Derrière l’économie et le tourisme,

une dictature impitoyable

Rolin Wavre, Député et président de Cosunam

Derrière les charmes bien réels du pays se cache une autre réalité, beaucoup plus cruelle et cynique. Pour l’affirmer, le Comité Suisse Vietnam (Cosunam) se fonde depuis 30 ans sur les témoignages directs, documentés et concordants de citoyens vietnamiens victimes de répression.   
Le développement économique nourrit une corruption massive et bénéficie avant tout à la direction du parti communiste au pouvoir, seul autorisé par la Constitution à dire la volonté de la population ! Quiconque s’exprime autrement est arrêté, battu, détenu sans accès à un avocat jusqu’à son procès. Ces centaines de détenus politiques sont jugés en moins d’une heure, dans une salle remplie de policiers dont les observateurs étrangers sont tenus l’écart. Le verdict, dicté aux juges par le Parti, est connu à l’avance.

Critiquer la politique du gouvernement est considéré comme un crime et vaut au plus pacifique des contestataires des peines de prison de plusieurs années. Ces peines disproportionnées doivent être purgées dans des conditions désastreuses et dans une prison en général située, à dessein dans leur cas, à l’autre bout du pays, ce qui, au Vietnam, signifie 1500 ou 2000 km, un voyage épuisant et terriblement couteux pour les familles. Quand ils font l’objet de trop d’attention publique en détention, les prisonniers politiques sont expulsés et séparés à jamais de leurs familles restées au pays. Leurs parents, amis et enfants rencontrent les pires difficultés dans leur vie courante et subissent des représailles insidieuses. Perte d’emploi, harcèlement policier, attaques par des civils téléguidés par la police ; tous les moyens sont bons pour punir les familles des courageux citoyens qui refusent de baisser la tête.

Pour couronner le tout, leurs avocats sont accusés de crimes contre le Vietnam pour le seul fait d’avoir fait leur travail. Ils finissent généralement en prison, comme Me Van Dai, lourdement condamné, puis expulsé en juin dernier. Il est venu en témoigner à Genève à la fin novembre dernier.

En juillet 2017, des agents du régime vietnamien sont allés jusqu’à enlever en plein Berlin Trinh Xuan Thanh, un ancien apparatchik qui avait demandé asile en Allemagne. Ramené de force au Vietnam, il a été condamné à la perpétuité. Un agent vietnamien vient d’être condamné par un tribunal allemand pour cet enlèvement.

Ce même Vietnam, qui prétend sourire aux touristes et aux investisseurs, se prépare à verrouiller totalement son réseau internet. Ce même Vietnam s’apprête à passer l’Examen Périodique Universel EPU devant la Commission des Droits de l’Homme à Genève le 22 janvier prochain. On peut donc s’attendre à voir paraître une pluie d’articles de commande louant les progrès économiques et touristiques du Vietnam.  A l’image de celui auquel j'ai répondu dans un journal genevois, signé par le patron d’une société spécialisée dans la réputation électronique et la propagande sur les réseaux sociaux, destinés à masquer les basses œuvres de l’une des plus cynique dictature d’Asie. 

Rolin Wavre

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Manifestation lors de l'Examen Périodique Universel des Nations-Unies sur la situation des Droits de l'homme au Vietnam

Mardi 22 janvier 2019 à 13h30

Place des Nations à Genève

Le troisième EPU du Vietnam doit avoir lieu le 22 janvier 2019 à 14h30 dans l'enceinte de l’ONU, à Genève en Suisse. Il s'agit de l'Examen Périodique Universel tous les 4-5 ans sur la situation des droits de l'homme auquel chaque pays doit se soumettre et se doit de remettre un rapport y relatif aux instances concernées des Nations- Unies.

Selon la FIDH, la Fédération Internationale des Droits de l'Homme FIDH ainsi que plusieurs autres ONG concernées en la matière, « Dans sa forme actuelle, le rapport du gouvernement pour l’EPU révèle l’incapacité de Hanoi de reconnaître les problèmes des droits humains et son manque de volonté politique à les régler. Le gouvernement devrait prendre en considération toutes les informations fournies par la société civile, en particulier au regard de la situation effroyable des principaux droits civils et politiques, et garantir que son rapport pour l’EPU reflète leurs préoccupations ».

 

A l'initiative de l'Association des Vietnamiens de Lausanne et du Comité Suisse-Vietnam Cosunam à Genève, les représentant(e)s d'une trentaine de communautés et organisations civiles vietnamiennes du monde entier seront présents à Genève, comme en 2014, pour faire entendre leurs voix et informer l'opinion suisse et internationale sur la triste réalité des droits de l'homme au Vietnam depuis ces dernières années ( voir nos précédentes éditions).

 

 

Un colloque de discussions et d'informations aux médias et ONG internationales le lundi 21 janvier 2019 suivi d'une manifestation pacifique et autorisée le mardi 22 janvier 2019 à 13h30 à la Place des Nations ( Broken Chair) à Genève seront ainsi organisés par un comité d'organisation collectif.

