par contre, au Vietnam, les autorités locales se placent  du côté de l’entreprise étrangère, et privilégie l’arrestation et l’emprisonnement des soit-disant ” fauteurs de troubles sociaux” i.e. quiconque ose défendre publiquement  la justice pour les victimes ( (les cas de Mme Tran thi Nga en 2018, la famille Can Trinh en 2020, et récemment la journaliste Pham Doan Trang ).

    Aujourd’hui encore, les autorités vietnamiennes déclarent que le dossier de la pollution a été surmontée (prévention sanitaire, mesures de protection d’environnement, indemnisation financière compris). Cependant, les résultats des tests et toutes les données de surveillance automatique de Formosa n’ont pas été publiés et ne respectent pas les règles de transparence pour le public.

    La catastrophe de Formose n’a pas seulement pollué la mer, tué les poissons, provoqué des pertes massives d’emploi, mais a entraîné également de nombreuses autres conséquences.  Après cinq ans, selon de nombreux locaux, un grand nombre de victimes n’ont pas reçu d’indemnisation, ou le montant n’est pas à la mesure de ce qu’elles ont perdu.  Le nombre de personnes atteintes de cancer ou d’autres maladies liées à la pollution de l’environnement est en augmentation.  De nombreuses familles ont été séparées parce que leurs parents et les jeunes doivent quitter le pays pour travailler à l’étranger dans des conditions souvent dramatiques (Londres- le camion de la mort- Cosunam Express 2020 )

    ———————————————————————-

    Un rappel du dossier.

     En avril 2016, Hung Nghiep Formosa Ha Tinh Steel Company – une filiale de Formosa Plastics Group à Taïwan a provoqué une catastrophe environnementale dans quatre provinces centrales côtières du Vietnam, à savoir Ha Tinh, Quang Binh et Quang Tri et Thua Thien – Huê.

    Des centaines de personnes sont venues à plusieurs reprises devant le tribunal de Ha Tinh pour protester mais ont été dispersées voir violemment arrêtées par la police et les autorités locales.

    En juin 2019, l’Association JFFV au nom de 7875 victimes au Vietnam, a intenté une action en justice devant la Cour de Taipei, Taiwan.

    En mars 2020, la Cour a rejeté la tenue d’un tel procès arguant qu’un tribunal taïwanais n’était pas compétent en la matière et recommandé le transfert de l’affaire au Vietnam.  L’association JFFV a fait appel de cette décision.

    Le 18 novembre 2020, la Cour suprême de Taïwan a rendu un jugement de 3 pages, annulant la décision initiale et obligé le tribunal à reprendre l’instruction du dossier.
 
 Toutefois , la procédure risque de durer encore quelques années, en raison de la nature complexe de cette affaire qui est liée au droit international de l’environnement et des droits de l’homme.

  • Coronavirus Mai 2021 – un tournant inquiétant  au Vietnam

    Coronavirus Mai 2021 – un tournant inquiétant au Vietnam

    Lors de la tenue du 13ème congrès du PCVN en janvier dernier, les communiqués officiels mettaient en avant les résultats spectaculaires du régime en matière de contrôle de l’épidémie du Coronavirus avec des chiffres de quelques centaines de contaminations et de 35 cas de décès seulement pour toute l’année 2020 . Une victoire du régime dont se targuait Hanoi , à l’exemple de la Chine, pour avoir su protéger  ” les droits de l’homme et de la santé “. Force aussi est de constater que c’est par des moyens de contrainte sans précédent ( quarantaine forcée et confinements massifs de quartiers, de localités voire de provinces entières ) que le régime a obtenu ces résultats en s’appuyant sur l’énorme appareil policier et administratif de contrôle des citoyens déjà en place depuis des décennies.

    A mi-mai 2021, la situation a brusquement viré avec une explosion en quelques semaines avec plus de 2’400 cas recensés et une augmentation croissante de  jour en jour dans tout le pays ,  touchant tout principalement deux provinces du nord Bac Giang et Bac Ninh proches de Hanoi, la capitale.

    Que pense le responsable de l’OMS , M. Kidong Park , de cette vague d’épidémies qui se déroule au Vietnam depuis fin avril  ?

