L’éditorial de Sébastien Desfayes, nouveau président 2020

Depuis sa création en 1990, garder le flambeau de la démocratie, entretenir le feu des droits de l’homme dans l’opinion publique et défendre pacifiquement les prisonniers de conscience au Vietnam a été une constance du Comité Suisse-Vietnam.

Depuis 2010 et jusqu’au jour où il nous a quitté brusquement, Rolin Wavre a magnifiquement préservé et entretenu cet idéal souvent à contre-courant dans un monde dominé par la realpolitik et par les intérêts commerciaux.

C’est dans cet esprit de continuité que Sébastien Desfayes a accepté de reprendre la présidence du COSUNAM.

Membre actif du comité depuis presque dix ans, avocat, personnalité politique genevoise affirmée et reconnue, ayant développé depuis les années septante des liens forts avec la diaspora vietnamienne (son père Jean-Bernard était journaliste au Vietnam à cette époque pour le journal lausannois «24 Heures»), Sébastien Desfayes représente pour nous la meilleure relève sur le chemin d’un Vietnam que nous espérons plus juste et plus respectueux des droits de l’homme.

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1975 La chute de Saïgon

2020 aura d’abord été le quarante-cinquième anniversaire de la chute de Saigon, à la fin de ce « cruel avril » de 1975. Personne n’a pu oublier l’image des chars communistes enfonçant les grilles du palais présidentiel. Plus de 200’000 vietnamiens avaient déjà fui le pays, les derniers en hélicoptère depuis le toit de l’ambassade américaine, autre image ayant marqué à jamais nos mémoires.
La chape de plomb s’installa et, avec elle,  les méfaits inhérents à tout régime totalitaire. Ainsi vint le temps de la délation, de l’oppression, de la suppression des libertés fondamentales et, bien sûr, des camps de rééducation pour les intellectuels, médecins, journalistes, militaires, ouvriers, « bourgeois ennemis du peuple », etc. 
Il fallait quitter ce pays qui, pour beaucoup, était devenu une terre inhospitalière, si ce n’est mortifère. Ce fut le début de l’odyssée dramatique des boat-people. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés, entre 1975 et 1980, plus de 500’000 Vietnamiens fuirent leur pays par la mer. 150’000 d’entre eux y laissèrent leur vie. 
C’est à Genève, le 20 et 21 juillet 1979, que fut reconnu le statut de réfugié politique et le droit à la réinstallation dans un pays occidental en faveur des boat people. Plus de 5’000 boat people furent accueillis en Suisse entre 1979 et 1982.
Mais l’exode ne s’arrêta pas pour autant.

La diaspora vietnamienne libre de Suisse compte aujourd’hui plus de 15’000 hommes et femmes. Ceux qui ont vécu les tragiques événements des années 70, comme ceux qui en ont reçu le témoignage, gardent tous la même flamme, celle de l’espoir de voir un jour un Vietnam libre.

Le COSUNAM, trente ans déjà

2020 marque aussi le trentième anniversaire de la fondation par Luy Nguyen Tang , Thierry Oppikofer , Khai Nguyen Dang, Paul Keiser et Hoang Dinh du COSUNAM. Posés quelques mois après la chute du Mur de Berlin qui avait laissé souffler un vent de liberté et d’espoir, les objectifs du COSUNAM, volontairement ambitieux, s’articulaient autour de trois axes : sensibiliser l’opinion politique suisse à la situation réelle au Vietnam ; encourager toute action pacifique susceptible de favoriser la démocratie ; et participer à la reconstruction d’une nation démocratique. 
A cette époque, la question n’était pas de savoir si la dictature communiste vietnamienne allait tomber, mais quand elle allait s’effondrer. 
Pourtant, malgré la répression quotidienne et la corruption, le régime totalitaire vietnamien tient toujours. Bénéficiant, à l’instar de la Corée du Nord et de Cuba, de la protection de son « grand-frère » chinois, le Vietnam reste un des quatre derniers bastions communistes du monde.

