LES CINOUANTE PRINTEMPS DE L’EXIL 1975-2025 de la chute de Saïgon au demi-siècle d’accueil de la diaspora vietnamienne en Suisse
LES CINOUANTE PRINTEMPS DE L’EXIL 1975-2025
de la chute de Saïgon au demi-siècle d’accueil de la diaspora vietnamienne en Suisse
Réalisé à la demande du Comité Suisse-Vietnam (Cosunam), cet ouvrage commémore les cinquante ans de la chute de Saïgon et de l’exil des Vietnamiennes et Vietnamiens du Sud ayant fui le régime communiste. Dans le même temps, il célèbre également les cinquante ans de l’accueil et de l’intégration de cette diaspora en Suisse et à Genève.
Voici des extraits de l’introduction de cet ouvrage historique préfacé par François Longchamp, ancien Président du Conseil d’Etat de Genève qui sera présenté au public en février 2026.
Introduction
Le 30 avril 1975, les forces armées nord-vietnamiennes, soutenues par l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), lancent une offensive décisive contre leurs ennemis du Sud qui ont perdu le soutien que les Américains leur avaient apporté jusqu’en 1973 dans ce conflit fratricide.
L’histoire se souvient de cette date comme celle de la « chute de Saïgon » qui a consacré la victoire d’un camp sur l’autre et dans laquelle d’aucuns veulent voir l’épilogue de la guerre du Vietnam.
Cet événement n’en constitue pas moins le début du douloureux exil de Vietnamiens du Sud qui, nombreux, tenteront de fuir leur pays dans des conditions souvent aussi périlleuses que dramatiques.

Au total, plusieurs millions de personnes vont ainsi quitter le Vietnam. Plusieurs centaines de milliers d’entre eux n’arriveront nulle part. Même s’il est difficile d’en faire avec précision le macabre décompte, les historiens s’accordent à estimer à 300 000 le nombre des personnes ainsi disparues – avalées par la mer dans laquelle elles s’étaient jetées à bord de frêles esquifs ; mortes de faim et de soif au cours de navigations approximatives qui ne leur ont pas offert de destination; parfois abandonnées à leur fatale dérive par ces navires qui les ont croisées sans leur porter secours ; ou encore tuées par ces pirates, nombreux le long des côtes thaïlandaises, qui se sont approprié les quelques biens avec lesquels elles fuyaient leur pays.
Des vents et courants davantage favorables ont permis à d’autres d’accoster sur des rives hospitalières ou d’être sauvées des eaux par quelque capitaine respectueux du code d’honneur des marins. Ensemble, elles ont alors cheminé dans leur exil jusque vers ces pays qui allaient accepter de les accueillir.
Une partie de ce flux de migrants a été dirigée vers la Suisse, à une époque où celle-ci appliquait encore, en matière d’immigration, le système dit des contingents. Nous aurons l’occasion d’interroger, au fil de ces pages, les liens que ces deux pays ont ainsi pu entretenir.
Au cours de ce demi-siècle, cette émigration vietnamienne a su enrichir la Suisse de nouveaux confédérés. Réputées discrètes, cette communauté et sa descendance ont fait émerger plusieurs personnalités brillantes qui contribuent à son rayonnement dans différents domaines stratégiques, scientifiques, juridiques, universitaires, industriels et commerciaux.

Cette émigration, qui se décline désormais autour d’une deuxième et d’une troisième générations, fait figure de modèle d’intégration en Suisse. Elle y est réputée pour s’être fondue dans la société helvétique en s’appropriant ses codes, tout en maintenant un lien très fort avec sa culture millénaire.
L’excellente intégration des Vietnamiens en Suisse doit par ailleurs s’apprécier à l’aune des injonctions sociales, culturelles et communautaires qui ont pu peser sur certains membres de cette diaspora, comme nous le confient certains témoins. D’autres confessent avoir dû faire face à ces difficultés paradoxales auxquelles les a confrontés le fait de s’être efforcés à devenir « plus suisses que les Suisses ». Leur discrétion et leur humilité leur ont parfois valu de rater des portes dans ces compétitions que constituent les processus de recrutement ou les promotions…
Nonobstant la résilience exemplaire que l’on s’accorde à reconnaître aux membres de la communauté vietnamienne, leur immigration politique n’en a pas moins eu pour origine la fuite d’un régime autoritaire dont les exactions ont laissé des séquelles traumatisantes chez celles et ceux qui en ont été victimes. Ainsi, cinquante ans après la chute de Saïgon, les plaies de certains de ces « vaincus » de la guerre du Vietnam peinent encore à se refermer, tandis que les « vainqueurs » se maintiennent à la tête de l’actuelle République socialiste du Vietnam, dans ce régime autoritaire qui ne tolère qu’un parti unique et réprime sévèrement les oppositions.

Pour cette raison, de nombreux Vietnamiens de cette première génération se sont installés dans une forme de résistance qu’ils ont organisée depuis leur pays d’accueil. Depuis cinq décennies, celle-ci prend la forme de diverses actions de sensibilisation des autorités politiques des pays hôtes sur les réalités vietnamiennes actuelles. Elle s’exprime par des manifestations pacifiques en faveur de la démocratie et réclamant la libération de prisonniers politiques.
Telle est notamment une des raisons d’être du Comité Suisse-Vietnam (Cosunam) qui a choisi de commémorer le cinquantenaire de ces événements via cette opuscule que viennent enrichir divers podcasts audio dans une démarche de mémoire vivante.
Elle a ainsi permis la rencontre de plusieurs témoins de différentes générations qui relatent des réalités diverses. Les récits des boat people, dont il convient de rappeler les conditions dramatiques dans lesquelles ils sont arrivés, y ont bien sûr une place prépondérante. Chacun de ces témoignages ouvre une porte pour explorer un aspect de leur histoire et établir un lien avec le présent.
Si la communauté vietnamienne de Suisse s’interroge parfois, voire se divise, lorsqu’elle est questionnée sur l’attitude à adopter vis-à-vis du Vietnam d’aujourd’hui, la classe politique genevoise semble au contraire, quant à elle, afficher un front de plus en plus uni sur le sujet.
Par-delà les valeurs qui transcendent les engagements partisans de ces femmes et de ces hommes politiques suisses, la situation au Vietnam, telle que dénoncée par les militants du Cosunam, vient interpeller toute la classe politique suisse. Elle ne se résume plus seulement à la défense (ô combien importante !) des droits humains et des principes démocratiques. Elle questionne désormais ces autres équilibres économiques et environnementaux majeurs, dont la fragilisation représente aujourd’hui, à leurs yeux, une menace non seulement pour le Vietnam, mais aussi pour le reste du monde.
Alors aujourd’hui, à l’occasion des 50 ans de la chute de Saïgon, au travers des différentes manifestations qui ont émaillé l’année 2025 et via cette opuscule, les membres et les amis du Cosunam unissent leur voix pour protester contre les exactions dont sont encore victimes, au Vietnam, ceux qui dénoncent les graves entorses faites aux droits humains, à la liberté d’expression et aux principes démocratiques.
Donnant un écho au poème de Niemöller, Sébastien Desfayes, le président du Cosunam, inscrit son action dans le sens de l’histoire avec cette phrase aussi simple que définitive : « Car si ce n’est pas nous qui le faisons, personne ne le fera. »
Voir la présentation détaillée de l’ouvrage à la rubrique “Qui sommes nous” du Site Cosunam.