    OMS Vietnam :  L’épidémie se propage rapidement dans  l’Asie du Sud- Est et cette 4ème vague devient compliquée au Vietnam. De nombreux facteurs affectent cette épidémie, y compris de nombreux cas avec des itinéraires de traçage compliqués ( flux de travailleurs transfrontaliers entre la Chine et le Vietnam,  participation de masse à des activités sociales etc ) qui la rend difficile à retracer. La source de l’infection  n’est toujours pas claire, de même que l’apparition de variantes inquiétantes.

    Cette nouvelle vague est différente des précédentes de 2020  car elle s’est propagée dans de nombreuses provinces et villes en un temps plus court.  Dès fin avril,  une vingtaine de provinces et villes ont déclaré en même temps leurs nombreux cas . Nous avons également détecté deux variantes inquiétantes (COV) B.1.1.7 et B.1.617.2 dans de nouvelles infections.

    Il y a une forte probabilité qu’il y aura plus d’infections dans la population  dans les prochains jours. L’hypothèse que le virus continue à se transmettre silencieusement au sein de la population ne peut être ignorée.  Alors que l’épidémie s’intensifie dans les pays voisins de la région, notamment au Cambodge, au Laos et en Thaïlande, on s’attend aussi à davantage de cas importés en particulier de la part de personnes entrant illégalement ou non contrôlées.

    (Extraits de l’interview du Dr Kidong Park, représentant de l’OMS au Vietnam, Mai 2021)

     

  • Coronavirus Avril 2021 – un tournant inquiétant  au Vietnam

    Coronavirus Avril 2021 – un tournant inquiétant au Vietnam

    Lors de la tenue du 13ème congrès du PCVN en janvier dernier, les communiqués officiels mettaient en avant les résultats spectaculaires du régime en matière de contrôle de l’épidémie du Coronavirus avec des chiffres de quelques centaines de contaminations et de 35 cas de décès seulement pour toute l’année 2020 . Une victoire du régime dont se targuait Hanoi , à l’exemple de la Chine, pour avoir su protéger  ” les droits de l’homme et de la santé “. Force aussi est de constater que c’est par des moyens de contrainte sans précédent ( quarantaine forcée et confinements massifs de quartiers, de localités voire de provinces entières ) que le régime a obtenu ces résultats en s’appuyant sur l’énorme appareil policier et administratif de contrôle des citoyens déjà en place depuis des décennies.

    Fin avril 2021, la situation a brusquement viré avec une explosion en quelques semaines avec plus de 1’700 cas recensés et une augmentation croissante de  jour en jour touchant tout principalement deux provinces du nord Bac Giang et Bac Ninh proches de Hanoi, la capitale.

    Que pense le responsable de l’OMS , M. Kidong Park , de cette vague d’épidémies qui se déroule au Vietnam depuis fin avril  ?

    OMS Vietnam :  L’épidémie se propage rapidement dans  l’Asie du Sud- Est et cette 4ème vague devient compliquée au Vietnam. De nombreux facteurs affectent cette épidémie, y compris de nombreux cas avec des itinéraires de traçage compliqués ( flux de travailleurs transfrontaliers entre la Chine et le Vietnam,  participation de masse à des activités sociales etc ) qui la rend difficile à retracer. La source de l’infection  n’est toujours pas claire, de même que l’apparition de variantes inquiétantes.

    Cette nouvelle vague est différente des précédentes de 2020  car elle s’est propagée dans de nombreuses provinces et villes en un temps plus court.  Dès fin avril,  une vingtaine de provinces et villes ont déclaré en même temps leurs nombreux cas . Nous avons également détecté deux variantes inquiétantes (COV) B.1.1.7 et B.1.617.2 dans de nouvelles infections.

    Il y a une forte probabilité qu’il y aura plus d’infections dans la population  dans les prochains jours. L’hypothèse que le virus continue à se transmettre silencieusement au sein de la population ne peut être ignorée.  Alors que l’épidémie s’intensifie dans les pays voisins de la région, notamment au Cambodge, au Laos et en Thaïlande, on s’attend aussi à davantage de cas importés en particulier de la part de personnes entrant illégalement ou non contrôlées.

