Cosunam Newsletter Février 2021

Message et voeux de Sébastien Desfayes, président

La Fête du Têt commencera cette année le 12 février et marque d’abord le Nouvel An vietnamien. Personne ne regrettera l’année 2020, l’année du Rat, qui cèdera sa place à l’année du Buffle.

Si l’on en croit les astrologues vietnamiens, nous avons tout lieu d’être optimistes : endurant, fiable, capable d’atteindre ses objectifs sans perdre patience, le buffle ne flanche jamais.

Heureusement d’ailleurs : si l’arrivée du printemps est également célébrée lors de la Fête du Têt, aucun signal de dégel n’a été donné par les apparatchiks lors du 13ème congrès du Parti communiste qui ont reconduit à son poste le secrétaire général Nguyen Phu Trong, cacique parmi les caciques.

Alors que la situation au Vietnam est toujours aussi préoccupante et que la crise du Covid nous a aussi rappelé en Occident que les libertés individuelles doivent être chéries et protégées, le buffle nous apprend à rester confiants et à suivre notre chemin.

Nous veillerons en premier lieu, avec la plus grande attention, au sort des accusées du village de Dong Tam, dont deux d’entre eux avaient été condamnés à la peine de mort en première instance. L’espoir est permis, tant la mobilisation a été forte en Suisse et dans le monde.

Les familles des prisonniers de conscience au Vietnam honorent la mémoire de leurs ami(e)s suisses disparus

Nous n’oublierons pas non plus les journalistes et activistes des droits humains emprisonnés ces derniers mois par le régime d’Hanoi. De manière générale, nous apporterons aux opprimés du Vietnam la certitude qu’ils ne sont pas seuls.
Et comme le Têt est enfin, selon la tradition, la rencontre entre les vivants et les âmes de ceux qui sont partis, nous penserons à tous ceux qui nous ont quittés, qui nous manquent terriblement mais qui continuerons à nous inspirer.

Bonne Année du Buffle.
 

 

 

Huynh Thi Tô-Nga

Médecin généraliste, mère de deux enfants, cette jeune activiste fait preuve d’un courage incroyable comme tant d’autres femmes du Vietnam. En cette année d’anniversaire des 50 ans du droit démocratique de vote pour les femmes en Suisse, ayons une pensée et une action pour celles au Vietnam qui en sont privées et qui militent dans les pires conditions

Le 28 novembre 2019, le Tribunal populaire de la province de Dong Nai a jugé Madame Huynh Thi Tô Nga et son frère Huynh Minh Tam en vertu de l’article 117 du Code pénal vietnamien pour ” diffusion d’informations et d’articles dans le but de s’opposer à l’État de la République socialiste du Vietnam”. Tous deux ont été condamnés à de lourdes peines de prison – neuf ans pour le frère Tâm et cinq ans pour Tô Nga.

 
Frère et soeur étaient des commentateurs avisés sur les réseaux sociaux de la politique du gouvernement et des questions nationales, y compris la souveraineté face à la Chine, la corruption et la mauvaise gestion économique. Madame Tô Nga a été arrêtée le 28 janvier 2019 par des agents en civil à l’hôpital où elle exerçait. Elle a été portée disparue pendant plusieurs semaines avant d’être enfin retrouvée par sa famille dans un centre de détention dans la province de Dong Nai sans droit de visite.
 

Le Vietnam face au coronavirus

Le Vietnam a enregistré quelques 500 cas nouveaux d’infections depuis fin janvier 2021 et les contaminations se sont propagées rapidement à une douzaine de villes et de provinces sur tout le territoire national.  Proches de la Chine, Hai Duong et Quang Ninh, deux provinces du Nord entre Hanoi et le port de Hai Phong semblent les plus touchées avec 370 cas. Saigon-Ho Chi Minh Ville n’est pas épargnée et arriverait en troisième position avec une quarantaine de cas enregistrés début février. La grande métropole du sud est suivie par la capitale Hanoi au Nord avec trente cas, la province de Gia Lai ( Haut-plateaux du centre) avec une vingtaine de cas ainsi 7 autres provinces. 

Tous ces chiffres officiels totalisant ainsi 2’100 personnes contaminées à ce jour (nombre relativement très bas par rapport à la situation d’autres pays dont la Suisse) appellent cependant à une certaine méfiance sachant que la liberté d’expression et d’information au Vietnam est pratiquement inexistante depuis des années.

Le ministère de la santé a massivement intensifié les tests et des quartiers ou districts entiers du pays sont soumis à une sévère quarantaine. Toutes les grandes manifestations festives ont du être annulées. La télévision d’État a cité le chef du groupe de travail sur le coronavirus déclarant qu’il fallait se préparer à un scénario pouvant aller jusqu’à 30’000 contaminations. Les efforts de confinement pourraient être compliqués par la période des vacances du Nouvel An lunaire, où les grands rassemblements et déplacements à l’intérieur du pays sont typiques.

Nos pensées particulières vont vers les prisonniers de conscience dont les conditions de détention ne peuvent que s’aggraver dramatiquement.