Servir pour que Genève et la Suisse restent des lieux de paix, de tolérance et de raison.
Hommage à Rolin Wavre

ROLIN WAVRE , 2020-2025, cinq ans déjà
Comme d’autres ont choisi d’affirmer « Ich bin ein Berliner », Rolin Wavre a adopté la cause du Vietnam, du Vietnam libre, du Vietnam démocratique. Il était devenu un Vietnamien comme les autres. C’est par l’action et par l’engagement, que Rolin Wavre a découvert le Cosunam et a accepté de le présider. Il a su aussi apporter des innovations et fut un acteur déterminant pour obtenir la libération de plusieurs détenus. Il sut renforcer les liens du Cosunam en particulier avec le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Un hommage par Bernard Favre, membre du Bureau du Comité Suisse-Vietnam COSUNAM
Flaubert se trompait. Pour lui, on mesurait la valeur d’un homme au nombre de ses ennemis. Rolin Wavre, qui présida le Cosunam de 2013 à 2020, n’avait pas d’ennemi ; tout au plus quelques adversaires, qu’il respectait, outre des idées qu’il combattait et d’autres pour lesquelles il s’engageait. Mais, partout, il savait générer la concorde et la confiance.
J’ai eu la chance de compter parmi ses amis, depuis l’époque où il s’est investi politiquement dans le même parti que moi. Son ambition (puisqu’il en faut en politique) ? Je me souviendrai toujours de sa réponse : « Servir, pour que Genève et la Suisse restent des lieux de paix, de tolérance et de raison. Parce que le reste du monde en a besoin. »
Solide dans les valeurs selon lesquelles son éducation, son caractère et son parcours l’avaient guidé, il n’avait rien à gagner en politique et tout à donner.
À cette époque, Nguyển Tăng Luỹ, secrétaire général du Cosunam, m’avait approché pour un projet sensible. Il s’agissait d’organiser une visite discrète au Vietnam, avec une personnalité genevoise, pour y rencontrer des militantes et militants des droits humains. Il fallait trouver une personne pas encore assez connue pour susciter la méfiance, et déjà suffisamment introduite pour que son témoignage puisse avoir de l’impact et que sa notoriété la protège.

Rolin Wavre m’apparut immédiatement comme le candidat idéal. Son expérience comme délégué et chef de mission du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), lui permettait d’appréhender justement les risques de l’aventure. Comme son épouse Pascale le dit souvent : « Rolin et moi, nous nous sommes rencontrés en prison. » – des prisons où l’institution genevoise s’efforce d’apporter un témoignage d’humanité et de négocier inlassablement de meilleures conditions de détention. Après dix-sept ans au service du CICR, il avait occupé la fonction de directeur des opérations à l’Organisation mondiale contre la torture, avant de devenir le secrétaire général du Parti radical genevois. C’était le candidat idéal, vraiment. Encore fallait-il qu’il accepte.
La présence lumineuse au Vietnam fut d’une importance majeure pour les militantes et militants des droits de l’homme.
Il l’a fait, sans hésiter. Il a organisé son voyage prétendument touristique et, plus discrètement, ses visites auprès de dissidents, sa participation à une manifestation de démocrates au cœur de Hanoï et une tentative de visite à un prisonnier d’opinion. Sa présence lumineuse fut d’une importance majeure pour ces militantes et militants. Elle signifiait : « Servir, pour que Genève et la Suisse restent des lieux de paix, de tolérance et de raison. » Nous étions en 2010. Deux ans plus tard, une autre personnalité politique genevoise, notre regrettée amie Anne-Marie von Arx Vernon, faisait, elle aussi, ce voyage.
C’est ainsi, par l’action et par l’engagement, que Rolin Wavre a découvert le Cosunam. Trois ans plus tard, tout naturellement, il a accepté de le présider lorsqu’on le lui a demandé. Fidèle aux combats de son prédécesseur, il a su aussi apporter des innovations. Il fut ainsi un acteur déterminant pour obtenir la libération de plusieurs détenus. Il sut renforcer les liens du Cosunam avec l’administration fédérale, en particulier avec le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Bien que membre éminent du PLR genevois, il sut aussi ouvrir le Cosunam à des soutiens politiques plus larges que ceux issus, traditionnellement, de l’entente PLR-PDC.

Très vite, comme d’autres ont choisi d’affirmer « Ich bin ein Berliner », Rolin a adopté la cause du Vietnam, du Vietnam libre, du Vietnam démocratique. Il était devenu un Vietnamien comme les autres. Et puis, au printemps 2020, cet étrange printemps 2020, Rolin Wavre s’est endormi auprès de son épouse après une journée de sport. Il ne s’est plus réveillé. Mais, sur son visage, son épouse a vu un sourire. Ainsi s’en est allé, la paix au cœur, celui qui n’avait pas d’ennemi. Ainsi reste, dans notre souvenir, l’empreinte de cet homme qui portait l’espoir.