    (Extraits de l’interview du Dr Kidong Park, représentant de l’OMS au Vietnam, Mai 2021)

     

  • Cruel Avril 2021 – En souvenir des boat-people du Vietnam

    Cruel Avril 2021 – En souvenir des boat-people du Vietnam

    Avril est le mois le plus cruel, engendrant des lilas dans la terre morte,

    Mêlant souvenir et regret, éveillant sous une averse de printemps des racines inertes. (T.S. Eliot)

    Le Cosunam n’oublie pas la date du 30 avril 1975, chute de Saigon. Initiée par un collectif de personnalités politiques suisses et vietnamiennes ( Michel  Rossetti, Pierre Marti, Elizabeth Boehler, Pierre Maudet, Nguyen Ngoc Duc, l’Association des Vietnamiens de Lausanne), une stèle a été érigée il y a déjà 15 ans à Genève, le 9 février 2006, en mémoire des centaines de milliers de Vietnamiens qui ont péri en mer sur le chemin de l’exil sans jamais atteindre les rivages de la liberté.

    Notre video du souvenir tient à rendre hommage aux nombreuses personnalités -Suisses et Vietnamiens- qui ont contribué à ce monument historique érigé en 2006 et finalisé en 2010 avec une Promenade des libertés en présence officielle du Conseiller d’Etat genevois François Longchamp ( cliquez sur le lien ci-dessous). Ce chemin piétonnier de 500 mètres environ relie la stèle des boat-people à des vestiges du Mur de Berlin ramenés au siège du Conseil Oeucuménique des Eglises.

    https://youtu.be/h_lSEPC8VRg

    Paroles d’amitié et de respect des Suisses envers une communauté étrangère intégrée, reconnaissance et gratitude des Vietnamiens envers un pays d’accueil généreux et démocratique.

    A l’exemple genevois, de nombreuses stèles du souvenir ont été érigées par les communautés vietnamiennes exilées dans le monde.

    A ce jour, 46 ans après la chute de Saigon et malgré les tentatives du régime communiste actuel pour effacer les traces de cette tragédie, le devoir de mémoire reste intact dans la conscience collective de l”humanité.

     

    ” Lorsque les hommes sont libres de choisir, ils choisissent la liberté “.

  • Peines de mort pour Dông Tâm

    Peines de mort pour Dông Tâm

    Un message de défiance à l’opinion publique, un avertissement terrifiant à l’opposition.

    Le lundi 8 mars à Hanoï, dans le procès en appel des 6 accusés du drame survenu dans la commune de Dông Tâm, district de My Duc, Hanoï, en janvier 2020, le tribunal s’est borné à confirmer le terrible verdict du premier procès qui avait condamné à la peine capitale deux accusés, Lê Dinh Cong et Lê Dinh Chuc, et à des lourdes peines de prison quatre autres accusés Lê Dinh Doanh (à perpétuité), Bui Viêt Hiêu (à 16 ans), Nguyen Quôc Tiên(à 13 ans) et une femme Mme Bui Thi Nôi (à 6 ans).

    Le drame de Dong Tam avait suscité un grand émoi au Vietnam et à l’étranger. En septembre 2020, l’Union européenne et de nombreuses ONG défendant les Droits de l’Homme – dont le Cosunam – se sont opposées au Vietnam aux deux condamnations à mort lors du procès en première instance, pointant de graves violations aux principes d’un procès-équitable.

    Ainsi, lors du procès en première instance, l’audition de certains témoins-clé (membres directs de la famille et policiers pourtant présents sur les lieux du drame) a été arbitrairement refusée ainsi que toute reconstitution sur place des faits sanglants. Le conflit d’intérêt était manifeste aussi puisque l’enquête policière a été menée par le même service de police que celui ayant mené l’assaut sanglant.

    Et, enfin, les circonstances de la mort des trois policiers lors de l’assaut (soit-disant précipités et brûlés dans un puit par les villageois) n’ont pas pu être démontrées clairement. De nombreux témoignages anonymes tendent à démontrer qu’ils auraient été victimes soit d’électrocution, soit de chutes ou de tirs collatéraux de leurs collègues lors de l’assaut de nuit.

