Catastrophe écologique d'avril en mer vietnamienne

Pour une poignée de yuans

Il aura fallu trois mois, et de nombreuses protestations au Vietnam comme partout dans le monde, pour que le régime communiste vietnamien déclare enfin le 30 juin dernier la responsabilité de l'aciérie chinoise Formosa dans la catastrophe écologique, humaine et économique qui empoisonne les côtes du centre Vietnam depuis avril 2016.


Après avoir, dans les 1ères semaines, verrouillé l'information en empêchant toute manifestation publique, invoqué pêle-mêle différentes hypothèses (comme des phénomènes de remous de fonds marins exceptionnels ou des court-circuits électriques) et refusé toute aide des scientifiques internationaux, les officiels vietnamiens ont dû finalement admettre une responsabilité humaine dans ce désastre tout en critiquant violemment au passage les médias indépendants et réseaux sociaux du pays, coupables de "ne pas avoir su faire preuve de retenue et de modération" dans la divulgation de ce scandale.

Formosa avoue sa faute, le parti passe à la caisse, la population trinque

(slogan de protestation du syndicat des pêcheurs du Centre Vietnam)

Un dédommagement financier de quelques 500 millions de dollars a été hâtivement convenu avec le groupe chinois, mais sans démontrer les solutions pratiques envisagées par le gouvernement vietnamien pour remédier au désastre écologique, humain et économique de cette région côtière pour les prochaines années. Rappelons que les exportations de produits de la mer vietnamiens se sont élevées en 2015 à quelque 6 milliards de dollars.

Pourtant, cette catastrophe (300 tonnes de produits toxiques sur 250 kms de côtes) n'est que la pointe de l'iceberg qui menace l'intégrité environnementale du Vietnam face à l'exploitation effrénée de ses ressources. Complice à ce jour par cupidité et par faiblesse des intérêts chinois, le régime ne pourra plus éluder ses responsabilités face à la population vietnamienne.

Le respect de l'écologie et de l'homme doit passer avant les intérêts économiques. La liberté d'information, d'expression et de manifestation en sont les garants.

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Mise à jour de la pétition du Cosunam du 13 juin 2016

Par le lancement de cette pétition, nous avons voulu être solidaires de la détresse de ces milliers de Vietnamiennes et Vietnamiens. Comme d'autres dizaines de manifestations en Suisse et dans le monde, notre appel aura contribué modestement à mettre au grand jour un drame que le régime aurait volontiers banalisé ou passé sous silence.

Au nom du Bureau du Cosunam, je tiens à remercier toutes les personnes de bonne volonté, nos membres et nos sympathisants, qui ont apporté leur soutien en approuvant et en signant la pétition du 13 juin 2016. 

Nguyen Tang Luy, secrétaire général

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En rentrant au Vietnam malgré leur statut de réfugié politique

21 Vietnamiens perdent

leur droit d'asile

Selon le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), le statut de réfugié a été retiré cette année à 21 personnes d'origine vietnamienne qui se sont rendues dans leur pays de provenance le Vietnam. 

L'interdiction faite aux réfugiés reconnus de voyager dans leur pays d'origine ou de provenance risque d'être renforcée. Le Conseil fédéral a mis fin juin en consultation une réforme de la loi sur les étrangers qui va dans ce sens.

La loi suisse partirait du principe que les réfugiés qui se rendent dans leur pays se placent de nouveau volontairement sous la protection de cet Etat. Une procédure visant le retrait de la qualité de réfugié sera alors immédiatement engagée.

S'il existe un soupçon fondé qu'un réfugié cherche à contourner cette interdiction, le SEM pourra en outre prononcer une interdiction de voyager concernant des Etats voisins ou des Etats de transit.

Un coup de semonce et un avertissement

Signataire de la convention internationale sur les réfugiés de 1951, en première ligne, la Suisse a su adopter un comportement exemplaire en la  matière. L'ancien consul du Vietnam à Genève, Dang Xuong Hung, en connait bien les modalités. Démissionnaire du parti communiste depuis fin 2014,  il a obtenu le statut de réfugié politique en avril dernier après deux ans de longue procédure (voir notre Cosunam Express d'avril 2016).

Selon ses propres termes, l'avertissement est clair : " Les autorités suisses démontrent qu'elles savent concilier principes humanitaires, pragmatisme dans l'enquête sur le terrain, rigueur administrative et sanctions si nécessaire."

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