COSUNAM

Quand les hommes sont LIBRES de choisir, ils choisissent la LIBERTÉ

Newsletter d’Avril 2014

Pour la commémoration du 30 avril 1975, date de la réunification du Vietnam , le Cosunam a pris l’initiative de réunir ensemble deux acteurs de la communauté vietnamienne de Suisse. Si leurs parcours de vie ont été totalement différents pendant longtemps, leurs chemins se croisent maintenant 4 décennies après. Cette édition Newsletter aura un seul titre pour deux textes différents écrits par Dang Xuong Hung et Nguyen Gia Tien, membres de la communauté vietnamienne de Suisse.

L’invisible frontière par Dang Xuong Hung

Le 30 avril 1975 restera une date inoubliable dans l’histoire du Vietnam.

« Ceux qui ont gagnĂ© » parlent  d’un jour de victoire et de joie tandis que « Ceux qui ont perdu » l’Ă©voquent encore avec amertume et tristesse.

Pourtant, un immense vent d’espoir s’est bien levĂ© après le 30 avril 1975. Ă€ Hanoi, le poète Van Cao ne dĂ©clama-t-il pas ? « C’est le premier jour de bonheur de notre peuple depuis si longtemps. Enfin, nous  connaĂ®trons nos terres, nous retrouverons nos frères, nous apprendrons Ă  nous aimer entre  Vietnamiens » . A Saigon, le cĂ©lèbre chanteur-compositeur Trinh Cong Son chanta les retrouvailles des monts et des flots du pays si longtemps sĂ©parĂ©s.

HĂ©las, la mer ne retrouva pas la montagne et il n’y a pas eu de printemps de bonheur. On remplaça l’avenue de la LibertĂ© par l’avenue du Soulèvement gĂ©nĂ©ral et l’avenue de la Justice par celle de la LibĂ©ration.
La frontière du 17ème parallèle sera remplacĂ©e par une frontière invisible divisant les enfants de la mĂŞme patrie et les rendant  toujours malheureux. Un mot nouveau va rĂ©sonner sur les dĂ©combres de la guerre: « Boat-people ».

Pourtant, si les paroles historiques du 30 avril 1975 d’un gĂ©nĂ©ral du Nord « Entre Vietnamiens, il ne peut y avoir ni vainqueur ni vaincu dans cette guerre. Seul notre peuple est le gagnant contre l’impĂ©rialisme amĂ©ricain  » avaient pu ĂŞtre appliquĂ©es avec clairvoyance, le 30 avril 1975 aurait pu ĂŞtre le jour d’une authentique fĂŞte nationale dans un nouveau Vietnam unifiĂ©.

Presque 40 ans se sont Ă©coulĂ©s. Toutes ces annĂ©es ont mis Ă  nu depuis lors les rĂ©alitĂ©s sordides du rĂ©gime et les « paradis aveugles » chers Ă  l’Ă©crivaine Duong Thu Huong. Les masques sont tombĂ©s et chaque citoyen vietnamien  peut constater amèrement la dĂ©cadence
des valeurs essentielles de la société civile et le pillage sans limite des richesses du pays par les dirigeants actuels.
Ces derniers ont dorĂ©navant perdu la confiance du peuple mais s’Ă©vertuent encore Ă  traiter de « rĂ©actionnaires » les voix de plus en plus nombreuses de conscience et de protestation des Vietnamiens, Ă  l’intĂ©rieur comme Ă  l’Ă©tranger.

Une nouvelle frontière est tracĂ©e, cette fois-ci invisible. Elle sĂ©pare dĂ©sormais peuple et dirigeants. Mais le temps restera l’arbitre. On ne peut lui mentir Ă©ternellement.

J’ai confiance que le temps apportera la rĂ©conciliation et l’amour entre tous les Vietnamiens.

Dang Xuong Hung

Haut fonctionnaire du rĂ©gime de Hanoi, Dang Xuong Hung a Ă©tĂ© consul du Vietnam Ă  Genève de 2008 Ă  2012. En octobre 2013, il a dĂ©missionnĂ© du parti communiste et prĂ©sentĂ© une demande d’asile politique en Suisse.

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L’invisible
frontière
par Nguyen Gia Tien

Comme le dit Dang Xuong Hung, ancien consul de Hanoi Ă  Genève, le temps a bien dĂ©montrĂ© que la fin de la guerre en 1975 n’a apportĂ© ni la prospĂ©ritĂ© ni la libertĂ© aux Vietnamiens.

Presque 40 ans après, malgrĂ© un vernis d’ouverture Ă©conomique, le Vietnam d’aujourd’hui reste encore parmi les pays les plus pauvres de la planète, sous ce mĂŞme rĂ©gime totalitaire qui est rĂ©gulièrement dĂ©noncĂ© pour ses exactions par Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters Sans Frontières, Pen Club International … La honte devrait accabler ses dirigeants lorsque la comparaison se fait avec la CorĂ©e du Sud dĂ©mocratique d’aujourd’hui libre, prospère et puissante. L’écart entre les riches et les pauvres bat tous les records. Vu de près, ce rĂ©gime n’est autre qu’une association mafieuse sans scrupules.

Un mur invisible persiste toujours, depuis 1975, entre le rĂ©gime et le peuple. Mais l’espoir est bien lĂ  aujourd’hui.

Les dictatures ne reposent que sur 3 piliers : mensonge, ignorance et répression.

Aujourd’hui, à l’ère d’internet avec emails, i-phones, réseaux sociaux et autres moyens d’information instantanée, la propagande mensongère ne peut plus se faire comme il y a encore dix ans en arrière.

Les jeunes gĂ©nĂ©rations, les mouvements d’Ă©mancipation des femmes
et de liberté des minorités opprimées dans le monde entier ne supportent plus l’injustice. Le Vietnam ne fait pas exception si on en croit les nombreux blogs sociaux qui éclosent partout dans le pays.

La dĂ©fection de Dang Xuong Hung, ancien consul Ă  Genève de 2008 Ă  2012, sonne comme la plus rĂ©cente preuve du retournement de la situation. Haut fonctionnaire dans l’échelle du pouvoir, observateur critique et avisĂ©, il a choisi de clamer la vĂ©ritĂ© Ă  un moment crucial : l’Examen PĂ©riodique Universel sur la situation des droits de l’homme au Vietnam UPR en FĂ©vrier dernier Ă  Genève. Avec son tĂ©moignage, le rĂ©gime de Hanoi ne peut plus cacher ses violations systĂ©matiques des droits de l’homme.

Le Cosunam s’est constituĂ© un atout  important dans la dĂ©fection de Dang Xuong Hung qui a maintenant choisi son camp, celui de la rĂ©novation du Vietnam et du respect universel des droits de l’homme. Par son geste, comme d’autres dissidents du parti communiste, Dang Xuong Hung contribue Ă  rĂ©unir les Vietnamiens « Ceux qui ont gagnĂ© » et « Ceux qui ont perdu » unis pour la mĂŞme cause d’un Vietnam libre, dĂ©mocratique et prospère.

Nguyen Gia Tien

MĂ©decin militaire avant 1975, Nguyen Gia Tien a connu les affres des camps de rĂ©Ă©ducation rĂ©servĂ©s Ă  « ceux qui ont perdu ». RĂ©fugiĂ© politique en Suisse, il intervient rĂ©gulièrement dans les mĂ©dias comme critique et observateur. 

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