    Depuis le début de l’affaire d’expropriation il y a 3 ans, les autorités considèrent les villageois de Dông Tâm comme une force hostile en raison de leurs oppositions ouvertes et résolues  à la confiscation de leurs terres. Elles veulent faire de Dông Tâm un exemple et, ce faisant, envoyer un message terrifiant à celles et ceux qui s’opposent aux oukases de l’Etat en la matière.

    Un recours extraordinaire est possible devant la Cour suprême. De même,  la grâce présidentielle peut être sollicitée. Toutefois, les chances de succès de telles démarches restent très aléatoires et incertaines au vu du caractère politique de ce drame et de la dépendance totale des pouvoirs judiciaires au parti communiste du Vietnam. A ce jour, les deux condamnés à la peine capitale ont refusé de plaider coupable.

    Le Cosunam suivra avec la plus grande attention le sort réservé aux condamnés de Dông Tâm en espérant que les vies de Lê Dinh Cong et Lê Dinh Chuc puissent être épargnées. De manière plus générale, cette affaire traduit tragiquement la barbarie de la peine de mort, dont le Cosunam demande l’abolition immédiate, et l’arbitraire du système judiciaire vietnamien qui condamne et exécute des individus sans respecter les garanties élémentaires d’un procès équitable.

  • Dông Tâm- l’interview de Sébastien Desfayes par RFA Radio Free Asia

    Dông Tâm- l’interview de Sébastien Desfayes par RFA Radio Free Asia

    De nombreuses personnalités politiques suisses et des observateurs étrangers focalisent leur attention sur le procès en appel des six condamnés dans l’affaire Dong Tam qui aura lieu lundi 8 mars et ce pendant 3 jours.
    Sébastien Desfayes, député au Grand Conseil de Genève, président du Cosunam, a eu un échange fin février avec l’un des avocats sur cette affaire Mr Dang Dinh Manh.

     
    Le 2 mars, Giang Nguyen, journaliste de RFA Radio Free Asia, a questionné Sébastien Desfayes sur les prochaines mesures à prendre de la Suisse à l’issue du prochain procès en appel. Voici un résumé des points importants :

     
    -Giang Nguyen: On sait que récemment vous aviez eu une conversation avec Me Dang Dinh Manh, avocat et défenseur des accusés de l’affaire Dong Tam. Pouvez-vous nous dire les dernières informations que vous avez eu avec lui ?

     
    -Sébastien Desfayes: Oui, j’ai eu un long entretien téléphonique avec l’un des avocats le 18 février. Me Manh m’a fait part d’informations intéressantes, des points positifs et aussi de ses préoccupations.
    La bonne nouvelle est que les contacts des avocats avec les accusés et leurs familles se passent relativement bien, du moins pour le moment. Il m’a dit qu’il a droit à un accès normal aux documents officiels des accusés. Pourtant, il y a une exception. Au moment de notre entretien, l’avocat ne connaissait toujours pas la date de l’audience. Nous venons maintenant d’être informés que le procès aura lieu le 8 mars, ce qui signifie une convocation de toute urgence.
    En revanche, les avocats des accusés sont préoccupés par le non-respect des principes procéduraux.
    Premièrement, l’enquête sur l’incident a été menée par le même service de police qui a pris d’assaut le village de Dong Tam. Ce qui pourrait mettre en cause l’indépendance de l’enquête. Il s’agit manifestement pour moi d’un conflit d’intérêts flagrant. Il m’a également rapporté que la justice avait refusé de reconstituer les faits et la scène de l’assaut. C’est surprenant, puisque même au Vietnam, un accident de la circulation peut faire l’objet d’une reconstitution sur le terrain. Mais, pour un problème aussi grave que celui de Dong Tam, le refus du tribunal est arbitraire.
    Autre sujet de préoccupation, j’ai appris que le tribunal n’avait pas tenu compte de la demande de l’avocat de permettre à des témoins importants de comparaître, notamment l’épouse et la belle-fille du chef du village de Dong Tam, M. Le Dinh Kinh.
    Une autre demande non autorisée est l’accès à l’ordonnance officielle de l’Etat autorisant l’intervention policière à Dong Tam. Selon les autorités, cet ordonnance est confidentielle et ne peut donc pas être divulguée au tribunal. C’est très inquiétant, car en refusant de divulguer publiquement ce document, nous pouvons en déduire que l’ordre signé du gouvernement autorisait en fait seulement la police de maintenir l’ordre et ceci sans usage de violence.

