Le Vietnam et Donald Trump
Lorsque Donald J. Trump a présenté son projet de « Conseil pour la paix » à Davos, en Suisse, l’initiative a été mise en scène comme une réponse ambitieuse à la reconstruction de Gaza après la guerre. Selon ses promoteurs, cette nouvelle structure devait mobiliser ressources financières et expertise internationale afin de contribuer à la stabilisation économique et sociale du territoire palestinien.
Mais derrière le vernis humanitaire, l’initiative soulève de nombreuses interrogations. Sa charte prévoit en effet que Donald Trump en soit le premier président, disposant d’un pouvoir étendu sur la sélection des membres, l’orientation des projets et l’allocation des fonds.
En l’absence de la majorité des pays démocratiques dans le monde , la composition du Conseil apparaît aujourd’hui pour le moins hétéroclite. On y trouve notamment le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et le président argentin Javier Milei, aux côtés de représentants de l’Arabie saoudite, du Pakistan et du Qatar.
Parmi ces participants figure également un acteur inattendu : le Viêt Nam. Représenté par le secrétaire général du Parti communiste, Tô Lâm, le pays fait partie des rares États d’Asie à avoir rejoint cette structure. La séquence finale de la réunion du groupe le montre quelque peu perdu et perplexe devant cette assemblée de dirigeants internationaux.
Pour un État qui se réclame du marxiste-léninisme comme la Chine, Cuba, la Corée du Nord et le Vénézuéla , ce choix pourrait surprendre. Mais il s’inscrit en réalité dans une logique plus large qui structure la politique étrangère vietnamienne depuis plusieurs années : la « diplomatie du bambou ».
Cette qualification renvoie à l’image d’un bambou solidement enraciné mais aux branches souples. Elle résumerait selon le Vietnam à une stratégie consistant à préserver la souveraineté nationale tout en maintenant une grande flexibilité (pour ne pas dire opportunisme selon les opposants) dans les relations internationales.
Dans les faits, cette doctrine se traduit par une diplomatie de balance constante et délicate entre le grand frère chinois protecteur du Parti communiste mais oppressant et l’ancien puissant ennemi américain mais devenu si nécessaire. Car Washington est aujourd’hui de loin le premier marché d’exportation du Vietnam , représentant près d’un tiers du produit intérieur brut vietnamien.
Dans ce contexte, la participation au Conseil pour la paix de Trump du Vietnam peut être interprétée comme un geste politique destiné à préserver une relation économique cruciale et non une reconnaissance pour le projet de Trump et encore moins un souci humanitaire pour le peuple palestinien.
Luy Nguyen Tang



