14ème congrès du PCVN , dix ans de recul et toujours une attente
Par Dang Xuong Hung, ancien Consul du Vietnam à Genève, après le 14ème Congrès du PCVN Parti communiste vietnamien.
En 2014, coup de tonnerre dans le milieu de la diaspora vietnamienne exilée de Suisse. Le consul du Vietnam Dang Xuong Hung présente une demande de réfugié politique en critiquant ouvertement le parti communiste vietnamien PCVN dont il est membre actif. Il s’en explique sur les médias suisses ( voir ci-dessous le lien de l’émission “Genève à chaud” en 2014 de Pascal Decaillet sur YouTube). Aujourd’hui , à la lumière de l’accession et du maintien au pouvoir du général Tô Lam, patron de la Sécurité du régime et secrétaire général du Parti communiste, Dang Xuong Hung nous livre ses sentiments et son refus du fatalisme après le 14ème congrès du PCVN.
Il y a dix ans, après le 12e Congrès, j’écrivais dans un état d’esprit mêlé d’attente, de lucidité et d’inquiétude. Aujourd’hui, le 14e Congrès terminé, j’éprouve une amère sensation : dix ans ont passé, mais ce sentiment est resté quasi inchangé. Ce sont toujours des discours préparés d’avance, des résolutions pleines de beaux mots, des promesses usées aux oreilles. C’est toujours l’attente vague d’une société habituée à attendre.
Le problème ne réside pas dans quelques slogans ou diatribes, mais dans le cadre de pensée et le mécanisme qui se sont figés. Ce système n’a pas été conçu pour se transformer véritablement. La chose la plus dangereuse pour mon pays, c’est cette rigidité envers un modèle idéologique que le monde a abandonné depuis des décennies. Le marxisme-léninisme n’est plus une force motrice, mais un obstacle à la pensée. Tandis que le monde évolue, nous restons enlisés à défendre un système qui a prouvé son échec à l’échelle mondiale. La démocratie, c’est le partage du pouvoir ; le communisme, c’est la concentration du pouvoir.
Il y a dix ans, j’écrivais que seule la réforme politique, l’élargissement de la démocratie et l’amélioration des droits humains peuvent sortir le pays de la crise. Dix ans plus tard, la réalité ne m’a donné aucune raison de revenir sur ce jugement. La société vietnamienne ressemble à une cocotte-minute comprimée depuis trop longtemps. Le mécontentement ne disparaît pas, il passe de l’expression publique au mutisme. Les gens apprennent à se taire, à s’adapter, mais cela ne fait pas disparaître les problèmes fondamentaux.
Sans un changement dans la pensée démocratique, tout changement de personnel n’est que du changement de surface.
L’histoire le montre : sans des hommes et des femmes assez courageux au sein de l’appareil du PCVN, prêts à placer l’intérêt national au-dessus des intérêts personnels, tout changement aura du mal à éviter un scénario douloureux.
Dix ans, c’est une génération entière d’occasions manquées. Sans un changement dans la pensée démocratique, tout changement de personnel n’est que du changement de surface. Sans le courage de se remettre en question, tout congrès n’est que la répétition d’elle-même.
Je refuse toujours d’accepter que l’attente soit le destin éternel de mon peuple. Que le destin soit clément envers le Vietnam, le jour où le changement ne sera plus une chose à espérer, mais une chose inévitable.
Dang Xuong Hung — 24 janvier 2026