    Telles sont les différentes questions liées aux différentes procédures équitables. Je dois ajouter que selon l’avocat Manh, les pétitions et courriets de protestation envoyées au gouvernement ont eu un impact sur les décisions de la cour. L’avocat m’a informé que sur les 24 personnes initialement accusées de meurtre, seulement 6 ont finalement été accusées de crimes ( ndlr : 3 policiers ont été tués pendant l’assaut dans des circonstances douteuses et vraisemblablement par des des tirs collatéraux amis) et les autres ont été accusées seulement “d’obstruction à l’autorité”. Il a donc souligné l’importance de la mobilisation internationale et nationale.

    Giang Nguyen: Alors, selon vous, quelles seront les possibilités de réduction de la peine de mort?

    Sébastien Desfayes: Il est très difficile pour Me Manh de prédire l’issue du procès. Il ne peut faire aucune prédiction. Mais il m’a également affirmé qu’une fois la décision rendue après le procès du 8 mars, les chances de succès d’un recours spécial (révision en cassation) sont très faibles. Manh m’a également dit qu’une demande de clémence ou de grâce est possible, mais qu’elle est très arbitraire et imprévisible.
    Nous devons attendre et voir. J’admire le courage et le dévouement de mes confrères avocats vietnamiens. 

     
    -Giang Nguyen: Après votre récent entretien avec l’avocat Dang Dinh Manh, quelles mesures allez-vous prendre ? Avez-vous contacté l’ambassade de Suisse et sera-t-elle représentée comme observatrice au prochain procès?

     
    -Sébastien Desfayes: C’est une très bonne question, car M. Manh a également souligné l’importance d’avoir des observateurs indépendants présents au procès. Après notre appel avec M. Manh, Cosunam a immédiatement contacté le Ministère des Affaires étrangères suisses et lui a présenté la situation. Le ministère fédéral suisse des Affaires étrangères nous a donné réponse dans les 48 heures, montrant ainsi sa préoccupation de cet événement. L’ambassade de Suisse à Hanoï a été informée de ce cas et la Suisse, au niveau national, suivait de très près la procès Dong Tam. On nous a également rapporté que l’ambassade suisse partage ces informations entre plusieurs ambassades au Vietnam et qu’elle a également avisé le gouvernement vietnamien de ses profondes préoccupations.
    Bien entendu, programmer ce procès si rapidement pour une durée très courte est également un moyen d’éviter que trop d’observateurs indépendants ne soient présents à ce procès.

     
    Giang Nguyen: Alors Hanoi a-t-elle donné une réponse?

    -Sébastien Desfayes: Non, pour autant que je sache, il n’y a pas eu de réponse. Vous vous souvenez, l’année dernière, en octobre 2020, nous avons eu une pétition internationale avec plus de 100 signataires que nous avons soumis en mains propres au consulat du Vietnam à Genève. Bien qu’elles n’aient pas reconnu avoir reçu notre pétition, nous sommes fermement convaincus que la pétition n’a pas seulement été étudiée par les autorités vietnamiennes, mais qu’elle a également impliqué des effets positifs.
    Le dernier point que je veux faire valoir est que j’ai demandé au Barreau de Genève ODAGE d’intervenir dans cette affaire, par exemple en exprimant publiquement mes inquiétudes sur la question de Đồng Tâm. J’espère donc que le Barreau de Genève interviendra également sur cette question importante.

  • Le Vietnam postule pour un siège au Conseil des Droits de l’homme des Nations-Unies

    Le Vietnam postule pour un siège au Conseil des Droits de l’homme des Nations-Unies

    Le vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères Pham Binh Minh

    Une conception à la chinoise des droits de l’homme ?

    M. Pham Binh Minh, qui dirige la délégation vietnamienne à une récente session du Conseil des Droits de l’homme des Nations-unies, a enfoncé des portes ouvertes en déclarant que la pandémie actuelle de Covid-19 a tué des millions de personnes et affecté des milliards d’autres, pesant sur les systèmes de sécurité médicale et sociale des pays et affectant les droits de l’homme.