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A QUEL PRIX ?

Dans la Tribune de Genève du jeudi 13 décembre, sous la rubrique "Planète réseau"  le Vietnam était présenté comme un pays remarquable en matière de développement économique. Quelle arrogance ! Comment ne pas évoquer le très lourd prix payé par le peuple pour ce "développement remarquable".... J'ai vu de mes yeux en 2012, des plans de constructions de casinos, bordels, hôtels de luxe qui vont se succéder, notamment sur les plages de Danang. J'ai rencontré des paysans et des pécheurs expropriés, sans contrepartie leur permettant de vivre décemment, pour justement construire ces hôtels, casinos et bordels qui se succèdent et semblent être la preuve de ce "développement remarquable" ! Il faut savoir que le prix à payer est la traite des êtres humains, (exploitation de la force de travail, prostitution forcée, vente de "mariées" ) instituée comme pratique pour maintenir le peuple dans la précarité et donc la dépendance totale envers ceux qui les exploitent. Tant qu'il n'y aura pas de vraie liberté démocratique et de liberté d'expression pour les dissidents vietnamiens il n'y aura pas de "développement remarquable, mais une image" en trompe l'œil"  qui cache l'exploitation des plus vulnérable par un régime dictatorial et corrompu.

Anne Marie von Arx-Vernon, experte en lutte contre la traite des êtres humains,
Députée au Grand Conseil de la République et Canton de Genève

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A l'initiative de Mme Anne Marie von Arx-Vernon, une lettre ouverte signée par une cinquantaine de citoyen(ne)s suisses (liste ci-dessous) a été adressée le 27 novembre dernier au ministère de la sécurité publique du Vietnam en faveur de Mme Tran Thi Nga, prisonnière de conscience, battue et maltraitée en prison depuis son emprisonnement en janvier 2017.

Copie de cette lettre (voir notre édition de novembre 2018) a été envoyée à l'ambassadeur du Vietnam en Suisse et au Département fédéral suisse des Affaires Etrangères.

Au nom du collectif des citoyens suisses

Anne Marie von Arx, Delphine Bachmann, Patricia Bidaux, Claude Bocquet, Christina Meissner (Députées PDC Grand  Conseil), Anne Penet, Marie Barbey (Conseillères municipales), Catherine Moroni (Présidente du groupe Femmes PDC), Marie-Thérèse Dupont, Michèle Makki, Martine Djounguy, Mariana Paun, Tania Alvarez, Nguyen Dang Khai, Lê-Van Vinh Thanh, Simon Brandt (Député PLR Grand Conseil), Dao Duc My, Eliane Frauenfelder, Thê Hông Tang Lâm, Nguyen Tang Luy, Jean-Marc Comte (Conseiller administratif), Dang Xuong Hung (Ancien Consul du Vietnam à Genève), Michel Rossetti (Ancien Maire PLR de Genève), Tran Huu Kinh, Rolin Wavre (Député PLR Grand Conseil), Xuân Hoa Nguyen Tang, Sébastien Desfayes (Ancien Président du PDC de Genève), Khanh Nguyen Bourodimos, Joël Frauenfelder, Nguyen Van Sang, Anne Comte, Fanny Wang, Nguyen Van Cung, Angela Stival (ACAT Lausanne), Hông Vân Lê Van, Natacha Desfayes (Députée suppléante PLR Grand Conseil), Michael Steck (ACAT Suisse), Elizabeth Böhler-Goodship, Nguyen Thi Phuong Yên, Jean-Luc von Arx (Conseiller municipal PDC Genève), Vo Tân Minh, Valentino Cavalieri (Conseiller municipal PDC), Pham Thi Binh, Pham Mai, Uong Nguyen Thi Xuân, Nguyen van Ngoan.

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Lê Dinh Luong

"L’Histoire jugera mes actes"

Le 10 décembre est devenu la Journée Internationale des Droits de l’Homme à travers le monde. En effet, c’était le 10 décembre 1948 que 48 états membres de l’Organisation des Nations Unies, ont adopté ce texte qui fixe une norme commune à tous les pays. Comme c’est écrit dans son préambule, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme se veut être un « idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations ».

Mais cette année, le 10 décembre comporte aussi une autre signification. Le 10 décembre, c’est également l’anniversaire d’un militant écologiste vietnamien, M. Le Dinh Luong. Le 10 décembre, M. Le Dinh Luong a "fêté" ses 53 ans en prison. Et il va encore fêter les 19 prochains anniversaires en prison. En effet, pour avoir milité depuis des années pour la liberté d’expression, pour avoir milité contre la corruption, contre les pollutions industrielles, il a été condamné à 20 ans de prison au mois d’août dernier. Avant son arrestation, il a été harcelé et tabassé à plusieurs reprises. Mais ces agissements perpétrés par les sbires des forces vietnamiennes de sécurité n’ont pas dissuadé M. Le Dinh Luong de continuer son combat pacifique pour la justice sociale.