Répression politique et violence physique au Vietnam

Mais, si le mur du totalitarisme est toujours debout, des lézardes laissent apparaître la lumière. La mansuétude dont la prétendue « République Socialiste » a bénéficié, liée à sa guerre de David gagnée contre le Goliath américain, est entamée. Il suffit pour s’en convaincre de se référer au rapport de la 125ème session du Haut-Commissariat des Droits de l’Homme à Genève qui avait éclairé d’une lumière crue les atteintes aux droits humains perpétrées quotidiennement par le régime en place. Ce fut d’ailleurs un honneur pour le COSUNAM de voir que ce rapport reprenait nombre des conclusions de son “Shadow report”. La répression politique et la violence physique sévissant au Vietnam (le drame de pollution maritime Formosa en 2016 et l’assaut contre le village de Dong Tâm en 2019) sont aujourd’hui connues de la communauté internationale. Quand bien même l’argent n’a pas d’odeur, cette image déplorable sera de nature à dissuader les grandes multinationales et les gouvernements occidentaux de commercer avec cette dictature en bout de course. Plus que jamais, et c’est un des rôles du COSUNAM, les opérations de sensibilisation et les relais politiques à Genève, en Suisse et dans le monde, devront être menées, respectivement utilisés, pour que la complaisance soit remplacée par une vision à plus long terme.
Le peuple vietnamien, comme tous les peuples, choisira la liberté lorsqu’il sera libre de choisir. 
Le combat n’est de loin pas terminé, mais la flamme de l’espoir brûle toujours. Le COSUNAM est là pour l’entretenir.

Ardents défenseurs des droits humains

2020, enfin, sera une année d’émotions et de profonde tristesse. En l’espace de quelques semaines, deux combattants et amis du Vietnam libre, Rolin Wavre et Anne-Marie von Arx-Vernon, se sont éteints. Ils étaient des enfants de l’humanisme. 
L’un était Neuchâtelois d’origine, l’autre Parisienne, mais ils étaient profondément genevois. Ils se ressemblaient. Nés dans deux familles bourgeoises, ils auraient pu se satisfaire d’un monde qui leur avait beaucoup donné. Mais ils choisirent de consacrer leur vie à améliorer le sort des autres. Lumineux, courageux, généreux, Rolin et Anne-Marie furent des ardents défenseurs des droits humains et des persécutés. 
Leur chemin devait inévitablement croiser celui du COSUNAM. Ils mirent tout leur cœur, qui était grand, au service du peuple vietnamien et de la liberté. 
Membre du COSUNAM depuis 2010, Rolin fut son président charismatique de 2013 jusqu’à son dernier souffle. De son activité passée au CICR dans des pays ravagés par la violence et la guerre, il avait gardé la calme assurance de ceux qui ont vaincu des tempêtes. Son beau regard bleu et sa haute taille impressionnaient ceux qui le rencontraient. Il émanait de lui une telle humanité que l’on avait envie de le suivre jusqu’au bout du monde. Le bout du monde précisément, Rolin y alla pour visiter, à la prison de Thanh Hoa, un prisonnier de conscience gravement malade. C’était Rolin Wavre. Co-auteur du fameux “Shadow report” qui jeta l’opprobre sur le Parti unique, sa contribution en faveur de la liberté au Vietnam fut immense.

Anne Marie von Arx-Vernon et Rolin Wavre sur l’esplanade des Nations-Unies de Genève entourés par les familles des prisonniers de conscience en janvier 2019

L’espoir est toujours plus fort que la peur

Depuis 2008, Anne-Marie incarna, pour le COSUNAM, le militantisme dans ce qu’il a de plus noble. Avec la passion et l’énergie qui la caractérisèrent, elle fut de toutes les manifestations en faveur du peuple vietnamien et de toutes les fêtes, elle qui les aimait tant, de la diaspora. Elle n’avait peur de rien, et surtout pas d’être arrêtée par la police genevoise pour avoir participer à une opération “Knock on the door” devant le Consulat du Vietnam. Des dissidents persécutés et leurs familles reçurent sa visite en 2012. Elle leur donna sa force et cet optimisme que rien ni personne ne pouvait altérer. Elle aimait à dire que l’espoir est toujours plus fort que la peur. A sa demande, d’autres dissidents et activistes des droits de l’homme furent accueillis à la Mairie de Genève en 2017. C’était Anne-Marie von Arx-Vernon. Par ses actions, elle changea, pour le meilleur, le destin d’innombrables individus au Vietnam et ailleurs que la vie n’avait pas épargnés.  

Rolin et Anne-Marie laissent deux conjoints, Pascale et Jean-Luc, et quatre enfants qu’ils avaient tant aimés. Nous leur disons aujourd’hui que nous ferons tout pour que leur flamme, celle de l’espoir, illumine un jour un Vietnam libre. 

  • Sébastien Desfayes
 
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Vietnam d’aujourd’hui

et liberté d’expression