    En affirmant que la meilleure façon de garantir les droits de l’homme est d’assurer la “sécurité de la société”  au milieu de la pandémie, il a souligné la politique, les efforts et les réalisations du Vietnam à l’exemple de la Chine en matière de protection et de promotion des droits de l’homme dans la lutte contre la pandémie et le maintien de la croissance économique. Une drôle de conception à la chinoise des droits de l’homme ( mensonges officiels, séquestrations et confinement manu militari ) que les premiers lanceurs d’alerte de Wuhan et les pro-démocrates de Hong Kong apprécieront.

  • Le Vietnam assassin

    Le Vietnam assassin

    Le Vietnam assassine ses citoyens

    Pascale Berry-Wavre
    Pascale Berry-Wavre

    par Pascale Berry-Wavre / Le lundi 8 mars , la justice vietnamienne juge en appel six des vingt-neuf personnes qu’elle avait condamnées le 14 septembre 2020 pour des faits de résistance à l’autorité. Parmi elles, deux ont été condamnés de la peine de mort. Quel sera le sort de ces hommes qui, début 2020, se battaient encore contre l’expropriation des terres de leur village 

    Le Vietnam reste aujourd’hui l’une des pires dictature qui soit. Ses ambitions touristiques et économiques le conduisent à exproprier sans indemnisation équitable, asservir une grande partie de la population avec un impact catastrophique sur l’environnement. L’affaire dite de « Dông Tâm » illustre ces pratiques. En 1980, ce village situé à une cinquantaine de kilomètres de Hanoi donne son accord au pouvoir central pour l’occupation d’une surface de 47 hectares destinés à un aéroport militaire. Les villageois ne conservent alors plus que 59 hectares pour leurs cultures.

    Mais 40 ans plus tard, pas trace d’aéroport. Les terres restent inutilisées. Qu’à cela ne tienne : en 2017, le gouvernement veut mettre la main sur les autres 59 hectares, au profit d’un projet d’urbanisation massive. Il propose un montant dérisoire aux paysans pour les indemniser pour la perte de leurs terres, les condamnant à la misère. Le litige, avec de nombreuses péripéties, s’éternise jusqu’à ce que la police vietnamienne, dans la nuit du 8 janvier 2020, donne l’assaut sur Dông Tâm, faisant plusieurs victimes, en particulier le leader de la communauté, âgé de 85 ans, abattu sur place.

    Les 29 personnes condamnées le 14 septembre sont des villageois de Dông Tâm, qui ont tenté de protéger les leurs contre cette agression. Le procès lui-même fut un simulacre, avec menaces sur les témoins, intimidation des avocats et extorsion d’aveux sous la torture. Aucune des garanties de droit les plus élémentaires n’ont été respectées à ces accusés, qui ont été condamnés à de peines d’une sévérité extrême, deux d’entre eux à la peine capitale : Lê Dinh Chuc et son frère Lê Dinh Cong, fils du patriarche.

     L’affaire a suscité de nombreuses réactions. Grâce à l’activisme de la diaspora vietnamienne, les chancelleries de très nombreux pays, l’Union européenne et la Suisse sont alertées et se penchent désormais sur ce cas. Pour les militants des droits de l’homme, ces pressions internationales sont le seul espoir de voir la justice vietnamienne changer d’attitude dans ce dossier. 

    La prochaine fois que vous achèterez des biens fabriqués au Vietnam ou y songerez comme destination de vacances, pensez-y. Il y a de fortes chances que de simples paysans ou pêcheurs aient été spoliés, voire assassinés pour permettre l’installation d’une usine ou d’un complexe hôtelier. Que des avocats aient été arrêtés et emprisonnés pour avoir osé défendre ces victimes. Que des familles se trouvent endeuillées ou menacées. Le jugement en appel qui est attendu ces prochains jours donnera une indication de l’état de ce pays en matière de fonctionnement judiciaire et s’il est prêt à améliorer ses institutions politiques, comme s’est engagé à le faire le Premier ministre vietnamien le 19 février à Hanoï dans le cadre de l’ambitieuse stratégie de développement du tourisme jusqu’en 2030.

    Pascale Berry-Wavre
    Comité Suisse Vietnam COSUNAM