En 2015 et 2016, M. Le Dinh Luong est venu en aide aux pêcheurs de la province Nghe An, victimes directes d’une pollution marine causée l’aciérie taiwanaise Formosa, qui a rejeté dans la mer des tonnes de produits toxiques, causant la mort de millions de poissons et coquillages sur 200 km de côtes vietnamiennes. M. Le Dinh Luong a aidé les pêcheurs à constituer des dossiers de plaintes auprès du tribunal de Nghe An pour demander réparations de leurs préjudices.

Arrêté en 2017, M. Le Dinh Luong a été condamné en août 2018 à 20 ans de prison suivis de 5 ans d’assignation à résidence. Le jour de son procès, il a déclaré au tribunal : «L’Histoire jugera mes actes. Je suis heureux d’aller en prison si cela permettra à mon peuple de connaître la démocratie».

M. Le Dinh Luong fait partie des 3 prisonniers de conscience mis en avant par l’ACAT France, ACAT signifie l’Action Chrétienne pour l’Abolition de la Torture.

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Soirée de soutien aux femmes engagées

un récit de Francis Richard

Le 27 novembre dernier, dans la salle communale des Délices du Grand-Saconnex, a eu lieu une soirée de soutien aux femmes engagées du Vietnam, organisée par le Cosunam (Comité Suisse-Vietnam), que préside Rolin Wavre, député au Grand Conseil genevois.
Aujourd'hui il y a au moins 97 prisonniers d'opinion au Vietnam d'après Amnesty International et parmi eux nombre de femmes. Les participants de cette soirée savent que le prix du repas qu'ils ont acquitté servira à soutenir ces femmes engagées et leur famille. Parmi les convives, il faut au moins citer Serge Dal Busco, Conseiller d'État de la République de Genève, Laurent Jimaja, Conseiller administratif et Maire du Grand-Saconnex.
Tous deux prendront d'ailleurs la parole pour exprimer leur soutien à la cause de la soirée, de même que Michael Steck, membre du Comité de l'ACAT-Suisse (Action des chrétiens pour l'abolition de la torture).

Clicquez pour visionner la video

https://youtu.be/CTLDKDuwq7s?fbclid=IwAR0lnEv3Kzzg4JHsQUOMW6A3VfhhbUPal_fYLj2koy_EUmLoki--vypwaH4

Pendant le repas, une vidéo est projetée, qui rend hommage à certaines de ces femmes engagées pacifiquement contre le régime. Ce sont des dissidentes, des blogueuses, des femmes qui défient le régime socialiste en place au Vietnam en manifestant, en écrivant. Que font-elles de mal? Elles défendent les droits de l'homme,  s'élèvent contre des expropriations opérées par l'État ou contre la pollution que l'État permet.Ces femmes engagées sont souvent condamnées pour violation de l'article 88 du code pénal vietnamien relatif à la propagande anti-État...

Parmi ces femmes engagées, il y a Tran Thi Nga, une blogueuse, qui a été arrêtée le 21 janvier 2017, condamnée le 25 juillet 2017 à 9 ans de prison.
Comme il y a de sérieuses inquiétudes sur ses conditions de détention - elle a été violemment battue et menacée de mort par sa codétenue -, Anne Marie von Arx-Vernon est intervenue Au nom du Collectif pour les droits humains et pour la lutte contre la violence faite aux femmes, la députée au Grand Conseil genevois a adressé au Ministre vietnamien de la Sécurité publique, une lettre ouverte le 10 octobre 2018 demandant sa libération.

Mais hier soir, Anne Marie von Arx-Vernon est en présence d'un autre ancien prisonnier politique, l'avocat Nguyen Van Dai. Ce défenseur de dissidents, notamment de femmes engagées, a lui-même été condamné à 15 ans de prison pour tentative de renversement de l'État (sic). Nguyen Van Dai est considéré par le régime vietnamien comme un grand criminel, "Membre de la Fraternité pour la démocratie et il a eu l'audace de former des étudiants en droit ".
Après plus de deux ans de détention (il a été arrêté le 16 décembre 2015), il a été libéré et expulsé aussitôt en Allemagne le 8 juin 2018 ainsi que son assistante Le Thu Ha. Nguyen Van Dai, interrogé par Anne Marie von Arx-Vernon, raconte à l'assistance tous les mauvais traitements qu'il a subis: il n'est pas bon d'être avocat là-bas...

Le soutien des commensaux a heureusement eu une contrepartie gastronomique, qui ne pouvait que les soutenir pendant qu'ils entendaient toutes ces tristes nouvelles.
Ainsi, le menu du repas, succulent et raffiné, a été élaboré par une équipe de cuisine venue expressément de Paris (Rouleaux de printemps - Raviolis frits - Bouchées aux crevettes, soupe de vermicelles au crabe, riz gluant dans sa feuille de banane avec salade vietnamienne, nid de nouilles croustillantes au poulet et légumes, bananes au jus de lait de coco et petits soufflés).

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Venez nombreux défendre les droits de l'homme et la liberté d'expression au Vietnam

Mardi 22 janvier 2019 à 13 h30

Place des Nations à Genève